C’est une des spécificités des écoles chrétiennes de Terre Sainte : une quarantaine d’entre elles enseignent le français. C’est assez rare dans une région où la France n’a pas exercé de domination coloniale, et où cette langue est habituellement optionnelle, reléguée en troisième ou quatrième position, derrière l’anglais, l’hébreu ou l’arabe littéraire
“Apprendre une langue c’est élargir ses horizons et ses opportunités. Le français, que je considère comme la deuxième langue internationale, permet aux élèves d’entrer dans de bonnes universités ou d’obtenir un emploi qualifié”, explique Naela Rabah, l’énergique directrice de l’école Notre-Dame de l’Annonciation à Ramallah, en poste depuis 19 ans.
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Les cinq professeurs de français de Notre-Dame de l’Annonciation partent régulièrement se former en France. Jusqu’en octobre 2023, l’école accueillait tous les ans un volontaire en tant qu’assistant de langue, et organise des camps d’été dédiés à l’apprentissage du français. “Le but de ces échanges est d’apporter ce qu’on est, pas d’imposer ce qu’on fait chez soi. L’enrichissement est mutuel puisque chacun a des choses à apprendre de la culture et des manières de faire de l’autre”, explique Alice de Rambuteau, l’animatrice du Réseau Barnabé qui travaille à la coopération entre l’Enseignement catholique et les établissements scolaires chrétiens de Terre Sainte.
Ce réseau est né d’un appel à l’Enseignement catholique lancé fin 2006 par le consulat général de France à Jérusalem. Chargé de la protection des communautés chrétiennes, le consulat cherchait à encourager les liens entre les écoles catholiques françaises et les écoles chrétiennes de Terre Sainte. Il a confié cette mission à la Direction diocésaine de l’Enseignement catholique de Paris.
Apprendre à aimer sa différence
Depuis, le Réseau Barnabé travaille sur plusieurs grands projets : la formation des professeurs de français palestiniens, l’organisation de correspondances entre écoles, de camps de français estivaux dans les écoles chrétiennes de Terre Sainte, et depuis 2022 l’animation de “Rencontres de pédagogues”. “Tous ces échanges ont été rendus difficiles après le 7-Octobre et le classement de la zone comme “à risque” par le ministère des Affaires Étrangères”, regrette Alice de Rambuteau. En 2025, seul un camp d’été sur les trois prévus s’est réellement tenu : “On manque de volontaires pour encadrer, et les assurances ne suivent pas.”
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De passage à Jérusalem en octobre 2025, Alice de Rambuteau et deux autres membres du Réseau Barnabé décrivent pourtant le foisonnement d’idées et d’initiatives qu’ils ont observé dans les différentes écoles visitées : “Le directeur des écoles des Frères de Lasalle envoie beaucoup de ses élèves en France pour qu’ils passent une semaine dans une école, et veut aujourd’hui s’organiser pour qu’ils travaillent une journée en entreprise, explique Jean-François Canteneur, directeur de l’Enseignement catholique de Paris. L’idée, c’est de montrer aux jeunes que la France ce n’est pas que les étoiles, ou un pays où il est facile d’immigrer, mais qu’on y met aussi les mains dans le cambouis.”
Oser innover
À Bethléem, les sœurs de Saint-Joseph ont lancé un cours de maths en français. “C’est très novateur pour la Terre Sainte, explique Alice de Rambuteau. La directrice a dû défendre la légitimité de cet enseignement face à des parents qui n’en comprenaient pas le but. L’idée a été poussée par le consulat. C’est là où le Réseau Barnabé peut arriver, en soutien, pour écouter et aider en complément.”
En 2026, le Réseau Barnabé compte relancer ses Rencontres de Pédagogues en présentiel, et non plus par zoom comme c’était le cas depuis 2023. “Ces échanges ont à cœur de partager un métier commun, explique Alice de Rambuteau. On ne vient pas vendre le français, ni parler de techniques, mais partager nos convictions d’éducateurs : qu’est-ce qu’un bon prof ? Un bon élève ? On leur demande de mettre en récit pour déclencher une prise de conscience, mettre en mouvement : on apprend à aimer sa propre différence en rencontrant celle de l’autre. Ces voyages sont avant tout l’occasion, pour eux, d’exprimer cette richesse intérieure qui les habite.”
Dernière mise à jour: 21/03/2026 16:15


