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Actualité et archéologie du Moyen-Orient et du monde de la Bible

Être juif ultra-orthodoxe et servir dans l

Fanny Houvenaeghel
17 juillet 2012
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En mai, un séisme politique a secoué la classe politique israélienne. On tenait la dissolution du parlement pour imminente, puis retournement de situation, une nouvelle coalition voit le jour qui rend le gouvernement plus fort que jamais. Au cœur des tractations : la question du service militaire  pour les juifs ultra orthodoxes. Mais qu’en pensent les premiers concernés ?

« La Bible est notre arme, elle protège les hommes autant que l’armée » affirme Eli, un chef cuisinier dans un restaurant de Mea Shearim.

Eli fait partie des quelque 600 000 membres de la communauté ultra-orthodoxe juive Haredi -littéralement « Pieux, Dévôt » et souvent associé à « Craignant Dieu ». De ce fait, Eli est dispensé du service militaire, pourtant obligatoire pour tous en Israël (trois ans pour les garçons et deux ans pour les filles, excepté pour les arabes israéliens).

Cette mesure d’exemption remonte à 2002 et au vote de la loi Tal, qui stipule que toute personne étudiant dans des instituts religieux au moins 45 heures par semaine n’est pas obligatoirement tenu de faire le service militaire. En 2011, près de 70 000 étudiants Haredim n’ont pas rejoint les rangs de l’armée.

La situation fait grincer des dents au sein du reste de la communauté juive en Israël. Noa, une israélienne de 26 ans, représente bien le mouvement : « À 18 ans, nous devons tout quitter pour aller passer deux ou trois ans à l’armée et défendre notre pays. Pendant ce temps, les Haredim passent leur temps à étudier et reçoivent des allocations de l’Etat. Ce n’est pas juste ! Le fardeau doit être partagé ».

Face à la critique, Eli se met en colère. « Pourquoi les gens ne s’en prennent qu’à nous ? Des tas d’autres juifs ne font pas le service militaire, prétendant être malades ou même fous. Et la majorité des arabes israéliens ne sont pas appelés non plus. Pourtant, ils profitent du système scolaire et médical, et sont aussi un poids pour la société israélienne. Alors, pourquoi tout le monde s’acharne-t-il sur nous ? »

Bataillons de prière ?

Le mécontentement des jeunes juifs qui revêtent l’uniforme est compréhensible, surtout pour les juifs non-religieux1 dont les oreilles entendent parfois des justifications comme : « Pour nous, la prière est plus forte que tout. Dieu nous dit qu’étudier la Torah est la meilleure manière de se défendre, nous suivons donc son commandement. Et grâce à nos prières, des miracles se sont réalisés : en 1948, 1967, 1973… nous avons toujours été attaqués par des armées plus importantes que la notre et pourtant, nous avons toujours gagné » explique Yehuda, un juif haredi de 22 ans. Selon certains Haredim, à chacun sa mission. En cas de conflit, tandis que les laïcs défendent les hommes par les armes, les religieux protègent les hommes par la prière.

Cependant, si la plupart des Haredim n’intègrent pas l’armée, ce n’est pas pour autant qu’ils la dénigrent, au contraire. Le contexte de tension permanente avec les pays voisins leur fait de plus en plus reconnaitre l’importance de l’armée. Plusieurs centaines de juifs ultra-orthodoxes font déjà leur service militaire et beaucoup d’autres souhaiteraient faire de même. Mais les choses ne sont pas toujours évidentes.

Depuis 64 ans, Israël s’est développé pour devenir une société moderne, ayant toujours laissé de côté les Haredim (pensant qu’ils s’intègreraient parmi les autres citoyens). L’armée en est un bon exemple, car cette institution centrale dans la société israélienne est globalement régie par des principes séculiers. De ce fait, dès 1948, le gouvernement dispensa du service militaire beaucoup de Haredim.

Certains ultra-orthodoxes font volontairement leur service militaire. Mais plusieurs témoignent des difficultés qu’ils ont rencontrées : permission obligatoire pour aller prier à la synagogue, obligation de patrouiller lors du shabbat, présence de télévision dans les chambres occupées par les Haredim. « Filles et garçons dorment dans la même pièce, et les cuisines ne sont pas vraiment casher » rapporte Elisyahu, un autre jeune haredi de Mea Shearim. Les plaintes sont fréquentes, les Haredim sentant leur mode de vie religieux fortement menacé par le quotidien très séculier de l’armée. Par exemple, la loi religieuse juive empêche les hommes d’écouter des femmes non membres de leur famille chanter. Ceci afin d’assurer une séparation claire entre les sexes. Or, pour clôturer chaque cérémonie militaire, des textes sont chantés par des groupes mixtes d’hommes et de femmes. La défection des ultra-orthodoxes se fait alors vite sentir. Pour d’autres, la simple présence des femmes dans l’armée est problématique. « La femme est la chose la plus sacrée dans le judaïsme, la personne que nous devons le plus respecter. Jusqu’au mariage, ils nous est interdit d’avoir des relations développées avec elles et à l’armée nous pouvons être davantage tentés de faire des faux pas, notamment parce que beaucoup de femmes ne sont pas religieuses » explique Chezki, 18 ans.

