Une vidéo circule sur les réseaux sociaux montrant de jeunes israéliens crachant sur le seuil d’entrée du sanctuaire de Gethsémani. Un acte tristement banal parce que quotidien, dans et autour de la vieille ville, contre les sites chrétiens quand ce n’est pas contre les chrétiens eux-mêmes. On doit le regretter, on peut le condamner. Rien ne changera tant que l’éducation donnée aux jeunes juifs en Israël et spécifiquement dans certaines écoles talmudiques n’évoluera pas.
C’est dans ce contexte que la lettre rendue publique sur le site ultra-orthodoxe Kikar HaShabbat (en hébreu) est un acte fort.
Le court texte [cinq lignes], signé par Avigdor Nebenzahl, rabbin de la Vieille Ville, et par le rabbin du Mur occidental Shmuel Rabinovitch, condamne sans ambiguïté les crachats, insultes et provocations visant des religieux chrétiens dans la Vieille Ville de Jérusalem.
Les mots sont forts : ces actes sont qualifiés d’« interdits », de « laids », relevant du hilloul Hashem — la profanation du Nom — et d’une « provocation envers les nations », susceptible de mettre en danger non seulement les relations interreligieuses mais aussi les communautés juives elles-mêmes, en Israël et à l’étranger. Les rabbins rappellent qu’en aucun cas la Torah ne justifie de tels comportements.
Une prise de position de ce type est rare. En effet, les autorités religieuses orthodoxes s’expriment peu publiquement sur les violences commises par des juifs envers des non-juifs.
En 2010, Terre Sainte Magazine avait publié dans les pages de sa revue papier une lettre allant dans le même sens et signé du Beth Din Tzedek – le tribunal de la communauté juive orthodoxe et la plus haute instance de la communauté juive ultra-orthodoxe à Jérusalem. (Provoquer les gentils : une profanation du Saint Nom – TSM 605 janvier février 2010)
Depuis années, on note une recrudescence à Jérusalem d’incidents visant des prêtres, des religieux et parfois des pèlerins chrétiens dès lors qu’ils arborent des signes visibles.
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Inversement, sur les réseaux sociaux, des juifs israéliens — religieux ou non — expriment de plus en plus ouvertement leur malaise et leur indignation face à ces comportements. Plusieurs d’entre eux soulignent que ces actes ne reflètent ni leur foi ni leur attachement à Jérusalem, et qu’ils portent atteinte à l’image morale du judaïsme autant qu’à la coexistence dans la ville.
Ce constat rejoint le travail de longue haleine mené par Yisca Harani, qui documente depuis des années les agressions, insultes et intimidations visant les communautés chrétiennes en Israël et à Jérusalem. Ses recherches mettent en lumière des phénomènes souvent minimisés : répétition des actes, jeunesse des auteurs, et difficulté pour les victimes à porter plainte ou à obtenir des sanctions effectives.
Parallèlement, des initiatives de terrain tentent de répondre à la situation. Des bénévoles, notamment liés au Rossing Center, accompagnent régulièrement des processions chrétiennes dans la Vieille Ville, en particulier lors des grandes fêtes liturgiques. Leur présence vise à dissuader les agressions, à rassurer les religieux et à documenter les incidents lorsqu’ils surviennent.
La lettre rabbinique ne règle pas à elle seule un problème enraciné, mais elle constitue un signal fort. En rappelant que le respect de l’autre et la dignité humaine sont des exigences religieuses, ses auteurs réaffirment qu’à Jérusalem, la sainteté ne peut être dissociée de la responsabilité morale.




