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De la carrière à l’église : à Milan, l’histoire du Saint-Sépulcre

Rédaction italienne
5 novembre 2026
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À Milan, Francesca Romana Stasolla, qui dirige les fouilles dans la basilique de Jérusalem, a présenté les méthodes et les premiers résultats d’un travail sans précédent. Entre les liturgies et les visites des pèlerins, l’équipe a mis au jour l’histoire de la carrière, d’un espace romain et des premiers aménagements monumentaux du tombeau.


Fouiller au Saint-Sépulcre n’est pas comme fouiller ailleurs. La basilique est un lieu vivant, où les différentes communautés célèbrent chaque jour leurs liturgies et où affluent des pèlerins du monde entier. C’est pourquoi l’équipe de l’université Sapienza de Rome, dirigée par Francesca Romana Stasolla, travaille par petits secteurs, ouverts puis refermés en fonction des calendriers liturgiques : une « archéologie négociée », comme l’appelle l’archéologue, un puzzle qui ne se reconstitue qu’a posteriori. Les fouilles accompagnent la restauration du pavement voulue par les communautés gardiennes des lieux — le Patriarcat grec-orthodoxe, la Custodie de Terre Sainte et le Patriarcat arménien — et ont commencé sur le terrain en 2022.

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Une carrière de l’âge du fer

Avant de devenir un sanctuaire, le site était une carrière située à l’extérieur des remparts de Jérusalem, ville bâtie sur une pierre très appréciée. On l’exploitait déjà à l’âge du fer : il subsiste les traces des cordes et des coins utilisés pour détacher les blocs, et même les marteaux des tailleurs de pierre. Une partie était exploitée en gradins, à ciel ouvert, une autre en souterrain, à l’emplacement actuel des chapelles Sainte-Hélène et de l’Invention de la Croix. Les zones abandonnées étaient aménagées en terrasses au moyen de murs en pierre sèche : les analyses des pollens et des vestiges végétaux ont révélé la culture de l’olivier et de la vigne, ainsi que des activités de pâturage. De petites tombes à chambre étaient creusées dans les parois rocheuses, dont celle vénérée comme le tombeau du Christ. Au Ier siècle, le paysage était donc agricole, pastoral et funéraire.

Représentation de 2017, i.e. avant les fouilles de la Sapienza, de la carrière de pierre devenue lieu de sépulture. Les nouveaux travaux ont affiné la connaissance de la carrière. ©National Geographic avec autorisation

Après la destruction de Jérusalem en 70, l’empereur Hadrien y fonda, au IIe siècle, une colonie romaine et intégra le site à l’intérieur des remparts. La loi romaine interdisant les sépultures en ville, les tombes furent détruites ou dissimulées : celle qui était vénérée fut recouverte de plus de deux mètres de remblais. Les sources évoquent un culte d’Aphrodite, et le père Virgilio Corbo, l’archéologue franciscain qui réalisa les premiers sondages dans la basilique dans les années 1960 et 1970, envisageait l’existence d’un grand temple. Mais les fondations découvertes ne semblent pas capables de supporter un tel édifice : il s’agissait plus probablement d’une terrasse dotée d’un autel et de petits sanctuaires.

Constantin et le dégagement du tombeau

En 325, à l’occasion du concile œcuménique de Nicée, l’évêque Macaire demanda à Constantin une église pour Jérusalem et la remise au jour du tombeau du Christ. Les architectes se trouvaient face à une colline abritant une petite chambre funéraire : pour lui donner un caractère monumental sans la détruire, ils creusèrent tout autour, ne laissant qu’une mince épaisseur de roche.

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La professeure Stasolla a expliqué comment les fouilles ont mis au jour la base circulaire de l’édicule, les trois marches d’entrée, les soubassements des grilles que, selon le journal de la pèlerine Égérie, seul l’évêque franchissait pendant la liturgie, ainsi que les bases des douze colonnes qui entouraient un premier petit sanctuaire à ciel ouvert. Les analyses des mortiers ont montré que deux dalles de la base circulaire correspondent à une restauration ultérieure, peut-être liée à l’attaque perse de 614. Ce n’est qu’à la fin du IVe siècle que la rotonde fut couverte : dans la couche de préparation du nouveau pavement, un petit trésor de 19 monnaies de Constance II et de Valens a été découvert, permettant de dater les travaux.

Les archéologues de la Sapienza au travail dans la basilique du Saint-Sépulcre ©La Sapienza

« Parmi les découvertes les plus singulières figurent deux blocs de maçonnerie portant une inscription en rouge, en grec, tirée de l’Évangile de Luc, a expliqué l’archéologue : “Seigneur, souviens-toi de moi quand tu seras dans ton royaume.” » La forme des lettres permet de la dater entre le milieu du Ve siècle et la première moitié du VIe siècle. Il ne semble pas s’agir du graffiti d’un pèlerin, mais d’un élément appartenant à un programme organisé d’inscriptions, peut-être dans le secteur du Calvaire, destiné à aider les fidèles à se recueillir. Une reproduction à l’échelle en a été offerte au pape Léon XIV lors de sa visite à l’université romaine, le 14 mai 2026.

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La professeure Stasolla a souligné que le Saint-Sépulcre est un sanctuaire à deux pôles, le tombeau et le Calvaire, dont la mémoire a survécu grâce aux communautés qui l’habitent et aux pèlerins qui le visitent. Les résultats sont réunis dans le cadre de l’Hagia Polis Project. Le premier volume, Project and Methodology, inaugure une série réalisée en collaboration avec le Studium Biblicum Franciscanum. Il est disponible en anglais au format numérique.

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