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Quand Jérusalem moulait les femmes…

Rédaction
28 juillet 2026
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Le moule utilisé pour produire le visage de la figurine féminine. ©Emil Aladjem/Autorité des antiquités d’Israël

Les travaux de restauration et de mise en valeur du site historique connu aujourd’hui sous le nom de Tour de David, Porte de Jaffa à Jérusalem, n’en finissent pas de réserver des surprises.
Cette fois, Jérusalem retrouve l’un de ses visages.


Elle esquisse un sourire et a les cheveux bouclés serrés. Son visage ne mesure que quelques centimètres. Il aura pourtant fallu près de 2 700 ans pour qu’il réapparaisse.

« Nous avions atteint l’endroit le plus profond des fouilles. Quand on a trouvé un endroit rempli de récipients en céramiques. Je dois dire que ça devenait presque ennuyeux de trouver des tessons de céramiques et encore des tessons. Soudain, un ouvrier aperçu un objet très bizarre du sol dont il s’empara. Cela ressemblait à une boule creuse mais sen regardant attentivement à l’intérieur on put distinguer le négatif d’un visage de femme. »

Amit Re’em, le chef pour Jérusalem de l’Autorité israélienne des Antiquités (IAA), n’a pas son pareil pour faire vivre les découvertes.

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Ainsi, lors de fouilles menées au Kishlé, dans l’enceinte du musée de la Tour de David, les archéologues israéliens ont-ils découvert un moule en terre cuite destiné à façonner le visage d’une figurine féminine.

L’objet est daté des VIIIe-VIe siècles avant Jésus-Christ. Des centaines de figurines de cette époque ont déjà été mises au jour à Jérusalem et dans l’ancien royaume de Juda. Mais jamais encore les archéologues n’avaient retrouvé à Jérusalem de moule utilisé pour les fabriquer. La découverte apporte donc un élément important : certaines de ces figurines étaient bien produites sur place.

Le moule utilisé pour produire le visage de la figurine féminine et le visage obtenu. ©Emil Aladjem/Autorité des antiquités d’Israël

Un visage reconstitué

Le moule ne se trouvait pas dans l’atelier où il était en usage mais dans un remblai. Si le contexte en est moins spectaculaire, cela n’enlève rien à la rareté de l’objet.

Le fragment a d’abord été confié à Tamar Gonen, spécialiste de la conservation des céramiques. Elle a méticuleusement retiré la terre qui emplissait encore la cavité. Ce patient nettoyage a révélé les détails du visage imprimé dans l’argile : les yeux, le nez, les lèvres et surtout une coiffure élaborée, formée de boucles régulières.

Le restaurateur Sviatoslav Klindukhov a ensuite réalisé un moulage à partir de cette empreinte. Le négatif est ainsi redevenu visage. Celui d’une femme telle que pouvait la représenter un artisan de Jérusalem entre le VIIIe et le VIe siècle avant Jésus-Christ.

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Les figurines de cette époque mesuraient généralement entre 10 et 20 centimètres. Leur fabrication suivait plusieurs étapes. Le corps et la tête étaient façonnés séparément, tandis que le visage était pressé dans un moule. Les deux parties étaient ensuite assemblées. Cette technique explique sans doute pourquoi beaucoup de ces objets ont été retrouvés brisés au niveau du cou.

Les artisans recouvraient les figurines d’un engobe d’argile blanc avant de les peindre. Quelques traces permettent encore de distinguer les couleurs employées : du jaune, du rouge et du noir.

Debbie Ben-Ami, archéologue et chercheuse à l’Autorité des antiquités d’Israël, spécialiste des moules, posant avec une des figurines que l’on trouve en nombre dans les strates 8e-7e siècle avt J.-C. ©Autorité des antiquités d’Israël

Les archéologues connaissent trois grandes familles de figurines datant de cette période. Les premières représentent des femmes, souvent pourvues d’une coiffure importante et tenant leurs mains sous leurs seins. Elles sont communément appelées « figurines féminines judéennes à pilier », en raison de la forme cylindrique de leur partie inférieure. D’autres montrent un cavalier sur son cheval. Une troisième catégorie représente des animaux, principalement des chevaux.

Ces objets ont été découverts dans presque toutes les fouilles importantes conduites à Jérusalem et dans les territoires de l’ancien royaume de Juda. Jusqu’à présent, cependant, l’absence de moules soulevait une question : les figurines étaient-elles fabriquées sur place ou importées depuis d’autres centres de production ?

Déesse, amulette ou jouet ?

Reste une autre question, et elle est de taille : à quoi servaient ces figurines ? Les archéologues en ont retrouvé dans les maisons, mais aussi dans les rues et dans des tombes. Leur présence dans des espaces très différents indique qu’elles appartenaient à la vie quotidienne. Leur signification exacte demeure cependant discutée.

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Certaines figurines féminines ont été interprétées comme des représentations d’une divinité liée à la fécondité, peut-être la déesse Ashéra, dont le culte est attesté dans le Proche-Orient ancien. D’autres chercheurs ont proposé d’y voir de simples jouets d’enfants.

Debbi Ben-Ami, conservatrice de la période de l’âge du Fer à l’Autorité israélienne des antiquités, invite à ne pas refermer trop vite le dossier. « Elles ont peut-être servi de figures de médiation ou de bénédiction, comme des amulettes domestiques destinées à apporter la protection, la bénédiction et la bonne fortune », explique-t-elle.

La découverte n’apporte pas de réponse définitive. Mais elle déplace la question. Ces petits personnages n’étaient pas seulement présents dans la ville : certains y étaient fabriqués, probablement par des artisans maîtrisant une production en série. Un même moule pouvait donner naissance à plusieurs visages semblables, ensuite fixés sur des corps modelés à la main.

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