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Un monument sur la tombe de Jésus a précédé la construction de la basilique

Marie-Armelle Beaulieu
22 décembre 2023
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Un monument sur la tombe de Jésus a précédé la construction de la basilique
L’édicule du XIXe siècle, restauré en 2016, est le quatrième écrin construit pour protéger la grotte sépulcrale dans laquelle fût déposé le corps de Jésus. ©Nadim Asfour/CTS

Au moment d'interrompre, pour les fêtes, les travaux en cours dans le cadre de la restauration du pavement de la basilique du Saint-Sépulcre, archéologues, ingénieurs et financiers ont présenté le fruit de leurs avancées. Les fouilles aux abords de l’édicule ont permis de nouvelles hypothèses.


Jeudi 21 décembre, dans la morosité des jours depuis le déclenchement d’une nouvelle guerre entre le Hamas et l’Etat d’Israël, la rencontre des représentants des Eglises gardiennes du Saint-Sépulcre est apparue comme une parenthèse enchantée. Devant un parterre de religieux, Grecs-orthodoxes, Franciscains et Arméniens, la professeure Francesca Romana Stasolla, archéologue de l’Université de La Sapienza à Rome, fut la première à prendre la parole pour faire un point sur les recherches archéologiques qui accompagnent la rénovation du dallage de la basilique.

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La professeure souligna que sauf une interruption de deux mois, en octobre et novembre, les fouilles, se sont poursuivies tout au long de l’année dans trois secteurs de l’édifice, et ont permis de nouvelles découvertes.

La rue romaine semble passer sous la basilique dont la construction a en réalité signé sa disparition. © Università di Roma Sapienza

Elle désigna d’abord la mise au jour d’une « rue romaine, montant d’est en ouest, équipée de trottoirs » et au-dessus de laquelle a été construite la basilique.  D’après l’archéologue, « il s’agit d’éléments importants qui, même s’ils doivent encore être coordonnés avec la topographie de la zone, permettent de commencer à délimiter les premiers axes d’un cadre d’habitat de l’époque romaine. »

En est-ouest, la rue se trouve être perpendiculaire au Cardo maximus qui traverse Jérusalem du nord au sud et qui marque toujours le paysage de la ville comme une vue aérienne permet bien de le voir.

Vue aérienne de la vieille ville de Jérusalem. Les principales artères romaines se dessinent encore dans le paysage de la ville intra-muros. ©capture d’écran d’après Ofek

La seconde découverte présentée par la professeure Stasolla sont « les vestiges trouvés sous le déambulatoire médiéval et qui peuvent être attribués à la structure paléochrétienne dans ce secteur. Des éléments de l’abside peuvent être liés à ce qui est déjà connu des fouilles réalisées sous le Katholikon des Grecs. Le chevet de l’abside nord, son raccordement à la nef permettront de documenter la méthode de construction faite de gros blocs de calcaire local. Le système de canalisation des eaux pluviales a également été retrouvé, dans de grandes canalisations en pierre, semblables à celles déjà connues lors des fouilles arméniennes [de la chapelle Saint-Vartan]. À l’est du mur du fond de l’église, une partie des fondations du triportique a été retrouvée » précise le communiqué publié sur le site de la Custodie de Terre Sainte.

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Vestiges du sacellum de la Vénus Cloacina, sur le Forum romain. L’édicule aurait pu avoir cette forme, mais il ne faut pas oublier que l’édifice a été construit autour du rocher original de la tombe taillée dans le roc. Il aurait été doté d’un déambulatoire extérieur de douze colonnes d’après la professeure Stasolla. ©Brian Ahola /Wikimedia

Mais l’information la plus sensible est celle touchant à l’édicule qui protège ce qui reste du rocher de la grotte sépulcrale dans laquelle le corps de Jésus avait été déposé après sa mort. Le dallage a été levé à l’intérieur et tout autour, permettant de découvrir « sous l’édicule actuel un socle circulaire en marbre romain de réemploi, définissant une superficie de 6 m de diamètre ». Selon Stasolla, il faudra voir ici la trace de la première monumentalisation du tombeau.

