Des clés pour comprendre l’actualité du Moyen-Orient

Des Pâques sans les lieux saints de Jérusalem ?

Marie-Armelle Beaulieu
19 mars 2026
email whatsapp whatsapp facebook twitter version imprimable
Célébration de la vigile pascale dans la basilique du Saint Sépulcre et de la résurrection sans la présence des fidèles durant le covid – 12 avril 2020 ©Giovanni Malaspina/Custodie de Terre Sainte

Depuis le début de la guerre, les lieux saints des trois monothéismes sont inaccessibles pour les croyants. Les musulmans ont été privés d’esplanade pour le Ramadan, qu’en sera-t-il pour les Pâques des juifs avec le Mur occidental et les chrétiens avec le Saint-Sépulcre, la basilique de la Résurrection?


Un débris de missile est tombé lundi 16 mars sur le toit du patriarcat grec-orthodoxe de Jérusalem, à quelques mètres de la basilique du Saint-Sépulcre. Un autre projectile est tombé sur l’esplanade des Mosquées.

Si les lieux saints ne sont pas délibérément visés par l’Iran, ils peuvent faire les frais, comme tout le territoire d’Israël et de la Palestine, de la chute de débris de missiles – parfois de tailles impressionnantes – tombant après leur interception.

Sur le toit du patriarcat grec-orthodoxe. Un débris de missile trop léger pour transpercer le toit, assez lourd et tranchant pour blesser quelqu’un. ©Police israélienne

C’est la raison pour laquelle les autorités israéliennes ont fermé pour raisons de sécurité, depuis le début de la guerre, les lieux saints de la ville comme tous les lieux publics non essentiels. À dix jours du début de la Semaine sainte, la question se pose de la célébration du triduum pascal si le Saint-Sépulcre demeure fermé.

La basilique n’est pas le seul lieu saint dans ce cas. La décision de fermeture concerne les sanctuaires des trois religions monothéistes présents dans la Vieille Ville. La police israélienne affirme agir pour protéger les fidèles, alors qu’Israël fait l’objet de bombardements sporadiques mais quotidiens. Les lieux saints resteront donc fermés «jusqu’à nouvel ordre».

Lire aussi → Card. Pizzaballa : «Dieu n’est pas du côté de la guerre»

Cette fermeture est intervenue alors que les musulmans célébraient le mois de Ramadan. L’accès à l’esplanade des Mosquées a été fortement restreint et, le plus souvent, totalement interdit. Il y a fort à craindre que la fermeture touchera également l’Aïd el-Fitr, vendredi, en raison du maintien de l’état d’urgence.

Dans le même temps, les fêtes religieuses du printemps approchent. Pessah, la Pâque juive – une des trois fêtes de pèlerinage vers Jérusalem – se prépare (1er au 9 avril). Les célébrations chrétiennes de Pâques se profilent elles aussi, avec cette année un décalage d’une semaine entre les calendriers grégorien et julien.

⬇︎ Vidéo en direct sur le mur Occidental ⬇︎

La célébration des Rameaux qui inaugure la Semaine sainte, cette année le 29 mars, est traditionnellement marquée à Jérusalem par une grande procession, qui part de Bethphagé – sur la pente orientale du mont des Oliviers – pour rejoindre la basilique Sainte-Anne dans la Vieille Ville. Sa tenue est incertaine. À ce jour, les consignes en vigueur spécifient que les rassemblements en extérieur ne peuvent pas réunir plus de 50 personnes. En présence de pèlerins du monde, cette procession peut réunir jusqu’à 15 00 personnes voire 20 000 les très grandes années.

La situation dépend largement de l’évolution militaire. L’armée israélienne évoque encore plusieurs semaines d’opérations.

Lire aussi → Conflit et vie quotidienne en Terre Sainte

Dans ce contexte, les mesures de sécurité à Jérusalem relèvent de facto du Commandement du Front intérieur, l’organisme militaire chargé de la protection civile. Ses directives s’imposent aux institutions religieuses comme à tous les habitants.

La Custodie franciscaine de Terre Sainte, gardienne d’une grande partie des sanctuaires chrétiens et notamment du Saint-Sépulcre avec d’autres Églises, se conformera aux règles imposées par les autorités civiles et militaires pour la sécurité des fidèles et des communautés locales qui lui sont confiées.

Une basilique fermée mais vivante

La fermeture du Saint-Sépulcre en temps de crise n’est pas inédite. À l’époque moderne, la basilique a déjà été fermée à plusieurs reprises lors de conflits ou de crises majeures. Le plus longtemps avait alors été durant la guerre du Golfe en 1991.

Dans une interview à l’agence de presse catholique Allemande KNA  reprise par Swiss|Cath,  le Custode de Terre Sainte, frère Francesco Ielpo a tenu à préciser « : « Bien sûr, on peut célébrer [Pâques] liturgiquement même en ces temps difficiles, même si les églises sont fermées. Nous avons notre communauté à l’église du Saint-Sépulcre, qui célèbre fidèlement et régulièrement toutes les liturgies – au nom de toute l’Église. »

Même lorsque les portes sont closes, la vie liturgique ne s’arrête pas. Les communautés religieuses présentes dans la basilique — Grecs-orthodoxes, catholiques représentés par les Franciscains de la Custodie et Arméniens apostoliques — continuent d’assurer l’intégralité des prières quotidiennes (avec aussi les Syriaques et les Coptes).

Certaines parties de l’édifice, comme la chapelle de l’Invention de la Croix, dite chapelle Sainte-Hélène, creusée dans la roche, pouvant servir d’abri pour un nombre limité de personnes, on peut imaginer un scénario semblable à celui déjà été expérimenté en 2020 durant la pandémie de Covid-19. Les célébrations pascales s’étaient alors déroulées à huis clos, avec le patriarche Pizzaballa entouré de quelques franciscains. L’intégralité des (longs) offices et messe avait été respectée. Il en avait été de même pour les célébrations des Grecs-orthodoxes et des Arméniens dont la très emblématique célébration du Saint-Feu, donnant lieu à des images tout à fait stupéfiantes.

À ce stade, tout dépendra de l’évolution de la situation militaire dans les prochaines semaines. Beaucoup de choses peuvent encore changer avant le dimanche de Pâques, célébré cette année le 5 avril selon le calendrier grégorien.

Si les restrictions se maintiennent, Jérusalem pourrait connaître, pour la cinquième fois depuis le Covid, des fêtes de Pâques presque sans la participation des fidèles dans les lieux saints, et avec les restrictions en vigueur dans les paroisses.

Procession du Patriarche grec-orthodoxe avant d’entrer dans le tombeau pour y accueillir le Saint feu durant le covid – 18 avril 2020. ©Patriarcat Grec-Orthodoxe.
Sur le même sujet
Le numéro en cours

 

Newsletter hebdomadaire
Les plus lus