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Actualité et archéologie du Moyen-Orient et du monde de la Bible

Les linteaux du Saint-Sépulcre

Eugenio Alliata ofm
1 juillet 2011
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Lorsque vous vous trouvez sur le parvis de la basilique du Saint-Sépulcre à Jérusalem alors que vous avez déjà tant à voir, il y a quelque chose qui se cache à vos yeux et qui pourtant n’est pas moins important. Ce sont les linteaux croisés, sculptés qui ornaient les portes de l’entrée de l’édifice.

Ils ont été déposés par les autorités Britanniques les 26 et 27 novembre 1929, avant d’installer les échafaudages nécessaires pour étayer la basilique suite aux tremblements de terre de l’été 1927. Ces linteaux sont désormais exposés au Musée Rockefeller (voir pages précédentes) au centre d’une salle consacrée à la période des Croisades. Provenant du plus célèbre monument de la chrétienté, leurs sujets représentés avec un art consommé, leur taille impressionnante (des panneaux de 380 centimètres sur 70), font d’eux un trésor culturel et religieux de grande valeur en même temps qu’un attrait touristique considérable.

Un art consommé

 

Le premier linteau est constitué de deux dalles de marbre avec pour motif principal : l’entrée de Jésus à Jérusalem, représentée au centre. La scène est divisée entre les deux plaques. Sur la gauche il y a les préparatifs : Jésus envoie deux disciples lui chercher une monture, et l’on voit en bas l’ânesse et son ânon. Sur la droite, Jésus entre dans la ville sainte, les disciples l’accompagnent jetant leurs vêtements devant lui, tandis que les enfants cueillent dans les arbres des branches de palmiers et d’oliviers. Cette partie est la plus endommagée. Aux extrémités, ce sont deux autres épisodes : la résurrection de Lazare à Béthanie et la Cène, prémices et continuation des événements de la Semaine sainte qui précèdent la Passion de Jésus dont le pèlerin fera mémoire à l’intérieur de l’édifice. C’est ce linteau qui surmontait la plus occidentale des deux portes.

La décoration du deuxième linteau, celui de la porte la plus orientale, murée de nos jours, est de nature symbolique. Elle présente un motif de rinceaux fait de grandes spirales dans lesquelles apparaissent régulièrement des animaux imaginaires et de petits hommes nus le tout foisonnant d’imagination.

Une fois achevée la restauration de la façade de la basilique, à la fin de 1970, et l’échafaudage démonté, le portail réapparut à la vue de tous, nettoyé et consolidé mais dépouillé de ses principaux ornements. Les trois propriétaires de la basilique, les communautés chrétiennes ont souvent demandé leur restitution aux autorités civiles et la réinstallation de cette œuvre d’art, mais de nombreux obstacles s’y opposent jusqu’à ce jour. Le père Michele Piccirillo, décédé en 2008, avait initié ces dernières années une série de consultations et d’initiatives, plus ou moins officielles, qui avaient conduit les autorités religieuses et politiques près de la conclusion d’un accord. Une première restauration et le nettoyage des plaques furent réalisés, mais sans retrouver la splendeur du matériau d’origine (du marbre blanc de Carrare). Il lui reste cette patine de couleur rougeâtre et une nouvelle couche d’un fixateur chimique a été faite sur les pièces  les plus fragilisées. Les panneaux ont été passés au laser/3D, grâce auquel on pourrait réaliser une reproduction exacte de l’original. Mais serait-il décent étant donné l’importance du monument d’y installer une copie en matériau synthétique ? Quoi qu’il en soit il faut défendre le fait que la propriété des objets revient à l’Église, en indivision entre les différentes communautés. Les politiques tirent profit de la difficulté à parvenir à une position commune sur les questions à poser à l’autorité civile. Quand sortirons-nous de l’impasse dans laquelle nous nous trouvons?