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Bethléem : les Églises annoncent la restauration de la grotte de la Nativité

Marie-Armelle Beaulieu
24 janvier 2026
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La grotte de la Nativité sous un angle inédit ©Nadim Asfour/CTS

Enfin officialisée ! Les Églises gardiennes de la basilique de la Nativité confirment le démarrage imminent de la restauration de la grotte où la tradition situe la naissance de Jésus.


Le Patriarcat grec orthodoxe de Jérusalem et la Custodie de Terre Sainte annoncent le début imminent des travaux de restauration de la grotte de la Nativité, lieu sacré vénéré dans toute la chrétienté comme le lieu de l’Incarnation ».

C’est par ces mots que les Églises gardiennes de la basilique de la Nativité viennent d’officialiser, dans un communiqué commun daté du 22 janvier 2026, le lancement de la restauration de la grotte de la Nativité, à Bethléem.

Le chantier, précisent-elle, sera mené « sous les auspices de la Présidence de l’État de Palestine », conformément à un décret présidentiel de 2024 et dans le cadre du Statu Quo des Lieux saints.

Cette officialisation était attendue depuis que Mahmoud Abbas avait déjà éventé la avant Noël, lors d’une prise de parole à Rome. Le président de l’Autorité palestinienne est directement concerné, car la basilique de la Nativité relève d’un site classé au patrimoine mondial de l’Unesco depuis 2012, première inscription portée par la Palestine après son admission à l’Unesco en 2011.

Frère Ananiasz Jaskólski, sacristain, enlève les tentures aux armes franciscaines qui ornent l’entrée de la Mangeoire. ©Francesco Guaraldi/CTS

Sur le terrain, le chantier a déjà une conséquence très visible : le démontage des tentures, étoffes et éléments décoratifs, effectué par chacune des communautés selon ses droits et usages. Ce déshabillage progressif laisse apparaître la grotte dans un état de quasi-nudité, tant le lieu est d’ordinaire saturé de tissus, de lampes, d’ornements et de dispositifs de protection. La “cave” la plus visitée du christianisme se révèle soudain dans sa matérialité : une géographie étroite, sombre, usée, et marquée par le temps.

Le communiqué insiste sur le cadre de coopération : l’initiative est portée par les Grecs orthodoxes et les Franciscains, avec la « coopération fraternelle » du Patriarcat arménien apostolique. Il précise aussi que l’entreprise chargée du chantier est la société italienne Piacenti, déjà responsable du vaste programme de réhabilitation récent de la basilique, ce qui doit assurer une continuité de méthode et de savoir-faire.

Ce qui devrait être restauré

Les raisons de la restauration sautent aux yeux pour quiconque connaît la grotte. Elle est noire, chargée de la suie des lampes à huile qui y brûlent sans interruption depuis des siècles, et celle des incendies, dont l’un, en mai 2014, a noirci tentures et boiseries. À cela s’ajoute l’usure extrême d’un espace minuscule, de forme à peu près rectangulaire (12,30 x 3,50 m), traversé par des millions de pèlerins. L’observation des lieux permet d’envisager la nature probable des travaux.

D’abord, le plafond : il devrait faire l’objet d’un nettoyage en profondeur pour retirer les couches de suie, mais aussi d’une vérification de stabilité de la roche et de la maçonnerie, là où des fissures sont visibles. Si la voûte retrouve une teinte plus claire, l’effet sera immédiat : une grotte un peu moins sombre et à l’aspect moins délabré.

Ensuite, le sol de marbre : il pourrait remonter au VIe siècle. On comprend mieux qu’en dépit de son épaisseur il montre aujourd’hui des signes d’usure au point même d’être percé à l’endroit où reposent la pointe des chaussures des pèlerins agenouillés devant l’étoile à 14 branches.

Les deux escaliers d’accès — entrée et sortie — devraient eux aussi être repris, à la fois pour la conservation et pour la sécurité. Le communiqué mentionne d’ailleurs des « mesures de renforcement technique dans des sections adjacentes », signe que le chantier ne restera pas strictement limité aux quelques dizaines de mètres carrés de la grotte, mais touchera des zones de liaison, d’appui, ou de circulation.

