Frère Roger Marchal : “Notre devoir est de rester proches”
En novembre, Fr. Roger Marchal se rendait une nouvelle fois à Jérusalem dans le cadre du Congrès international des Commissaires de Terre Sainte. Une occasion précieuse pour se mettre à l’écoute de ce que vivent les communautés chrétiennes sur place. Partage à cœur ouvert.
À l’échelle de l’ensemble de la Terre Sainte (Israël et Territoires palestiniens), on estime que les chrétiens constitueraient entre 2 % et 3 % de la population totale. La guerre et la chute du tourisme ont démuni des familles entières, rendu certains emplois impossibles et exacerbé la pauvreté. Je pense à ces jeunes qui se sont formés pendant des années pour devenir guides touristiques ou ouvrir un restaurant et qui finissent par “tout plaquer” pour repartir à zéro… une nouvelle fois.

Ce manque de perspectives économiques est l’une des principales causes de départ volontaire parmi les jeunes générations chrétiennes, qui ne trouvent plus ici les moyens de bâtir un avenir stable. Ils rêvent d’un avenir meilleur pour eux et leurs enfants, comment leur en vouloir…
Oui, les communautés chrétiennes de Terre Sainte sont ébranlées mais je n’entends pas verser dans le misérabilisme ou le paternalisme. Ce qu’il me semble avoir perçu, c’est qu’elles ont besoin de se sentir entourées, comprises dans leur persévérance subie, qu’on leur fasse confiance, qu’on ose, avec courage, nommer leur réalité objectivement ainsi que les nombreuses atteintes faites à leur dignité. Cela passe par l’écoute, la rencontre, le refus de la tentation de simplifier, ne pas alimenter la haine et la violence.
Notre Église aime
Il m’arrive parfois d’être invectivé : “Mais que fait l’Église face à tout cela ?” En Terre Sainte, l’Église – notre Église – choisit de rester, à la suite du Christ qui n’a pas fui la fragilité du monde. “ Rester proche” ne signifie pas seulement être géographiquement présent, mais partager concrètement la vie des personnes, les joies et les épreuves. Cette présence humble et persévérante de l’Église n’est ni stratégique ni politique, c’est un signe de la fidélité de Dieu au milieu de l’histoire blessée de l’Homme. Je puis vous l’assurer : notre Église aime. Me viennent en mémoire les sourires d’enfants dévalant l’Action Catholique de Bethléem, le seul lieu de la ville où ils peuvent jouer en sécurité ! Cela peut nous paraître dérisoire mais cela en dit long sur la dureté de la vie sur place.

Nous pouvons être fiers de notre Église et nous devons soutenir celles et ceux qui décident de rester, dans la fatigue et l’incertitude, quand la situation se dégrade encore. Dieu ne s’est jamais retiré de notre histoire, qu’Il leur inspire de la fidélité et du courage envers Sa terre.
Soyons courageux
“Mais nous, que pouvons-nous faire ?” Vous, qui lisez les pages de cette précieuse revue, êtes déjà sensibilisés à la situation ; alors témoignez auprès de vos curés, familles et amis. Suggérez-leur des intentions de prière en faveur de la Terre Sainte, rendez la présente dans vos prières. Dites-leur que l’Église de Terre Sainte ne baisse pas les bras et qu’elle a de quoi nous édifier ! J’ai eu l’honneur de pouvoir vivre quelques célébrations avec les chrétiens de Terre Sainte. Je me suis senti tout petit devant la foi de ces hommes et de ces femmes. Et puis, osez accomplir ce rêve que vous aviez de venir ou revenir à Jérusalem, soyez courageux comme nos frères et sœurs chrétiennes le sont sur place ! Jérusalem, Bethléem et Nazareth sont des villes sûres. Certains diocèses ont déjà franchi le pas qu’ils en soient remerciés ; sollicitez vos pasteurs pour qu’ils organisent un voyage de solidarité.
Jérusalem, source missionnaire
Soutenez les communautés chrétiennes, à votre mesure, lors de la quête impérée du Vendredi saint qui vient nous redire que Jérusalem est notre mère. Elle n’est pas universelle parce que des pèlerins y viennent depuis des siècles. Elle l’est parce qu’elle est le lieu de l’accomplissement du Salut offert à toutes les nations, à tous les peuples même ceux qui se font la guerre.
Jérusalem est notre source missionnaire. La quête impérée du Vendredi saint veille à ce que cette source ne se tarisse pas, en donnant aux communautés chrétiennes de Terre Sainte les moyens de vivre, d’annoncer et de transmettre la foi.
Ne nous défilons pas face à une situation qui semble inextricable, ne réduisons pas la présence chrétienne à une mémoire, mais accompagnons ce peuple vivant dans la fragilité qu’il traverse. Essayons de cultiver et d’affermir en nos cœurs l’espérance promise par le Christ.
Merci pour votre prière et votre générosité, merci de choisir de rester proche, le cœur parfois triste, impuissant ou mélancolique, car vous permettez à l’Église de continuer à espérer, là où la paix se prépare souvent dans le silence.

