
Le tribunal de première instance de Jérusalem a acquitté Yona Schreiber, qui avait violemment agressé sœur Marie-Reine le 28 avril dernier sur le mont Sion. Il a été placé en hospitalisation psychiatrique pour six ans. Une décision qui ne referme aucune des blessures ouvertes par cette agression.
Le 26 août, le juge Ofir Tishler a retenu les conclusions du psychiatre du district : lorsqu’il s’est attaqué à la religieuse française, Yona Schreiber se trouvait dans un état psychotique et ne pouvait être tenu pénalement responsable de ses actes. Le tribunal a donc prononcé son acquittement et ordonné son hospitalisation psychiatrique sous contrainte pour une durée de six ans, le maximum prévu pour une infraction de cette gravité. Cette période pourra toutefois être réduite à discrétion par la commission psychiatrique.
Le tribunal n’a pas remis les faits en cause. Les images de l’agression sont sans ambiguïté. Près du Cénacle, Yona Schreiber avait couru derrière une religieuse avant de la pousser violemment à terre. Sa tête avait heurté une pierre. L’homme s’était éloigné, puis était revenu lui donner des coups de pied alors qu’elle gisait au sol. Un passant avait finalement tenté de s’interposer. La religieuse avait été blessée à la tête et souffrait de vertiges.
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« Nous aurions préféré que l’agresseur soit tenu pénalement responsable et puni pour ses actes », a déclaré son avocat, Zaki Sahlia. Mais cette décision de justice, poursuit-il, « ne diminue en rien la gravité de l’agression ni les dommages physiques et émotionnels subis par la religieuse ».
« À cet instant, j’ai cru qu’il allait me tuer », confiait la sœur à Terre Sainte Magazine. Aujourd’hui, elle va mieux. Mais elle reste profondément meurtrie par l’indifférence de la dizaine de personnes présentes, demeurées spectatrices de la scène. Si un homme l’a agressée, leur absence de réaction lui apparaît comme une autre violence : celle de la non-assistance à une personne en danger.
Yisca Harani, fondatrice du Religious Freedom Data Center, ne conteste pas davantage le diagnostic psychiatrique. Elle affirme même savoir que l’homme avait déjà été hospitalisé durant plusieurs années. Mais elle pose sur Facebook une série de questions parfaitement légitimes. Comment le registre des associations a-t-il pu autoriser une personne ayant de tels antécédents à devenir membre fondateur d’une organisation appelée « Victoire juive » ? Et quelle responsabilité cette organisation entend-elle maintenant assumer ?
Car, mentalement dérangé ou non, Yona Schreiber n’était pas un homme isolé de tout environnement. Il était soutenu par des groupes qui ne cachent pas leur hostilité, voire leur détestation, envers les chrétiens.
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« L’irresponsabilité psychiatrique de l’agresseur peut expliquer pourquoi il n’est pas soumis à la responsabilité pénale ordinaire, écrit Yisca Harani. Elle n’empêche cependant pas son entourage d’assumer une responsabilité morale et communautaire pour le tort qui a été causé. »
Yisca rappelle qu’après un récent crime de haine dans une église de Jaffa [le 16 août NDLR] , la famille musulmane de l’agresseur s’était rendue au couvent pour demander pardon au nom de son fils. Elle ne contestait ni son état médical ni son irresponsabilité juridique. Elle reconnaissait simplement qu’une personne avait été blessée et qu’un geste était nécessaire pour tenter de réparer les relations.
Qui, dans l’entourage de Yona Schreiber, accomplira ce geste ? « Victoire juive » se désolidarisera-t-elle publiquement de l’agression ? Sa famille exprimera-t-elle sa compassion ? Yisca Harani demande également si, depuis le 28 avril, le maire de Jérusalem a seulement appelé la religieuse pour prendre de ses nouvelles.
Depuis l’agression, rien n’a véritablement changé sur le mont Sion. À hauteur de la porte du Patriarcat arménien, crachats et menaces contre les chrétiens continuent. Aucune mesure efficace n’a été prise par les autorités civiles ou religieuses pour les faire cesser. Personne n’a jamais été arrêté.
La maladie de Yona Schreiber explique son geste aux yeux de la justice. Elle n’efface ni le contexte dans lequel il a été commis, ni le silence de ceux qui regardent, ni l’inaction de ceux qui devraient protéger. Chez les chrétiens de Jérusalem et au-delà demeure ainsi un sentiment amer : celui d’être agressés à répétition, au vu de tous, sans que personne ne semble vraiment décidé à dire que cela suffit.