Elle décrit un sacellum, une structure circulaire, précédé d’une plateforme à laquelle on accédait en montant trois marches. La forme ronde était déjà supposée par les archéologues d’après les représentations du tombeau à l’époque byzantine sur des ampoules ou les peintures sur bois d’un reliquaire syro-palestinien du VIe siècle. La professeure Stasolla poursuit la description en envisageant que 12 colonnes auraient formé un déambulatoire à trois mètres de distance autour de l’édicule, tandis que devant le sacellum elle a trouvé les traces d’une colonnade en nord-sud.

Les femmes au tombeau, peinture à l’encaustique sur bois, Syrie ou Palestine, VIe siècle, provenant du « Trésor » de la chapelle de la Sancta Sanctorum du palais du Latran, Rome ©Musées du Vatican

La structure serait ainsi plus élaborée que celle envisagée jusque-là par les études mais surtout, elle aurait existé de plein air, précédent la construction de la rotonde, comme le laisse supposer « la présence d’un canal d’écoulement de l’eau tout le long du socle en marbre ».

« A la fin du IVe siècle, explique le communiqué, cette disposition change avec l’achèvement de la construction de la rotonde. La chronologie est donnée par le dépôt monétaire découvert en 2022 dans la préparation du sol de la rotonde, dont les monnaies les plus récentes datent du IIIe au IVe siècle. » La rotonde aurait rendu superflue la colonnade autour de l’édicule. C’est à cette période également que « l’intérieur de l’édicule et la zone située entre eux et l’entrée sont rénovés et pavés ».

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« Des traces de phases ultérieures, antérieures à l’époque médiévale, ont été trouvées dans des éléments résiduels, comme un pavement composé d’éléments de marbre réutilisés, notamment du porphyre, de la serpentine et du cipolin, trouvés dans la zone ouest de la rotonde » poursuit le communiqué.

Au cours du XVIe siècle, la zone de l’Édicule subit une nouvelle transformation, avec la reconstruction connue par les sources, et dont subsistent des fragments de dalles de revêtement. Les graffitis sur des pièces de marbres laissés par les pèlerins, avec leurs noms, dates de passage, et armoiries remontent à la refonte de l’édicule par Boniface de Raguse au XVIe.

« On retrouve des informations de cet aménagement sur le plan de Bernardino Amico de 1609, qui montre deux marches, la présence d’un autel et le couloir surélevé vers l’édicule. La documentation archéologique montre que les deux marches étaient recouvertes de dalles rouges et noires et prouve que la surélévation du sol dans la zone centrale a eu lieu après leur construction. » spécifie la communication. »

S’il reste encore une partie du déambulatoire à fouiller, les travaux reprendront début janvier à l’entrée de la basilique, profitant de l’arrêt des pèlerinages et en vue d’être achevés dans cette partie avant Pâques.

Pour permettre les allers et venues des quelques visiteurs et des religieux qui continuent de prier sans relâche dans la basilique, ces travaux se feront en deux tranches, permettant toujours qu’un des deux battants de l’unique porte soit ouvert.

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Coté ingénierie, toutes les études sont achevées pour la refonte totale des systèmes d’acheminement et évacuation des eaux, le renouvellement de l’électricité et l’arrivée de la fibre. Les premiers essais de dallage, dans le lieu-dit de la prison du Christ sont concluants. Les retours des visiteurs félicitent les Eglises d’avoir pris le parti d’utiliser des pierres anciennes. En réalité 50% sont nouvellement taillées, mais les restaurateurs ont fait merveille. Il a finalement été fait le choix, autour de l’édicule, de daller à 100% de pierres neuves dans les tons plus roses comme l’édicule à la différence du déambulatoire ocre-jaune.

Mais ce travail ne pourra être envisagé que lorsque toutes les canalisations seront installées. Les fouilles archéologiques ayant demandé un peu plus de temps, il pourrait y avoir un décalage dans la réalisation des travaux censés durer 26 mois à dater de mars 2022. La guerre les a déjà suspendus deux mois.

Ce temps pourra peut-être mis à profit par les financiers qui n’ont pas encore terminé les campagnes de dons pour boucler le budget de près de 9 millions d’euros. Lequel en revanche est jusqu’ici tenu.

Quant aux conclusions archéologiques, elles prendront leur temps. Mais le matériel visuel qui devrait être rendu public fera oublier que le passé souterrain de la basilique de la Résurrection doive être rendu à son silence caché.