Des clés pour comprendre l’actualité du Moyen-Orient

À Jérusalem, des croyants marchent pour une autre ville

Rédaction
19 mai 2026
email whatsapp whatsapp facebook twitter version imprimable
©MAB/TSM

Quelques jours après la Marche des drapeaux et ses slogans anti-arabes dans les ruelles de la Vieille Ville, une autre Jérusalem a tenté de se montrer dimanche soir. Plus discrète. Plus fragile aussi. Des centaines de personnes ont participé à la quatrième « Marche interreligieuse de Jérusalem pour les droits de l’homme et la paix », organisée à Jérusalem.


Des rabbins – hommes et femmes -, des prêtres – hommes et femmes -, des religieux et religieuses, des musulmans et des Druzes, des militants israéliens et de (rares) Palestiniens ont défilé ensemble jusqu’à la porte de Jaffa. Les pancartes parlaient de justice, de paix ou de dignité humaine. Les chants alternaient entre hébreu, arabe et anglais. Rien de spectaculaire. Mais dans le climat actuel, la simple idée de marcher ensemble relevait déjà d’un acte politique.

Depuis plusieurs années, cette marche se veut une réponse symbolique à la Marche des drapeaux du Jerusalem Day. Cette dernière célèbre la prise de Jérusalem-Est par Israël en 1967. Elle attire chaque année des dizaines de milliers de nationalistes religieux. Depuis le 7 octobre et la guerre à Gaza, les tensions y sont devenues encore plus visibles. Cette année encore, des groupes de jeunes juifs ont scandé des slogans hostiles aux Arabes dans le quartier musulman de la Vieille Ville.

Lire aussi →  À Jérusalem, les Églises de la Vieille Ville fermeront pendant la Marche des drapeaux

Face à cette démonstration de force nationaliste et religieuse, les organisateurs de la marche interreligieuse veulent défendre une autre vision de la ville sainte. Une Jérusalem où les appartenances religieuses ne conduisent pas forcément à la confrontation.

Le contraste est saisissant. D’un côté, une mobilisation massive, soutenue par des ministres et des figures du nationalisme religieux israélien. De l’autre, quelques centaines de personnes avançant lentement derrière des banderoles appelant au dialogue.

Et cette année, signe que le climat ne va pas en s’apaisant, la rue commerçante de Jaffa, avait laissé place à la rue King David. Plutôt que de partir en chantant de la place de Sion (Kikar Zion), les militants de la Paix s’étaient d’abord rassemblés dans le jardin du YMCA pour mêler leurs chants, leurs prières, et leurs discours, avant d’entamer une marche qui fut silencieuse tant qu’on pouvait les entendre des fenêtres des immeubles alentours. Ce n’est qu’une fois sur le boulevard Yitzha Kariv, sous les arbres, presque à l’abri des regards qu’ils osèrent prier en chantant. Mais le cœur y état, pour chacun.

Dans le silence des autorités religieuses officielles, juives et musulmanes, c’est l’un des aspects les plus frappants de ce rassemblement. Car une partie du camp de la paix israélien tente aujourd’hui de réinvestir le langage spirituel et biblique longtemps abandonné aux courants nationalistes religieux.

Parmi les organisateurs figuraient notamment des membres des Rabbins pour es droits de l’Homme. Plusieurs responsables religieux juifs ont insisté sur le fait que la foi devait conduire à la protection de la dignité humaine et non à l’humiliation de l’autre.

Lire aussi →   Cardinal Pizzaballa : Une « presque encyclique » pour Jérusalem et ses habitants

Cette année, pour la première fois, le cardinal Pierbattista Pizzaballa avait enregistré un court message vidéo afin d’encourager les chrétiens à participer à la marche. Le patriarche latin de Jérusalem y appelait les fidèles à ne pas céder au découragement et à rester présents dans l’espace public malgré la guerre et les tensions.

Les chrétiens étaient effectivement plus nombreux que les années précédentes. On croisait des religieux, quelques communautés internationales, des prêtres et des laïcs engagés dans le dialogue interreligieux.

Mais les chrétiens palestiniens, eux, se comptaient presque sur les doigts d’une main.

Cette absence disait beaucoup du climat actuel. Pour de nombreux Palestiniens chrétiens de Jérusalem et d’Israël, participer à ce type d’événement reste compliqué. Certains doutent encore de l’efficacité de ces initiatives. D’autres redoutent d’être instrumentalisés dans des cadres où les rapports de force demeurent profondément inégaux.

Une minorité fragile

La marche n’a évidemment rien changé à la situation politique. Elle ne prétendait pas le faire. Mais elle révèle l’existence d’un petit réseau israélien et interreligieux qui refuse la logique de séparation totale imposée depuis des mois.

Dans une société israélienne profondément traumatisée par le 7 octobre et radicalisée par la guerre, ces voix restent minoritaires. Elles apparaissent parfois déconnectées du climat dominant. Pourtant, elles continuent de se manifester dans les rues de Jérusalem, précisément parce qu’elles considèrent la dimension religieuse comme une partie du problème, mais aussi comme une possible partie de la solution.

À quelques centaines de mètres des murailles de la Vieille Ville, des croyants ont ainsi tenté, le temps d’une soirée, de rappeler qu’à Jérusalem, la religion ne parle pas toujours le langage de la conquête.

Sur le même sujet
Le numéro en cours

 

Newsletter hebdomadaire
Les plus lus