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Ramleh, étape franciscaine sur la route de Jérusalem

Marie-Armelle Beaulieu
23 janvier 2026
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L’entrée du foyer franciscain pour l’accueil des pèlerins à Ramleh photographiée en 1895.

À leur arrivée en Terre Sainte en 1217, les franciscains cherchèrent à s’installer dans les Lieux saints principaux et avérés. Ramleh est probablement le premier couvent que les Fils de saint François ont acquis au XIIIe siècle, sur le lieu d’une tradition moins assurée.


À Ramleh, entre Jaffa et Jérusalem, les franciscains accueillent les pèlerins depuis plus de sept siècles. On ignore la date exacte à laquelle les franciscains s’installèrent à Ramleh, première étape sur la route de Jérusalem depuis le port de Jaffa.

C’est dans cette fraternité qu’est mentionnée pour la première fois la présence d’un franciscain arabe nommé Salem, qui acheta en 1395, avec le frère Giovanni, un terrain sur lequel ils construisirent une maison. C’est un autre arabe qui en parle avec fierté et conviction. « Notre présence est antérieure à 1296 », rappelle le P. Abdel Massih, curé de la paroisse latine et responsable de l’école.

Le père Abdel Massih Fahim ©MAB/TSM

À défaut de savoir exactement quand ils s’y sont installés, on sait en revanche que les franciscains perdirent leur couvent cette année-là. Mais en 1392, les religieux s’y installèrent de nouveau. « La nouvelle maison – inaugurée la même année – a été voulue comme un lieu d’accueil pour les pèlerins qui faisaient la route de Jaffa à Jérusalem. Ils arrivaient ici épuisés, ils passaient une nuit, puis continuaient vers la Ville sainte. »

Les traditions locales racontent que plusieurs saints se seraient arrêtés ici une nuit. « Les pèlerins venaient pour suivre les pas de Jésus, pas pour faire du tourisme, insiste-t-il. À l’époque, il y avait de vrais risques : beaucoup mouraient en route. Leur but était ni plus ni moins que la sainteté. »

Trois missions

Le couvent actuel remonte au début du XVIIIᵉ siècle. À cette époque, les frères structurèrent leur présence autour de trois missions : accueillir les pèlerins, prendre soin des chrétiens locaux et témoigner de l’Évangile au milieu d’une société largement non-chrétienne. L’église elle-même fut même un temps transformée en mosquée avant de redevenir un lieu de culte catholique vivant.

En 1728, une troisième dimension s’ajoute : l’école. « Dans trois ans, nous fêterons les 300 ans de l’école, sourit le P. Abdel Massih. C’est la plus ancienne de la ville. Pendant longtemps, c’était même l’unique école de tout le secteur. » D’abord école élémentaire pour garçons, elle s’est progressivement développée jusqu’au secondaire. Pendant des décennies, les élèves qui voulaient poursuivre leurs études devaient ensuite se rendre à Jaffa.

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Aujourd’hui encore, l’école reste au cœur de la présence franciscaine. Environ 500 élèves y sont scolarisés, de la maternelle au baccalauréat. « Nous avons un très haut niveau, surtout en sciences, en hébreu, en arabe et en anglais, détaille le religieux. Le taux de réussite aux examens est presque de 100 % chaque année. »

Les enfants de l’école franciscaine photographiés en 1883 ©Archives de la Custodie de Terre Sainte

La mission d’accueil, elle, n’a pas disparu même si elle a changé de forme. Les grands cortèges de marcheurs ont presque disparu avec l’invention des bus, mais la tradition demeure. « Jusqu’à aujourd’hui, certains groupes me demandent encore de passer une nuit ici avant de partir pour Jérusalem, raconte-t-il. Nous gardons leurs sacs, ils dorment au couvent, puis ils reprennent la route à pied. » Cette présence s’enracine désormais dans un contexte complexe.

Forum commun

Ramleh compte aujourd’hui une majorité de juifs, puis des musulmans et une petite minorité chrétienne latine, grecque-catholique, grecque-orthodoxe, maronite et anglicane. « Nous ne sommes plus qu’une petite communauté, constate le franciscain, mais l’Église est pleinement vivante : messes, catéchisme, mouvements de jeunes, scoutisme… »

Face à la montée de la criminalité et au sentiment d’abandon des quartiers arabes, le couvent s’efforce de jouer un rôle de médiation. Le P. Abdel Massih participe à un « forum commun » qui réunit imam, rabbin, pasteur anglican, cheikh druze et responsables chrétiens. « Nous nous retrouvons dans les mosquées, les églises, pour parler de la violence, de la vengeance, de la miséricorde, explique-t-il. J’essaie d’y faire entendre l’Évangile : ne pas répondre au mal par le mal, aimer ses ennemis. Ce n’est pas théorique. C’est une question de survie pour cette ville. »

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Pour le curé franciscain, cette fidélité à Ramleh fait partie intégrante de la mission de la Custodie de Terre Sainte. « Ramleh n’est pas un grand sanctuaire comme le Saint-Sépulcre ou Bethléem, reconnaît-il. Mais sans ces petites communautés sur la route, les pierres vivantes disparaissent et le pèlerinage lui-même perd quelque chose de son âme. »

À Ramleh, la présence franciscaine n’est donc pas un simple héritage historique : « Notre mission, conclut le P. Abdel Massih, c’est de rester ici, avec le peuple, malgré les difficultés. Tant qu’il y aura un seul chrétien à Ramleh, les franciscains devront être là avec lui. »

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