Des clés pour comprendre l’actualité du Moyen-Orient

Aimer Jérusalem en lâchant prise

Marie-Armelle Beaulieu
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©Francesca Mantovani/Éditions Gallimard

Évoquée dans l’éditorial du numéro de juillet-Août, la lecture d’Aimer Jérusalem est terminée.


Aimer Jérusalem, c’est le titre du livre aperçu en tête d’une gondole de libraire qui m’intrigua. Qui prétendait aimer Jérusalem ? Le faisait-il au moins comme elle le mérite ?
De Nathan Devers, je ne savais rien. Il avait 7 ans quand j’ai quitté la France. J’ai découvert son existence et sa notoriété le jour où le titre de son dernier ouvrage m’a fait de l’œil.
Les moteurs de recherche aidant, j’ai appris de l’auteur ce à quoi on le réduit. Mais que sait-on d’un homme quand il a 28 ans ? Finalement je choisis de retenir les éléments qui rendraient le livre plus incontournable à mes yeux. Élevé dans le judaïsme, ayant envisagé de devenir rabbin, il s’était détourné de la foi et l’avait remplacée (?) par la philosophie.

Aimer Jérusalem

Éditeur : GALLIMARD
Date de publication : 9 avril 2026
Langue : Français
Nombre de pages de l’édition imprimée : 432 pages
ISBN-10 : 20 73 15 14 34
ISBN-13 : 978 20 73 15 1438

Avec le prologue, j’ai découvert que Devers sait écrire. Et tout au long du livre, il y a des passages où son écriture, comme un vent sur un champ de blés mûrs, vous caresse, vous embrasse, vous foule et vous relève. Vous en sortez ébouriffé et heureux d’avoir été emporté.
Pourtant, Aimer Jérusalem ne parle pas de Jérusalem. Enfin pas vraiment ou alors comme une synecdoque, cette figure de style qui consiste à désigner un tout par une de ses parties.
L’ouvrage commence le 7 octobre 2023. Ce jour-là, Devers était à Beyrouth, à 300 kilomètres et à des années-lumière, quand les massacres de Gaza l’ont fait renaître juif, lui qui essayait de s’en défendre.
Si l’ouvrage commence ce jour-là, il a l’avantage insigne de ne pas avoir été terminé en quelques semaines. Cela lui évite de rester identitaire (à la différence du livre écrit trop tôt de Delphine Horvilleur Comment ça ne va pas).

Une pensée qui se déploie

On assiste, sous la plume de Devers, au choc de la nouvelle. Dans deux chapitres, on le revit comme il est : insoutenable. Mieux vaut ne pas passer ces pages. Elles sont une clé pour entrer dans le drame vécu par les juifs du monde entier.
Et pour le guérir, il faut le penser.
Penser, c’est une chose que sait faire Devers. Le partager aussi. Son livre est structuré en parties et dans ses parties par des chapitres, mais on assiste surtout au déploiement d’une pensée en construction. L’auteur convoque tour à tour l’Histoire, la politique, le réel, la Bible. Son approche profane du texte biblique est d’ailleurs un régal spirituel et politique. Quand certains s’en emparent pour attiser le feu, Devers en fait au contraire un antidote au fanatisme. Arrive finalement le moment où il formule l’indicible : Israël peut-il disparaître ? Pas seulement sous le coup de ceux qu’il tient pour ses ennemis mais en raison même de la façon dont il semble exister aujourd’hui.
Le questionnement est-il à ce point douloureux ou tabou ou vertigineux ? Dans la VIe partie l’auteur, s’il ne s’égare pas, m’a perdue. Au point de me mettre allègrement en mode lecture rapide pour survoler une bonne soixantaine de pages (dont toutes celles sur Tel Aviv). Et reprendre avec l’épilogue.
Je n’ai pas tout aimé, je n’ai pas été d’accord partout mais j’ai pris beaucoup de notes pour continuer à penser.
Et surtout, avec quelques pages, cette lecture a étayé mon espérance. D’autant plus que le livre est sorti le même mois (avril 2026) que la Lettre pastorale du patriarche Pizzaballa et le livre de B. Philippe/ V. Lemire (1). Ainsi, un patriarche, un historien, un diplomate et un philosophe, et quelques autres que je connais, pensent et souhaitent, chacun selon son approche, la même chose : Jérusalem et ce qu’elle représente survivront si on
renonce à la posséder, si on la laisse vivre dans son équilibre précaire et fascinant depuis des millénaires.

  1. Voir TSM 704, Quand un diplomate et un historien proposent une autre Jérusalem sur
    le livre Jérusalem, l’histoire n’est jamais écrite.

    Il ne faut pas oublier celui du religieux dominicain de L’École biblique, Olivier Catel (pas encore lu mais
    qui les a précédés), Jérusalem un cœur de paix (octobre 2024).

Dernière mise à jour: 20/09/2026 14:11

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