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À Silwan, la saisie d’une terre du Patriarcat grec-orthodoxe inquiète

Rédaction
30 juin 2026
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Le Patriarcat grec orthodoxe de Jérusalem dénonce la saisie par les autorités israéliennes d’un terrain lui appartenant à Silwan, à Jérusalem-Est, à proximité du monastère Saint-Onuphre. L’affaire nourrit l’inquiétude des communautés chrétiennes face à la multiplication des pressions qui menacent leur présence en Terre Sainte.


Le 15 juin 2026 au matin, les forces israéliennes sont intervenues sur une parcelle de terre située à Silwan, quartier palestinien de Jérusalem-Est, au sud de la Vieille Ville. Le terrain, identifié comme la parcelle 6 du bloc 29985, jouxte le monastère Saint-Onuphre et est revendiqué par le Patriarcat grec-orthodoxe de Jérusalem, qui affirme l’avoir officiellement enregistré.

Selon un communiqué du Patriarcat transmis à la presse1, son représentant sur place a été expulsé de force, son matériel confisqué, des arbres arrachés et le terrain fermé par des clôtures et des portails. L’Église qualifie l’opération de « saisie illégale et illégitime d’une propriété ecclésiastique établie au cœur de Jérusalem » et a immédiatement engagé une action en justice afin de récupérer l’accès à la parcelle.

Mais la version présentée par les autorités israéliennes est radicalement différente. Le jour même de l’opération, le média israélien en hébreu Arutz Sheva annonçait : « Opération dans la Cité de David : l’État récupère un terrain d’importance archéologique et historique. » Selon cet article, l’Autorité israélienne de la nature et des parcs, assistée des forces de sécurité, aurait repris le contrôle de « terres de l’État » qui avaient été illégalement occupées par des Arabes.

Les autorités invoquent également la présence sur le site de grottes funéraires datant de l’époque du Second Temple et affirment que des atteintes importantes avaient été portées au patrimoine et à l’environnement. Un garage improvisé aurait été démantelé et des véhicules abandonnés auraient servi de lieux de stockage. Certaines grottes auraient également subi des pillages archéologiques ou servi d’entrepôts et d’enclos pour des animaux.

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Deux récits s’affrontent donc : celui d’un État affirmant reprendre possession d’un terrain public illégalement occupé et protéger des vestiges archéologiques ; celui d’une Église qui affirme être la propriétaire légitime de la parcelle et dénonce une confiscation de son patrimoine.

Lors d’une audience judiciaire tenue après le dépôt d’une plainte par le Patriarcat, la municipalité de Jérusalem a expliqué, selon les informations communiquées transmise par Hagit Ofran, de l’organisation israélienne Shalom Arsham-  La Paix maintenant, avoir agi en vertu de la législation sur l’assainissement et d’« ordres de jardinage » [Garden Order] permettant aux autorités d’intervenir sur des parcelles laissées à l’abandon.

Le Patriarcat conteste cette justification. Il souligne que l’ordre municipal invoqué, délivré le 18 avril 2019, est arrivé à expiration en avril 2024 et qu’il ne saurait donc constituer une base juridique permettant d’arracher des arbres, d’expulser le gardien légitime, de clôturer le terrain et d’interdire à son propriétaire d’y accéder.

Surtout, le désaccord porte sur la propriété même de la terre. Selon Hagit Ofran, le représentant de la municipalité aurait refusé une proposition de la juge invitant les parties au dialogue et affirmé que la municipalité ne reconnaissait pas la propriété de l’Église. Le Patriarcat, de son côté, a présenté des titres de propriété remontant à la période ottomane. L’évêque Aristarchos, secrétaire général du Saint-Synode du Patriarcat, a souligné qu’une coopération avait existé par le passé entre l’Église et la municipalité au sujet de cette même parcelle.

« Nous avons été surpris par le comportement de la municipalité, qui ne nous a pas prévenus et n’a pas essayé de dialoguer avec nous », a-t-il déclaré.

