
Le 21 janvier, la police israélienne a autorisé l'entrée de feuilles de consignes religieuses et de prières juives sur l'esplanade des Mosquée, dans une rupture majeure du Statu Quo en vigueur depuis 1967. Dernier épisode d'une réalité qui se banalise silencieusement.
Les consignes données par l’officier de police à l’entrée de la passerelle en bois qui permet de rejoindre l’Esplanade des Mosquées, considérée comme le Mont du Temple par les Juifs, sont bien claires : « Pas de livres ni d’objets de prières, pas de gestes de prière, pas de chants… »
Pourtant, à peine la porte franchie, en ce lundi 19 janvier, les « Femmes pour le Mont du Temple » dégainent leur téléphone et traversent l’esplanade en chantant les prières matinales de Rosh Chodesh, qui marque l’entrée dans un nouveau mois du calendrier juif. Elles iront même jusqu’à se prosterner, dans un endroit isolé le long des murailles orientales. Les huit policiers et gardes aux frontières, qui veillent sur le groupe d’une vingtaine de personnes, laissent faire.
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Selon le Statu Quo en vigueur entre Israël et la Jordanie depuis 1967, seule la prière musulmane est autorisé sur le « Noble Sanctuaire », troisième lieu saint de l’Islam. C’est sur cette même esplanade que se dressaient les deux temples juif, en faisant le site le plus sacré du judaïsme. Depuis quelques années, et sous la pression de groupes ultra-nationalistes, la prière juive s’y est banalisée, malgré son interdiction par le Grand Rabbinat orthodoxe.
Un « guide du visiteur » avec une prière
« Jusqu’à il y a encore trois ans, la police nous empêchait de faire tout ça », raconte Shira Schreir, qui monte sur l’Esplanade depuis une dizaine d’années. « Avant, des femmes musulmanes nous suivaient en criant, et les gardes du Waqf (l’Autorité jordanienne en charge du Statu Quo, ndlr) faisaient des problèmes. Aujourd’hui, il n’y a plus de problème », s’enthousiasme la sexagénaire originaire de la colonie d’Efrat (illégale au regard du droit international), au sud de Bethléem.

Deux jours plus tard, le 21 janvier, des étudiants de la yeshiva du mont du Temple ont distribué un « Guide du visiteur » aux groupes qui effectuaient leur « montée ». Outre les directives religieuses pour visiter le site sacré, le feuillet comprenait le texte de l’Amidah, l’une des prières solennelles centrales du judaïsme.
Dans une rupture flagrante avec le Statu Quo, la police a laissé faire. « Afin de maintenir l’ordre existant, il a été décidé que l’utilisation de ces fiches d’orientation serait limitée uniquement à certaines zones définies par les forces de l’ordre », a précisé la police dans un communiqué.
L’influence de Ben-Gvir
« La police répond aux ordres d’Itamar Ben Gvir, le ministre de la Sécurité nationale, or celui-ci est un fervent défenseur de la prière juive sur le Mont du Temple, c’est pour ça qu’il y a un certain laissez-faire », estime Shira Schreir, qui s’est elle aussi interrogée sur ces différences entre ce qui est théoriquement interdit et ce qui est permis sur le site.
Or cela fait tout juste deux semaines, que le major-général Avshalom Peled, proche collaborateur du ministre de la Sécurité nationale d’extrême droite, Itamar Ben-Gvir, a été nommé commandant du district de police de Jérusalem.
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« C’est petit à petit qu’on arrive à changer les choses », se félicite Rina Ariel, fondatrice des « Femmes pour le Temple » avant d’expliquer ce qui l’anime : « Le Kotel (Mur des Lamentations, ndlr), n’est que le mur de soutènement de l’esplanade où se tenait le Temple. Y prier n’est qu’un pis-aller. C’est notre droit de pouvoir le faire sur le Mont du Temple et le gouvernement ne devrait pas nous en empêcher. » Collier et boucles d’oreilles à l’image du Temple, Rina Ariel fait partie d’une minorité radicale mais très audible qui milite pour la construction du Troisième Temple en lieu et place du lieu saint musulman.

Alors qu’Itamar Ben-Gvir multiplie les déclarations incendiaires en affirmant qu’Israël est « propriétaire du Mont du Temple » et en réclamant l’égalité de prière sur le site, Benyamin Netanyahou se contente de réaffirmer son soutien en statu quo, sans empêcher son ministre d’agir.
Influencés par la rhétorique de Ben-Gvir, qui se rend par ailleurs régulièrement sur l’esplanade, près de 76 448 Juifs y sont « montés » en 2025, selon les chiffres de l’organisation Beyadenu, soit une augmentation de 31 % par rapport à 2024. Il s’agit du chiffre le plus élevé jamais enregistré depuis la reprise des visites juives encadrées sur cet épicentre du conflit israélo-palestinien.




