Actualité et archéologie du Moyen-Orient et du monde de la Bible

Femmes & foi

Alexandre Winogradsky, archiprêtre Alexandre Winogradsky Patriarcat grec-orthodoxe de Jérusalem
30 juillet 2013
email whatsapp whatsapp facebook twitter version imprimable

Jérusalem et la modernité. Une terre où l’ancien et le nouveau se croisent, s’interpellent, s’expriment sans toujours s’écouter. Eh, il faut bien en convenir, il y a des hommes et des femmes depuis le temps le plus reculé de la destinée humaine. La Genèse décrit la chose de manière colorée : Adam, le premier homme, reçoit la tâche divine de nommer la création et les créatures (Gn 2,28). Il ne trouve personne avec qui converser, qui lui soit semblable. La Bible perçoit d’emblée un appel à transmettre la vie, en paroles et en échanges. Dieu prend pitié de lui, le fait dormir, le réveille et “mène à lui” “une aide prête à le contre-dire”, ce qui est dynamique. Le réveil d’Adam le rend conscient : “voilà les os de mes os, la chair de ma chair”, mots qui indiquent une vocation à un parcours transgénérationnel.
Lisons attentivement l’Évangile. En célébrant la Pâque, l’Église orthodoxe affirme la résurrection du Seigneur. Marie-Madeleine et les trois femmes portant les baumes pour sa sépulture s’approchent. Né d’une femme vierge, Jésus est porté en terre selon la tradition de ses pères par des femmes qui l’enfantent à la traversée de la mort. Au troisième jour, Marie-Madeleine se promène dans le jardin (on ne reconnaît plus cet aspect au Saint-Sépulcre actuel). Elle aperçoit un jardinier et lui demande où l’on a mis Jésus de Nazareth. Jésus prononce le nom même de Marie. Elle répond en araméen “rabbouni – mon maître”. Elle porte un nom comme lorsqu’Adam avait nommé la création sans trouver sa pareille. Marie-Madeleine rencontre le “nouvel Adam” et l’accompagne dans la vie comme dans ce temps de la résurrection. Jésus ne se laisse pas saisir. Il lui confie la tâche de prévenir les disciples et de lancer la “création de l’Église”.
Chaque samedi, l’Église orthodoxe rappelle le rôle fondateur de Marie-Madeleine, considérée comme “première parmi les Apôtres”. La vie terrestre du Christ s’achève par sa mise au tombeau et les femmes viennent le pleurer et l’enfanter à sa vie nouvelle. Le troisième dimanche de Pâque leur est consacré dans l’Orthodoxie byzantine : un rôle essentiel au service du Corps comme de la Présence eucharistique du Seigneur alors qu’il semble s’apprêter à traverser les siècles comme tous les mortels.
La bonne nouvelle de la résurrection passe ainsi par la femme. Marie-Madeleine voudrait bien retenir le maître, réflexe très féminin, mais elle a le courage d’annoncer aux disciples un peu désespérés par la disparition de Jésus, qu’il est vraiment ressuscité. La Samaritaine avait eu ce même sens d’annonce de la bonne nouvelle du Salut auprès des villageois qui ne connaissaient que trop son parcours.

Transmettre la vie

En ce sens, la vocation d’engendrement des femmes est proche de celle du Christ : il y a un sens unique de la transmission de la vie, de la survie, du miracle perçu comme naturel. Il échappe aux règles de la nature humaine. La tradition juive et orientale – au fond profondément chrétienne – insiste sur ce rôle salvifique. On lira avec profit le remarquable ouvrage du Père Alexandre Eltchaninoff, théologien russe orthodoxe “La Femme et le Salut du Monde” (Le Cerf).
Le mot d’Isaïe 7,14 “Voici, la femme enfantera un fils/ hinne haalma yalda ben” montre ce mouvement novateur, générateur, géniteur, qui traverse le temps et l’espace. “alma” (jeune femme), venue du “monde” (olam), dévoilant ce qui est “caché” (ne’ilam) et portant en soi plénitude et abondance. En araméen, “almatho” ne chicane pas sur la véracité virginale : la foi sémitique sait que rien n’est impossible à Dieu, donc à celles que Dieu a placées pour accompagner l’homme sur le chemin terrestre.
Le juif pieux en est conscient qui, chaque shabbat, lit à son épouse l’éloge de la “femme vertueuse” (Pr 31, 10-fin) : “En elle se confie le cœur de son mari, il ne manque pas d’en tirer profit, tous les jours de sa vie (celle de sa femme, non la sienne !)”.
Il est peut-être significatif que la femme soit apparemment si fragilisée, souvent humiliée ou, au contraire, tentée par la solitude et un pouvoir qui ne serait pas de sa nature. Il en va dans l’Église comme dans la rédemption, de la foi la plus complète en Dieu et en l’homme.

Dernière mise à jour: 30/12/2023 21:52

Marie-Armelle Beaulieu

Le combat des “Femmes du Mur“

Marie-Armelle Beaulieu

Une pensée pour nos lecteurs

texte : Pietro Kaswalder - Photos Rosario Pierri

Arad et Mamshit, villes du désert

Avec le numéro de l’été, nous partons à la découverte de deux antiques cités dans le désert du Néguev. Elles sont classées par l’Unesco au Patrimoine mondial “sur la route de l’encens”.

Cyrille David

Une “route des vins” pour le désert du Néguev

Sous le soleil du désert, sur les terrains de l’exploitation familiale “Carmey Avdat”, des vignes sont cultivées depuis une quinzaine d’années avec l’aide du gouvernement israélien. Essentiellement du Merlot et du Cabernet-Sauvignon. Ce faisant, elles renouent avec une culture déjà pratiquée sur place il y a 2 000 ans.

Serena Picariello

La Jérusalem chrétienne veut se raconter

Raconter les racines du christianisme et des lieux qui en portent la mémoire, ainsi se définit l’ambitieux projet que s’est fixé la Custodie de Terre Sainte et pour la réalisation duquel elle entend aménager trois nouveaux musées dans la Vieille Ville de Jérusalem.

Cyrille David

18 ados musulmans à la découverte de Jérusalem

Toute une classe d’adolescents musulmans est venue visiter Jérusalem pour la première fois de leur vie. Une visite qui devait avoir lieu en langue française et qu’on avait demandé à Marie-Armelle Beaulieu, rédactrice en chef de Terre Sainte Magazine de guider. Retour sur une visite pas ordinaire.

Louise Couturaud

Abou Gosh : Un bien joli tas de pierres

Sur la route en direction de l’aéroport de Tel Aviv, le monastère bénédictin d’Abou Gosh, situé sur un des lieux présumés de l’Emmaüs évangélique est, selon les critères européens, l’une des plus belles églises de Terre Sainte (avec la basilique Sainte-Anne). Comment ce joyau de l’art roman est-il devenu propriété de la France ? C’est le troisième des quatre Domaines nationaux que Terre Sainte Magazine vous invite à découvrir.

Eliora Mischler

La femme à la barre du navire

La complémentarité de l’homme et de la femme, c’est la raison d’être du couple. Pour Corinne B, juive ultra-orthodoxe, une femme ne s’épanouit pas en imitant son conjoint. Puisqu’elle n’a pas la même mission que lui, D.ieu n’a pas les mêmes exigences envers elle.

Eliora Mischler

Le shabbat oriente ma semaine

Hannah Berg n’entendait pas que la gent masculine lui dicte sa loi, du moins avant d’être mère. Une vision religieuse et réaliste du monde juif, entre tradition et modernité, assez représentative somme toute du courant moderne orthodoxe auquel elle appartient.