S’il existe, l’enrôlement des jeunes ultra-orthodoxes reste toutefois rare. Cependant, l’évolution démographique soulève aujourd’hui de nouvelles problématiques. Contrairement aux prévisions stipulant son intégration dans le reste de la société, la communauté ultra-orthodoxe s’est largement développée et a acquis un poids sans précédent dans la société.

Des compromis s’imposent des deux côtés. D’une part, la société laïque doit accepter le fait que les ultra-orthodoxes représentent une portion grandissante de la population qu’il faudra tôt ou tard intégrer, notamment dans l’armée qui manque d’effectifs. D’autre part, aujourd’hui les Haredim ne peuvent plus se permettre d’étudier jusqu’à 30 ans, particulièrement pour des raisons financières.

Des unités «casher»

Pour tenter de faire face à ce double-défi, l’armée a créé en 1999 une série d’unités militaires adaptées aux besoins des juifs ultra-orthodoxes : une unité de combat, une autre pour la maintenance électronique des forces de l’air, et enfin une unité d’analyse des services secrets. Ces unités répondent aux critères requis pour être compatibles avec le mode de vie des Haredim : les femmes y sont absentes, la nourriture est strictement casher et d’importants temps de prière et d’études de la Torah sont aménagés.

Les résultats ne se sont pas fait attendre. Ces unités tournent à 100 % de leur capacité et l’armée confirme leur efficacité. Les listes d’attente sont longues et les coups de pouce souvent utiles pour pouvoir porter l’uniforme. Contrairement à une idée largement répandue selon laquelle tous les Haredim refuseraient systématiquement de faire leur service militaire, un nombre croissant d’entre eux souhaitent intégrer l’armée aussitôt que les conditions le permettent. Même si la majorité est encore plutôt réticente. Le rabbin haredi Akiva, dont les deux enfants font leur service militaire, insiste sur le fait que si les juifs ultra-orthodoxes ne souhaitent pas porter l’uniforme, ce n’est pas à cause d’incompatibilités religieuses avec le devoir de faire l’armée mais plutôt avec la culture séculière de l’armée. D’un côté le judaïsme est une religion pacifique ; de l’autre, il est du devoir des juifs de se défendre.

Jusque-là, l’engagement des ultra-orthodoxes dans l’armée se faisait sur la base du volontariat. Mais en février dernier, une décision de la Cour Suprême a fait du bruit en invalidant la loi Tal. L’exemption de service militaire systématique pour les Haredim devrait donc prendre fin dès septembre 2012. Et comme les unités spéciales pour les ultra-orthodoxes ne seront pas agrandies à temps, ceux qui feront le service militaire devront rejoindre les unités régulières.

La prison plutôt que l’armée

Si la raison invoquée est souvent la justice et l’égalité devant la loi, certains Haredim pensent qu’une autre raison se cache derrière les efforts faits pour les intégrer dans l’armée : les écarter de leur mode de vie religieux. Elisyahu est clair : « Nous ne bafouerons pas la loi de Dieu pour se plier à la loi des hommes. Nous trouverons d’autres moyens pour ne pas faire le service militaire. Il n’y a pas de raison que les élèves arrêtent l’école et s’il le faut, ils étudieront la Torah en prison ».

Pour les religieux, l’armée est une menace à l’identité juive, qui n’est pas perçue de la même manière chez les juifs religieux et laïcs. Si pour les uns la base de l’identité juive est la religion, pour les autres c’est la culture qui les cimente. L’armée offre un style de vie séculier que les Haredim préfèrent éviter.

Noa pense que les Haredim ne sont de toute façon pas prêts. Au lieu de l’armée, c’est le service national qui devrait être développé pour eux (la modification de la loi Tal devrait d’ailleurs aller en ce sens). Il peut s’agir de travailler pour des services publics comme les ambulances ou des hôpitaux. Selon elle, forcer les Haredim à intégrer l’armée peut s’avérer contre-productif. L’évolution est en cours et il faut la laisser se développer naturellement. n

(1) Beaucoup ont tendance à assimiler judaïté et religion, or de nombreux juifs ne sont pas croyants. Le judaïsme, en plus d’être une religion, est aussi une culture.

 

 

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