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Actualité et archéologie du Moyen-Orient et du monde de la Bible

Prix à payer, paix retardée

Fanny Houvenaeghel
7 février 2012
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Prix à payer, paix retardée
Les graffitis inscrits dimanche 5 février dans le village de El-Jenya ©Arik Ascherman

"Mort aux chrétiens", c'est le graffiti que le père Claudio, grec orthodoxe du monastère de la Sainte-Croix à Jérusalem, a trouvé ce matin inscrit sur sa voiture, entouré d'étoiles de David et du nom de la colonie de Migron. Une autre voiture a été vandalisée, les pneus des deux véhicules ont été crevés. La police soupçonne une manifestation du "prix à payer".


(Jérusalem/ f.h.) « Mort aux chrétiens », c’est le graffiti que le père Claudio, grec orthodoxe du monastère de la Sainte-Croix à Jérusalem, a trouvé ce matin inscrit sur sa voiture, entouré d’étoiles de David et du nom de la colonie de Migron. Une autre voiture a été vandalisée, les pneus des deux véhicules ont été crevés. La police soupçonne une manifestation du « prix à payer ».

Dimanche 5 février, vers deux heures du matin quatre ou cinq colons que les témoins ont vu s’enfuir vers l’implantation voisine de Talmon Alef, sont venus détruire les fenêtres d’une habitation, lacérer les pneus d’une voiture taxi et ont inscrit de nombreux graffitis sur la façade de la maison comme « Mort aux arabes », « Revanche », « Espace militaire fermé » suivi du nom de plusieurs colonies ou avant-post. Ils ont également peint une étoile de David et écrit de graves insultes à l’encontre du prophète Mohamed. Pour les villageois palestiniens cette dernière inscription est insupportable. Dans la journée de dimanche, d’autres colons ont adressé leurs excuses aux villageois.

Ces épisodes de vandalisme viennent s’ajouter à la longue liste des exactions commises par des colons fanatiques en Cisjordanie et de plus en plus souvent du côté isarélien de la ligne verte.

En septembre 2011, une base militaire israélienne et ses véhicules avaient été vandalisés. Les vandales n’étaient ni membres du Hamas ni même palestiniens mais des colons juifs israéliens et fanatisés à l’extrême. Souvent ils parachèvent leurs actes de vandalisme de l’expression « Tag Mehir » (« prix à payer » en français), comme cette fois-là dans la base militaire.

« Ceci est un crime abominable, dirigé directement contre les commandants et les véhicules, dont la mission est de protéger les vies des Israéliens en Judée-Samarie » déclare alors le Premier ministre Benyamin Netanyahou.

Prix à payer, l’expression est bien choisie. Elle caractérise les attaques menées par des colons jusqu’au-boutistes mécontents de la politique du gouvernement. Au départ, ces attaques étaient menées exclusivement envers les Palestiniens et leurs habitations ou champs en Cisjordanie. A plusieurs reprises, les colons se sont vengés après que le gouvernement israélien ait pris la décision de démolir des colonies illégales en Cisjordanie. Dans de nombreux villages palestiniens, on ne compte plus les oliviers coupés ou déracinés voire brûlés, les voitures et maisons incendiées. Si la majorité des Israéliens au courant condamnaient déjà ces actes, les faits étaient souvent murmurés à voix basse, voire passés sous silence. Il n’en est plus de même aujourd’hui, car le champ d’action des colons s’élargit et les vandales prennent parfois désormais pour cible des véhicules et locaux de l’armée israélienne, des lieux saints ou encore des cimetières en Israël.

Pourquoi cette violence ? Pour tenter de comprendre, il faut revenir à l’après Guerre des six jours en 1967. Le gouvernement israélien avait alors fortement encouragé l’implantation des Israéliens dans les territoires conquis dans le Sinaï, la bande de Gaza, le Golan, la Cisjordanie et Jérusalem-Est. Attirés par des avantages fiscaux et financiers, nombreux sont les Israéliens à avoir répondu à l’appel en développant des colonies dans ces territoires.

Cependant, les choses se gâtent en 2005 dans le Goush katif, une zone d’implantations israéliennes au sud-ouest de la Bande de Gaza. À cette date, le gouvernement a ordonné le retrait des colonies de la bande de Gaza et 8500 colons ont dû quitter leurs maisons et leurs terres. Les relations entre ces colons et le gouvernement se sont dès lors détériorées.

En décembre 2008, à l’issue d’une évacuation ordonnée à Hébron, on compta plusieurs soldats blessés et on fit état de représailles contre des familles arabes voisines. Le comportement extrême des colons d’Hébron est largement condamné par la majorité des israéliens. À la suite de ces incidents, Ehud Olmert, alors Premier ministre, parla de pogroms perpétrés par les juifs envers les arabes, les mots étaient choquants mais choisis en vue de marquer les esprits.

Début novembre 2011, la maison d’une activiste de l’Organisation Non Gouvernementale « Peace Now » a été vandalisée. « Migron pour toujours, Peace now la fin est proche » et des appels au meurtre de l’activiste ont été relevés.

L’effigie de Meir Kahane, rabbin extrémiste assassiné à New York en 1990 et personnage inspirateur des jeunes des collines (contre le gel de la colonisation), est souvent déployée. Religieux et sioniste, le désir de ce rabbin est de mener à terme le projet du Grand Israël Biblique, la terre promise à Israël il y a 4000 ans.

Le premier à appeler publiquement à perpétrer ces actes extrêmes est Itaï Zar, un israélien dont le frère a été tué dans un attentat, en juillet 2008 : « À chaque fois qu’il y aura une évacuation, qu’il s’agisse d’un bus, d’une maison ou d’une caravane, nous répondrons » dit-il.

Que fait l’armée face à ces excès de violence ?

Les relations entre l’armée et ces colons extrémistes sont ambigües. La proximité entre les colons et les soldats est parfois établie, et de nombreux reportages témoignent de la passivité des soldats lors des attaques des colons. Par ailleurs, les soldats gardiens des colonies se révèlent souvent être des colons eux-mêmes. Ainsi, il arrive qu’ils usent de leurs armes de service et de leur connaissance du territoire pour mener à bien leurs actions. Cependant, l’armée est aussi chargée de détruire les colonies illégales. Lorsque cela arrive, les colons s’en prennent alors aux soldats ou aux locaux de Tsahal.

La police est souvent accusée de ne pas mener les enquêtes avec rigueur, et les personnes interpellées sont le plus souvent relâchées « faute de preuve ». Par ailleurs, il n’est pas toujours évident de retrouver les fauteurs de troubles. Ces derniers agissent dans la plus grande discrétion : ils portent des gants, se fondent dans la population locale en se déguisant, ramassent toutes les allumettes, bombes de peintures et autres objets afin de ne laisser aucune trace.

Ces colons ne sont certes qu’une minorité y compris parmi les partisans des colonies. Mais si leurs actes augmentaient en nombre, ils pourraient bien rendre la situation explosive.

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