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Jérusalem pleure le brillant intellectuel Albert Aghazarian

Christophe Lafontaine
31 janvier 2020
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Jérusalem pleure le brillant intellectuel Albert Aghazarian
Albert Aghazarian lors d'une intervention devant la Coordination Terre Sainte ©Mab/CTS

Albert Aghazarian, historien arménien qui se vivait Palestinien et qui s'est donc exprimé comme tel, est mort le 30 janvier à Jérusalem. La ville et les Palestiniens perdent l’un de leurs plus éminents intellectuels.


« Il est un fils de Jérusalem, et les rues de la vieille ville continueront de résonner de sa voix et de sa personnalité savante. Albert me manquera personnellement, il était un patriote palestino-arménien et un ami proche ». C’est « avec une grande tristesse » que Hanan Ashrawi membre du Comité exécutif de l’Organisation de libération de la Palestine (OLP) a réagi au décès à Jérusalem à l’âge de 70 ans d’Albert Aghazarian, grande figure intellectuelle d’origine arménienne, et qui se proclamait Palestinien.

Né le 18 août 1950 dans le quartier arménien de Jérusalem, dans une famille ayant fui le génocide de 1915 perpétré par le gouvernement ottoman, il était hospitalisé depuis au moins 15 jours. Ses obsèques auront lieu demain à 16h, au monastère St Jaques des Arméniens.

« On se souviendra de ses efforts inlassables pour faire avancer la cause de notre peuple pour la liberté et la justice, que ce soit par ses travaux universitaires ou sa participation avec la délégation palestinienne à la Conférence de Madrid de 1991, où j’ai travaillé en étroite collaboration avec lui », a déclaré la Palestinienne Hana Asharawi dans son communiqué de condoléances. C’est là en Espagne qu’il s’est de fait illustré en dirigeant la délégation des médias palestiniens lors de la première tentative de la communauté internationale pour engager un processus de paix au Proche-Orient, soutenue par les Etats-Unis et l’URSS.

A l’instar du président du Haut Comité présidentiel pour les Affaires ecclésiastiques en Palestine, le patriarche émérite du Patriarcat latin de Jérusalem, Michel Sabbah, a aussi voulu rendre hommage sur sa page Facebook à celui qui « a enseigné, réfléchi et résisté, et a marché avec tous ceux qui ont participé à la « catastrophe » palestinienne, et qui a fait beaucoup d’efforts avec ceux qui l’ont causée ». Et le prélat, qui l’a connu tard, d’ajouter avoir « écouté sa pensée, sa foi en Dieu et en l’homme ».

Encyclopédie ambulante

Historien et universitaire renommé, doué d’un grand sens de l’analyse sur les événements politiques de la Terre Sainte, il était aussi un expert passionné et érudit – hautement reconnu – de l’histoire, de la culture et de la réalité de Jérusalem. Ce qui a fait dire à beaucoup qu’il était une véritable « encyclopédie ambulante ».

Un témoignage laissé sur la page Facebook des Arméniens de Jérusalem affirme qu’« il connaissait l’histoire de chaque pierre, chaque coin, chaque église et chaque mosquée et aimait Jérusalem avec une passion ardente ».

Albert Aghazarian laisse derrière lui une carrière bien remplie. Rédacteur en chef du journal palestinien écrit en arabe, Al-Quds, entre 1973 et 1976, il fut l’un des membres fondateurs de l’Association du « Forum intellectuel arabe » à Jérusalem en 1977. De 1980 à 2002, il a dirigé le bureau des relations publiques de l’Université de Birzeit, où il avait été étudiant avant d’y enseigner et d’en être le porte-parole. Ses dernières années ont été consacrées à des travaux de recherches et des conférences. Polyglotte – il parlait couramment l’arabe, l’anglais, le français, l’arménien, l’hébreu, le turc et l’espagnol – il a souvent usé de ses talents de traducteur lors de symposiums ou de réunions politiques.
En 2006, Albert Aghazarian s’était vu décerner en reconnaissance de ses efforts pour sensibiliser la communauté internationale sur la question de Jérusalem et la question palestinienne, une médaille remise par le roi Albert II de Belgique. Faisant de lui l’une des rares 50 personnes à avoir reçu une telle distinction, souligne l’agence palestinienne de presse Wafa.

Âme libre

« Bien qu’il lui a été demandé à plusieurs reprises d’occuper de hautes fonctions gouvernementales, il a préféré se considérer comme une âme libre qui a généreusement partagé son analyse approfondie avec des personnalités locales et internationales clés, y compris des écrivains et des journalistes, tout en passant ses soirées à fumer la Shisha dans une petite auberge et partager des histoires avec ses concitoyens de Jérusalem sur l’histoire et la vie quotidienne », salue le mensuel This week in Palestine. Rendant ainsi hommage à l’historien et à l’infatigable conteur connu pour sa voix caverneuse. Et que l’on peut encore entendre, confie le journal, à travers l’une de ses devises préférées : « Dans la bataille mondiale entre le pouvoir de la culture et la culture du pouvoir, le pouvoir de la culture parvient toujours à survivre. »

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