Comme nous le savons, depuis quelques mois, le siège de l’archevêque de Cantorbéry est occupé, pour la première fois de l’Histoire, par une femme : Sarah Mullally, auparavant évêque de Londres.
Hier, 24 juin 2026, au Patriarcat grec orthodoxe de Jérusalem, s’est achevé, par une rencontre avec les chefs des Églises locales, le pèlerinage en Terre Sainte que l’archevêque, primat de la Communion anglicane, a souhaité accomplir pour manifester sa proximité avec les chrétiens palestiniens.
Installée solennellement à Cantorbéry le 25 mars dernier, Mullally n’en était pas à sa première rencontre œcuménique. Le pape Léon XIV l’a reçue au Vatican le 27 avril, et leur entretien s’est conclu par un moment de prière commune dans une chapelle du Palais apostolique.
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Durant les cinq jours passés en Terre Sainte, l’archevêque a été accompagnée par Hosam Naoum, archevêque anglican de Jérusalem. À la rencontre finale, accueillie par le patriarche grec orthodoxe Théophile III, qui avait auparavant reçu Mullally dans la basilique du Saint-Sépulcre, participait également le Custode de Terre Sainte, le frère Francesco Ielpo.
« Le pèlerinage, un exercice d’écoute »
Dans son discours aux chefs des Églises, Sarah Mullally est revenue sur les journées qu’elle venait de vivre. « Le pèlerinage, a-t-elle déclaré, est certes un voyage à travers des lieux. Mais c’est aussi un voyage du cœur et de l’esprit : un exercice d’écoute, de Dieu et des autres, ainsi que la disponibilité à se laisser transformer par ce que l’on rencontre. »
« Ces rencontres m’ont rappelé que l’Église suit un Sauveur souffrant, qui demeure aux côtés des personnes vulnérables et de celles qui sont dans l’affliction, a-t-elle poursuivi. À plusieurs reprises, j’ai entendu le cri des communautés chrétiennes de cette terre : non pas un cri pour attirer l’attention, mais pour être accompagnées ; un cri qui ne demande pas une grâce à bon marché, mais une solidarité exprimée en paroles et en actes. » Elle a reconnu « la portée extraordinaire » du ministère des chefs des Églises de Jérusalem, qui « incarnent cet appel évangélique à demeurer et à servir dans une ville différente de toutes les autres ».
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À propos de sa nouvelle mission, elle a déclaré : « Je vois d’abord mon appel comme celui d’être la pasteure du troupeau du Christ, d’encourager l’Église à placer sa confiance non dans ses propres forces mais dans l’Évangile […] Une Église qui ne détourne pas le regard de la souffrance, mais qui l’affronte avec honnêteté et espérance, fondée non sur l’anxiété, mais sur le Christ, notre rocher. »
Mullally a également remercié expressément Théophile III pour sa récente visite à Gaza avec le cardinal Pizzaballa (absent de cette rencontre avec l’archevêque en raison d’engagements pastoraux en Jordanie).
Un chemin de prière et de solidarité
Le pèlerinage, commencé le 20 juin, se voulait un chemin « de prière et de solidarité » avec les chrétiens palestiniens. Le premier jour, à Jérusalem-Est, Mullally – qui a exercé comme infirmière professionnelle au Royaume-Uni – a visité le Princess Basma Centre pour les enfants palestiniens en situation de handicap, l’hôpital luthérien Augusta Victoria ainsi que le siège de la YMCA à Jérusalem-Est (association chrétienne internationale de jeunesse, née à Londres en 1844 dans le milieu évangélique anglican et dont le siège mondial est à Genève). Elle y a entendu le témoignage d’une jeune femme de vingt-cinq ans ayant été emprisonnée par les autorités israéliennes sous le régime de la détention administrative.
Le lendemain, à Birzeit, l’archevêque a prononcé l’homélie dans l’église anglicane Saint-Pierre devant les communautés de Ramallah et de Taybeh. « J’espère, a-t-elle déclaré, que grâce à ma visite, vous pourrez aussi comprendre que vous n’êtes pas oubliés par l’ensemble du Corps du Christ. L’Église est appelée à se réjouir avec ceux qui se réjouissent et à pleurer avec ceux qui pleurent. L’Église est à vos côtés dans votre droit de vivre dans la liberté et la dignité. » Peu après, elle a rendu visite à la famille de Layan Nasir, anglicane palestinienne libérée en mai de la prison israélienne de Damon après avoir subi trois périodes de détention administrative en cinq ans, puis elle a rencontré les parents de Natalie Abuddayeh, luthérienne de Beit Jala arrêtée quelques jours auparavant. La journée s’est achevée à Jérusalem par une visite au Patriarcat arménien afin de saluer le patriarche Nourhan Manougian.
