
Entre juillet et septembre 2026, le Religious Freedom Data Center a documenté 96 incidents. À Jérusalem, les crachats dominent et l’assurance des agresseurs inquiète.
« Pas une semaine ne passe sans que quelqu’un me crache dessus. » Cette phrase, les membres du Religious Freedom Data Center (RFDC) disent l’entendre régulièrement dans leurs échanges avec des membres du clergé. Elle donne la mesure de ce que les chiffres ne suffisent pas à raconter : l’humiliation répétée, l’appréhension de sortir, la nécessité de réfléchir à la tenue que l’on portera pour traverser sa propre ville.
Dans son rapport consacré au troisième trimestre 2026, le centre dirigé par Yisca Harani recense 106 actes de harcèlement répartis dans 96 incidents, entre juillet et septembre. Un même incident peut associer plusieurs actes : crachats, insultes, violences. Cette distinction est essentielle pour lire le bilan.
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Créé en juillet 2023, le RFDC s’appuie sur une ligne de signalement multilingue et un réseau de bénévoles israéliens, en lien avec les institutions et les communautés chrétiennes. Entièrement bénévole, financé par des particuliers et sans affiliation gouvernementale ou politique, il documente les faits, accompagne les victimes et les aide à saisir les autorités.
Les crachats, une humiliation devenue ordinaire
Avec 77 actes recensés, les crachats représentent près des trois quarts du total. Le rapport dénombre également neuf actes de violence verbale, cinq agressions physiques, quatre jets d’objets, trois dégradations de signalétique, trois actes de vandalisme, une menace et quatre actes classés dans d’autres catégories.
Le centre souligne que les crachats surviennent à toute heure, ouvertement, parfois de manière délibérément démonstrative. Certains auteurs ont même justifié leurs gestes devant les bénévoles, y compris face à une caméra, en invoquant des prescriptions religieuses. Selon le RFDC, des dizaines de faits supplémentaires se produiraient chaque mois sans être signalés. Une estimation, et non un décompte documenté, qui dit la crainte de voir ces comportements s’installer comme une norme parmi leurs auteurs.
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La période des prières de pénitence juives, les selihot, et des fêtes de Tichri a été particulièrement marquée. L’afflux de visiteurs juifs dans la Vieille Ville s’est accompagné de nombreux signalements. Le retour partiel des touristes expose aussi de nouveau les pèlerins chrétiens à ces humiliations.
Les chiffres demandent toutefois une précaution : ils mesurent les faits documentés. Le RFDC a renforcé sa présence sur le terrain, notamment lors du jeûne de Tisha Beav et des grandes fêtes juives. Il indique que ce dispositif a permis de documenter deux fois plus d’incidents que pendant les périodes correspondantes des années précédentes. Une meilleure observation contribue donc au bilan, sans effacer l’inquiétude devant les comportements observés.
Le quartier arménien particulièrement exposé
Jérusalem concentre 88 des 96 incidents, soit 92 % du total. Parmi eux, 77 se sont produits dans la Vieille Ville, dont 45 dans la seule rue du Patriarcat arménien et 18 sur la Via Dolorosa. Les huit incidents recensés ailleurs se répartissent entre le nord d’Israël, les aéroports, Holon et Jaffa.
La communauté arménienne subit particulièrement le passage de milliers de personnes empruntant ses rues pour rejoindre le Mur occidental. Le rapport déplore qu’elle ne bénéficie d’aucune réponse spécifique ni d’un plan d’action destiné à mettre fin à ces harcèlements.
Au-delà des chiffres, le centre décrit une assurance croissante des agresseurs, perceptible jusque dans leur attitude envers les bénévoles. Il cite notamment une agression au gaz poivré contre un garçon de neuf ans. Une sanction insuffisante, avertit-il, risquerait de conforter le sentiment d’impunité.
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Les conséquences se lisent déjà dans les habitudes des chrétiens. Des moines et des membres du clergé sortent en vêtements ordinaires ; des fidèles dissimulent leur croix sous leurs habits. Après l’agression d’une religieuse au mont Sion en avril, des bénévoles ont accompagné des religieuses pendant quatre mois, six jours par semaine, matin et soir. Cet accompagnement n’a pris fin que lorsqu’elles se sont senties suffisamment en sécurité pour marcher seules.
Des interventions policières, mais quelles suites ?
Le rapport reconnaît l’engagement de la police de Jérusalem pendant le trimestre, particulièrement durant les fêtes : prévention, recherche des auteurs et interventions à la suite des signalements transmis depuis le terrain.
Le RFDC a déposé 35 plaintes, la plupart étayées par des photographies ou des vidéos. Mais l’intervention immédiate ne garantit pas une suite judiciaire. Au deuxième trimestre, sur douze dossiers ouverts par la police, dix avaient été classés.
Une évolution retient néanmoins l’attention du centre : pendant la préparation du rapport, il a été informé du dépôt d’un acte d’accusation contre une personne ayant craché à l’entrée d’une église le 25 juillet 2025. Le RFDC souhaite que cette procédure aboutisse à une décision affirmant clairement la gravité de tels faits, sans que leur portée soit atténuée par un accord de plaider-coupable.
L’association demande aussi une législation interdisant explicitement les actes d’avilissement religieux. Sur le terrain de la prévention, elle a noué un partenariat avec l’institut Yad Ben-Zvi pour préparer les élèves à leurs visites de Jérusalem et leur faire connaître la présence chrétienne.
Rendre les chrétiens visibles dans leur ville
Le RFDC interpelle enfin la municipalité. Entre le complexe municipal et la porte de Jaffa, observe-t-il, affiches, vœux de fêtes et projections sur les murailles rendent largement visible la présence juive. La présence chrétienne devrait, elle aussi, trouver sa place dans l’espace public.
Le centre réclame notamment une signalétique à l’entrée du quartier arménien présentant son histoire et sa signification religieuse et culturelle. Ses bénévoles rencontrent encore des visiteurs juifs qui découvrent avec surprise que des chrétiens vivent à Jérusalem. Pour le RFDC, cette invisibilité contribue à l’hostilité.
Dans le message accompagnant le rapport, Yisca Harani reconnaît que cette préoccupation pourrait sembler marginale au milieu des crises qui secouent Israël et le Moyen-Orient. Mais défendre la dignité humaine et la liberté de culte dans l’égalité et le respect mutuel ne peut être remis à plus tard.
Le centre formule d’ailleurs un objectif singulier : devenir inutile. Le jour où les autorités assumeront pleinement leur responsabilité et où religieux, fidèles et pèlerins pourront marcher dans Jérusalem en sécurité, son réseau de protection n’aura plus de raison d’être.
Source : rapport du RFDC, juillet–septembre 2026, et message d’accompagnement de Yisca Harani. Citation traduite de l’anglais.



