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Une “Journée de Jérusalem” sous haute tension dans la Vieille Ville.

Vianney Buguet et Augustin Bernard-Roudeix
6 juin 2024
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©Augustin Bernard-Roudeix

La Marche des drapeaux s’est tenue mercredi 5 juin dans le cadre de la Journée de Jérusalem. Cet événement est l’occasion régulière de revendications nationalistes des éléments les plus radicaux de la société israélienne. Nous avons suivi le cortège depuis Jérusalem-Ouest jusqu’à la porte de Damas, entre slogans anti-arabes et intimidation de la presse.


La Journée de Jérusalem a rassemblé un public nombreux, venu pour la célébration annuelle de la “réunification” de la ville dans le sillage de la Guerre des Six jours en 1967. Ses participants les plus extrémistes ont convergé vers les quartiers arabes de la Vieille Ville pour défiler à travers le quartier musulman. Le contexte de la guerre en cours à Gaza a cependant amené les autorités israéliennes à déployer un important dispositif de sécurité de près de 3000 policiers. Les tensions entre populations juives et arabes sont au plus haut depuis le 7 octobre. La société israélienne elle-même se fracture sur la conduite des opérations militaires.

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Des violences ont éclaté dès le matin en amont du lancement officiel de la marche alors que des groupes de juifs radicaux ont investi les quartiers arabes de la Vieille Ville scandant des slogans tels que “Mort aux Arabes”, “Victoire ultime” ou encore “Que vos maisons brûlent”. Les commerçants ont été contraints de fermer leurs boutiques, la police n’ayant pas la capacité d’assurer la sécurité des habitants sur l’itinéraire de la marche. Le trajet prévu, traversait le quartier musulman depuis la porte de Damas jusqu’au Mur des Lamentations.

Au cours de l’après-midi, de jeunes nationalistes-religieux ont progressivement investi le parvis de la porte de Damas. Une foule compacte s’est formée dès 18h. Sous la chaleur du mois de juin, l’ambiance s’est tendue avec l’exfiltration par la police de cinq individus ciblant des groupes de journalistes avec des bouteilles. Les interventions des forces de sécurité se sont déroulées sous les huées de l’assistance. Les rares Palestiniens présents sur les lieux ont également été intimidés et pris à partie sous les encouragements des manifestants. La police a procédé à 18 interpellations au total pour des faits de violences, menaces et troubles au milieu d’un rassemblement majoritairement formé de jeunes hommes. Des jeunes adolescents et des familles avec des poussettes étaient également présents.

Parmi la foule on distinguait de nombreux t-shirts évoquant un troisième temple juif sur l’Esplanade des Mosquées. Ces groupes militants plaident pour la destruction de la Mosquée Al-Aqsa et du Dôme du Rocher pour reconstruire le temple de Jérusalem sur ce lieu qui cristallise le conflit israélo-palestinien.

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D’autres jeunes arboraient de larges kipas en laine tricotée, caractéristiques des sionistes-religieux en Cisjordanie. “Repentance +  guerre + expulsion + colonisation = victoire” pouvait-on aussi lire sur certains stickers collés dans la Vieille Ville par des militants. Ce slogan sans équivoque est celui du Kach, un parti extrémiste juif illégal en Israël.  Le journal de gauche Haaretz a, par ailleurs, fait état de la violente agression de son journaliste Nir Hasson par des jeunes activistes. Le journaliste palestinien indépendant Saif Kwasmi a également été attaqué par un groupe de militants à proximité de la porte de Damas.

Le ministre israélien de la Sécurité nationale et dirigeant du parti d’extrême droite Force Juive, Itamar Ben-Gvir, s’est rendu sur les lieux en début de soirée pour une déclaration : « Jérusalem est à nous, la porte de Damas est à nous, le Mont du Temple est à nous. Aujourd’hui, grâce à mon action, des Juifs sont entrés librement dans la Vieille Ville et des Juifs ont prié librement sur le Mont du Temple. Nous le disons le plus simplement possible : c’est à nous ».

« Laissons nos soldats héroïques se battre et restaurer la fierté et la sécurité nationale pour permettre à nos valeureux résidents de rentrer à la maison. » lançait Bezalel Smotrich, ministre des finances, classé à l’extrême-droite. Un message direct à l’adresse du premier ministre Benjamin Netanyahou afin de continuer la guerre contre le Hamas dans la bande de Gaza.

Jérusalem-Est est considéré par l’ONU comme un territoire occupé et illégalement annexé. L’Etat d’Israël, quant à lui, qualifie Jérusalem de capitale « unifiée et indivisible » du peuple juif. La Marche des Drapeaux et sa traversée du quartier musulman de la Vieille Ville est un événement vécu comme une provocation hostile par la population palestinienne de Jérusalem. Elle est l’occasion régulière d’actes de violence.

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