À Nazareth et Bethléem
À Nazareth, la responsable ecclésiastique britannique a visité la Christ Anglican School, fondée en 1851 et fréquentée par des élèves chrétiens et musulmans. Elle a ensuite prié au puits de Marie, dans l’église grecque orthodoxe de l’Annonciation, avant de se recueillir dans la basilique catholique, où les franciscains de la Custodie de Terre Sainte ont rappelé que son installation à Cantorbéry, en mars dernier, avait eu lieu précisément le jour de la fête liturgique de l’Annonciation.
L’avant-dernière étape fut Bethléem. Mullally a elle aussi constaté avec regret l’absence totale de pèlerins en raison des guerres en cours. Un arrêt à la basilique de la Nativité s’imposait, même si la grotte de la Nativité est aujourd’hui presque inaccessible en raison des travaux de restauration entrepris durant la dernière décade de janvier. Elle ne pouvait pas non plus manquer un geste d’amitié envers la Tente des Nations, la ferme que la famille palestinienne de Daoud Nassar cultive depuis plus d’un siècle et qui est devenue un symbole de la résistance non violente pour de nombreux jeunes chrétiens du monde entier. Mullally y a planté un olivier, à côté de la devise de la famille Nassar : « Nous refusons d’être des ennemis. » Par la suite, au St George’s College, elle a pu écouter plusieurs membres du centre œcuménique Sabeel ainsi que de l’ONG Rabbins pour les droits humains.
Une lettre, deux archevêques
Le 25 juin, pour marquer l’aboutissement du pèlerinage, une lettre pastorale signée conjointement par Mullally et Naoum a été publiée. Elle est adressée au diocèse de Jérusalem ainsi qu’à l’ensemble de la Communion anglicane.
Le texte exprime une profonde inquiétude quant à l’avenir de la présence chrétienne palestinienne en Terre Sainte, confrontée, selon les auteurs, à un défi « existentiel » qui exige une attention et une responsabilité collectives immédiates. Les deux archevêques décrivent une Cisjordanie marquée par les violences des colons juifs, les déplacements forcés de population et la multiplication des postes de contrôle. « L’annexion est déjà en cours, même si elle ne porte pas ce nom », observent-ils.
Pendant ce temps, à Gaza, la souffrance se poursuit. Alors que le système de santé s’effondre, l’hôpital anglican Al Ahli demeure l’un des rares établissements encore en activité. S’appuyant sur l’avis consultatif rendu en 2024 par la Cour internationale de Justice, la lettre appelle à l’ouverture d’un processus crédible conduisant à la fin de l’occupation et à une solution à deux États, avec Jérusalem comme capitale partagée, dont le statut devrait être négocié dans le respect du statu quo historique et de la garde hachémite des Lieux saints, prévue par l’article 9 du traité de paix entre Israël et la Jordanie de 1994.
Primat, mais pas pour tous
Une dernière remarque s’impose. La primauté de Sarah Mullally et la légitimité de son ministère sont ouvertement contestées par une partie de la Communion anglicane, engagée depuis longtemps dans une controverse avec les orientations de l’Église d’Angleterre et des derniers archevêques de Cantorbéry.
Le GAFCON, mouvement qui rassemble plusieurs provinces anglicanes, principalement du continent africain, avait précisément élaboré son manifeste fondateur à Jérusalem en juin 2008. Lorsque la nomination de Sarah Mullally au siège de Cantorbéry a été rendue publique en octobre dernier, le GAFCON l’a qualifiée de décision qui « abandonne les anglicans du monde entier », à la fois parce que le ministère épiscopal devrait, selon lui, être réservé aux hommes, et en raison de l’ouverture personnelle de Mullally à la bénédiction des unions homosexuelles. Les anglicans membres du mouvement GAFCON refusent désormais de reconnaître l’archevêque de Cantorbéry comme « instrument de communion ».