Qu’adviendra—t-il de la tenture ignifugée, offerte en 1874 par le président français Mac Mahon, qui faut aujourd’hui pâle figure et semble plus menaçante que protectrice ?

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Si l’on en croit le travail mené lors de la restauration de partie supérieure de la basilique, le travail pourrait chercher à restaurer sans transformer, et sécuriser sans “muséifier” un lieu destiné à voir passer des foules et aussi un lieu de culte vivant.

Le chantier devrait également toucher les points liturgiques : les autels liés à la naissance et à la mangeoire nécessitant également consolidation et nettoyage.

On peut s’attendre également à ce que l’entreprise Piaccenti documente la morphologie ancienne du lieu pour une meilleure compréhension de l’accès originel à la grotte avant les grands et successifs réaménagements de la basilique.

En décembre, des articles liés à l’annonce anticipée des travaux, avaient mentionné qu’ils pourraient durer quatre ans. Néanmoins, les autorités ecclésiales assurent vouloir maintenir l’accès au lieu saint autant que possible. L’entreprise, comme on l’a vu faire dans la basilique supérieure, pourrait isoler des zones successives et privilégier des plages de travail nocturnes.

Un lieu documenté très tôt

La grotte de la Nativité est un lieu chargé de mémoire. Cela explique la prudence des Eglises qui en partagent la propriété et l’usage au moment de faire état d’un accord.

S’agissant de l’historicité du lieu, les évangiles sont sobres : Matthieu situe la naissance « à Bethléem de Judée, au temps du roi Hérode », Luc mentionne la mangeoire faute de place à l’hôtellerie. Le lien explicite avec une grotte n’y est pas formulé, mais la tradition se fixe très tôt.

Au IIᵉ siècle, Justin Martyr affirme que Joseph et Marie auraient occupé « une grotte très près de Bethléem » et que Marie y aurait mis au monde Jésus. Vers le IIIᵉ siècle, Origène écrit que la vénération attachée au lieu est suffisamment établie pour que même des non-chrétiens, « dans ces parages », connaissent la grotte et la crèche montrées aux visiteurs. La mémoire de Bethléem n’est donc pas une construction tardive : elle s’enracine très tôt dans une géographie de pèlerinage.

Voir les vidéo de la série → Bethléem back in Time (en français)

Le site a aussi traversé des phases de profanation et de reconquête. Saint Jérôme, installé à Bethléem à partir de 384, évoque un lieu autrefois obscurci et détourné sous Hadrien, puis redevenu un sanctuaire de prière. Il parle d’un espace exigu, presque un « trou », et mentionne les prières des fidèles dans des cavités voisines. Cette réalité est essentielle : la grotte de la Nativité ne se comprend pas isolément, mais comme le noyau d’un réseau de grottes et d’anciennes citernes sous et autour du complexe.

La basilique elle-même devient très tôt un écrin monumental. Les témoins anciens situent la grotte sous l’église constantinienne ; la basilique est consacrée en 339. Incendiée puis détruite en 529, elle est reconstruite en 565 par l’empereur Justinien, qui lui donne sa structure actuelle.

La circulation interne évolue un peu plus tard : d’un seul accès ancien, on passe à deux escaliers entre le VIᵉ et le IXᵉ siècle – une fourchette envisagée grâce aux témoignages des pèlerins – afin de fluidifier le mouvement des pèlerins. La grotte prend alors cette forme durable : un espace rectangulaire, structuré par ses points liturgiques, et « pris » dans l’architecture supérieure.

C’est précisément cette continuité — IIᵉ siècle, IVᵉ siècle,  VIe et croisée, incendies, séismes, restaurations partielles — qui donne au chantier actuel son poids : on n’intervient pas sur un décor, mais sur un lieu où chaque strate matérielle est aussi une strate d’histoire. Si la grotte apparaît aujourd’hui mise à nu, c’est peut-être la meilleure image de ce qui se joue : retrouver un équilibre entre la conservation, la sécurité, et la fidélité à un lieu qui a traversé près de deux millénaires et annonce toujours la naissance d’un Dieu qui s’est fait homme pour le salut du monde.

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