L’affaire est d’autant plus sensible que ces terres sont intimement liées au monastère Saint-Onuphre, l’un des sanctuaires historiques du Patriarcat grec-orthodoxe à Jérusalem. Situé dans la vallée de la Géhenne, face à Silwan et au pied du mont Sion, ce monastère est associé à une tradition chrétienne qui situe là le « champ du potier ou champ du sang – Akeldama» (Mat 27, 3-8) et par suite à la mémoire de saint Onuphre, grande figure du monachisme égyptien.

Pour l’Église orthodoxe, ces propriétés ne sont donc pas de simples réserves foncières : elles constituent un patrimoine religieux, historique et spirituel transmis au fil des siècles et indissociable de l’enracinement chrétien à Jérusalem.

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C’est précisément cette dimension que met en avant le Patriarcat. La confiscation d’une propriété privée de l’Église « avec son patrimoine chrétien et sa signification religieuse crée un dangereux précédent pour les droits des Églises à Jérusalem », affirme-t-il.

Le contentieux de Silwan dépasse ainsi largement le sort d’une parcelle. Pour le Patriarcat grec-orthodoxe, il s’inscrit dans « un schéma plus large d’agressions croissantes visant à affaiblir la présence chrétienne autochtone en Terre Sainte ».

La saisie de Silwan intervient ainsi dans un contexte où les différentes Églises de Terre Sainte font face à une accumulation de menaces de natures diverses : violences et intimidations, vandalisme, pressions fiscales, contentieux immobiliers et tentatives de prise de contrôle de propriétés stratégiques. Prises séparément, chacune de ces affaires peut être présentée comme un différend juridique, administratif ou foncier particulier. Leur accumulation dessine cependant une réalité plus préoccupante pour une communauté chrétienne qui ne représente plus qu’une infime minorité de la population et dont la présence est pourtant constitutive de l’histoire et de l’identité de Jérusalem.

Hagit Ofran porte sur cette affaire un jugement sévère. « Au lieu d’être un exemple et un modèle de gouvernement respectueux de toutes les religions à Jérusalem, les autorités en Israël repoussent de plus en plus la présence non juive à Jérusalem, d’abord celle des Palestiniens et maintenant aussi celle des chrétiens », affirme-t-elle. Selon elle, la saisie de la parcelle s’inscrit dans « un processus mené par les colons pour s’emparer de l’ensemble de l’espace à Silwan », tandis que la municipalité et des institutions de l’État seraient devenues les instruments d’une « idéologie coloniale ».

Cette interprétation est catégoriquement opposée à celle des autorités israéliennes, qui présentent leur intervention comme une opération de récupération de terres publiques, de protection de l’environnement et de sauvegarde d’un patrimoine archéologique remontant notamment à la période du Second Temple. Mais une question demeure au cœur du dossier : à qui appartient juridiquement cette terre ? C’est désormais à la justice de trancher, sur la base notamment des titres de propriété produits par le Patriarcat.

Pour les responsables chrétiens, cependant, l’enjeu ne se limite pas à la décision d’un tribunal. Car à Jérusalem, la possession de la terre conditionne directement la capacité des communautés à demeurer présentes, à faire vivre leurs sanctuaires et à transmettre un patrimoine vieux de plusieurs siècles. Chaque propriété perdue peut devenir une nouvelle brèche dans une présence chrétienne déjà démographiquement fragile.

« Protéger les propriétés de l’Église est une nécessité spirituelle, culturelle et historique », insiste le Patriarcat grec-orthodoxe, qui appelle la communauté internationale à intervenir auprès des autorités compétentes. Et de rappeler un principe dont la portée dépasse largement le seul terrain de Silwan : « La liberté religieuse commence par le respect du droit, de la propriété, des lieux saints et de la dignité de l’authentique présence chrétienne à Jérusalem.

  1. Il en existe une version plus courte en ligne sur le site du patriarcat ici. ↩︎
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