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Annulation des permis d’enseignants palestiniens : les écoles chrétiennes de Jérusalem en grève

Cécile Lemoine
13 janvier 2026
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Dans les couloirs de l'école Schmidt, école catholique allemande pour filles palestiniennes, à Jérusalem-Est ©Hadas Parush/Flash90

Les 12 écoles chrétiennes de Jérusalem se sont mis en grève le 10 janvier après que les permis de 171 enseignants issus de Cisjordanie ont été annulés.


La rentrée de janvier n’a pas eu lieu pour les 10 000 élèves des écoles chrétiennes de Jérusalem. Alors que le début du deuxième semestre était prévu pour le 10 janvier, ces 12 établissements, parmi les plus réputés de la ville sainte, ont choisi de garder portes closes, pour protester contre le non-renouvellement des permis de leurs 171 enseignants issus des territoires palestiniens occupés.

Les permis de travail sont des autorisations temporaires délivrées par Israël qui permettent aux résidents palestiniens de Cisjordanie d’entrer en Israël pour y travailler légalement. Ils sont soumis à des contrôles sécuritaires, limités dans le temps et souvent conditionnés à un employeur ou à des horaires précis. La grande majorité ont été révoqués après le 7-Octobre, avec pour seule exception les enseignants et les professionnels de santé.

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« Les problèmes ont commencé cet été, raconte frère Daoud Kassabry, le directeur du Collège des Frères de Lasalle, l’une des écoles privées les plus prestigieuses de Jérusalem. Les autorités israéliennes ont révoqué les permis des enseignants du 20 juillet au 20 août, au motif qu’il n’y avait pas école. Mais ce n’est pas parce qu’il n’y a pas classe que l’école ne tourne pas, au contraire : il y avait les camps d’été, et de la maintenance à gérer. »

Peu de professeurs à Jérusalem

Après le 20 août, les permis ont été renouvelés, mais pour six mois seulement, et ils ont pris fin le 30 décembre. « Seuls certains professeurs ont eu un permis, et parfois ils n’incluent pas le samedi, qui est pourtant un jour de classe », soupire frère Daoud, dont 22 enseignants sur les 70 qu’il emploie sont originaires de Cisjordanie, et notamment de Bethléem. « C’est difficile de trouver des professeurs à Jérusalem, c’est pour ça qu’on recrute à Bethléem, même si on sait que tout est plus compliqué. »

Les écoles chrétiennes sont classées par le ministère israélien de l’Éducation et l’autorité éducative de la municipalité de Jérusalem comme « établissements reconnus mais non officiels ». Elles sont fréquentés par des élèves palestiniens (chrétiens et musulmans ensemble), et dispensent le programme national palestinien (le tawjihi) avec des manuels modifiés par les autorités israéliennes, ainsi que des programmes internationaux.

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Après la publication, le 10 janvier, d’un communiqué du Secrétariat général des écoles chrétiennes qui « rejette » des « mesures arbitraires » et affirme son « incapacité à assurer le déroulement régulier du second semestre scolaire tant que ces mesures resteront en vigueur », les autorités israéliennes ont lâché un peu de lest. Les enseignants palestiniens ont vu leurs permis renouvelés mais seulement pour cinq jours au lieu des sept habituels.

Des exceptions demeurent. « Notre coordinatrice académique, âgée de 60 ans, s’est vue refuser son permis au motif qu’elle n’est « pas mariée », et qu’elle doit renouveler sa carte d’identité magnétique alors qu’elle est encore valable six mois », détaille sœur Lucy Jadallah, la directrice de l’école des sœurs du Rosaire, qui emploie 33 professeurs issus des territoires palestiniens.

Pression autour des programmes scolaires

« On ne reçoit jamais d’explications pour justifier ces décisions, dont on ne comprend pas de qui elles proviennent : le gouvernement ? L’armée ? Le ministère israélien de l’éducation ? », déplore la religieuse qui dit désormais réfléchir à recruter des professeurs de Cisjordanie : « On sait qu’à la fin, c’est ce que recherchent les autorités israéliennes. » Contacté, le ministère de l’éducation n’a pas encore répondu.

Les difficultés autour des permis mettent en lumière un conflit de longue date autour de l’éducation dispensée aux élèves palestiniens à Jérusalem-Est. Israël affirme que le programme palestinien contient des incitations à la haine et nie son droit à exister. De ce fait, les écoles privées subissent une pression croissante pour adopter le programme israélien (« bagrout ») comme condition d’obtention de subventions, alors que leur budget sont mis à rude épreuve par la guerre.

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Un projet de loi examiné par la Knesset en 2025 vise à interdire l’emploi d’enseignants ayant étudié dans les territoires palestiniens. Étant donné que plus de 60 % des enseignants de Jérusalem-Est sont titulaires de tels diplômes, cette mesure fait planer une menace constante sur les établissements scolaires. « Nos écoles portent un message de paix, de respect, de compréhension et d’acceptation de l’autre, souligne sœur Lucy Jadallah. Nous espérons que ce message sera accueilli dans le même esprit et avec les mêmes valeurs de l’autre côté. »

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