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Quand les cerfs-volants de Gaza réveillent les fantômes du 7-Octobre

Marie-Armelle Beaulieu
26 août 2026
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Photo d'archives 16 juillet 2003- Des enfants palestiniens jouent avec des cerfs-volants au bord de l'océan à Gaza. ©Sharon Perry/Flash90.

Trois ans après le 7-Octobre, le traumatisme des habitants israéliens à la frontière de Gaza est à fleur de peau. En conséquence, les enfants de Gaza ne peuvent plus jouer au cerf-volant.


On les connaît bien en Palestine, quand en fin d’après-midi se lève le vent thermique. Il suffit aux enfants d’un bout de papier, de quelques baguettes de bois et d’une ficelle pour les  voir se réjouir des envolées de leurs cerfs-volants et de la liberté qui est la leur. Pas à Gaza. Plus à Gaza.

Ces derniers jours, plusieurs cerfs-volants en provenance de ce territoire palestinien ont été retrouvés près des communautés israéliennes voisines, notamment à Nahal Oz.

Aucun explosif, aucun produit incendiaire, aucun élément suspect n’y a été découvert a spécifié l’armée. Seulement des cerfs-volants, poussés par le vent au-delà de la ligne ravivent le traumatisme toujours à vif des habitants de l’enveloppe, comme on appelle en hébreu cette ligne frontalière avec la bande de Gaza.

Tant pis si les enfants les fabriquent pour jouer. Eux qui n’ont plus ni écoles, ni maisons, ni terrains de jeux croyaient au moins pouvoir tout oublier en levant les yeux vers le ciel. Las, les comités populaires qui administrent les camps de déplacés ont désormais demandé aux parents de les en empêcher, par crainte d’une riposte israélienne. « Nous ne cherchons pas à restreindre l’enfance de nos enfants, déjà privés des droits les plus élémentaires, mais à protéger leurs vies innocentes », ont-ils expliqué. Une mère confiait à Reuters qu’elle interdirait désormais à son fils Ahmed, dix ans, de pratiquer ce jeu d’été.

Photo d’archive 25 juillet 2018 – Un homme tient un cerf-volant en provenance de Gaza. En 2018, les habitants des villes limitrophes de Gaza subirent les conséquences des incendies incessants provoqués par les cerfs-volants incendiaires lancés par des Gaziotes. © Dario Sanchez/Flash90

C’est que de l’autre côté de la frontière, un cerf-volant n’est plus tout à fait un jouet. En 2018, des cerfs-volants et des ballons chargés de matières incendiaires avaient provoqué de nombreux feux dans les champs et les réserves naturelles israéliennes. Depuis, le 7-Octobre 2023 est passé par là. Nahal Oz et les autres kibboutz bordant Gaza ont été attaqués, leurs habitants tués, enlevés ou contraints à l’exil. Chaque objet venu du ciel, chaque mouvement près de la clôture, réveille la peur d’un danger que l’on aurait, une fois encore, refusé de voir.

Cette peur est compréhensible. La réponse politique l’est beaucoup moins.

Le ministre israélien de la Défense, Israel Katz, a décrété une politique de « tolérance zéro », affirmant qu’un ballon ou un cerf-volant devait être traité comme un drone, « avec ou sans explosif ». Avec Benjamin Netanyahu, il a menacé d’intensifier les éliminations ciblées et d’évacuer les habitants des secteurs de Gaza depuis lesquels ces objets seraient lancés. Des quartiers entiers pourraient donc être déplacés parce qu’une ficelle s’est rompue entre les mains d’un enfant. Le Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l’homme a qualifié cette menace de « scandaleuse » et dénoncé une « rhétorique inacceptable ».

Israël soupçonne le Hamas d’encourager ces lancements afin de tester ses réactions et de fragiliser le sentiment de sécurité des habitants. Le Hamas le nie et parle de jeux d’enfants. Dans un contexte où chacun instrumentalise la peur de l’autre, la prudence s’impose. Mais la proportionnalité aussi.

Pendant la coupe du monde football, Israel a tué l’homme qui avait réussi à retransmettre les matchs sur grand écran au milieu des décombres. Ils perdent maintenant leurs cerfs-volants. Et, de l’autre côté de la frontière, les habitants des kibboutz continuent de regarder le ciel avec angoisse.

Trois ans après le 7-Octobre, loin de diminuer en intensité le conflit est plus que jamais dans les têtes sans que l’on sache quand et comment arrêter cette folie.

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