
Pour la troisième année consécutive, le Rossing Center publie un rapport sur les sur les attaques anti chrétiennes en Israël et à Jérusalem. Les faits sont en augmentation.
Pour la troisième année consécutive, le Rossing Center publie un rapport sur les sur les attaques anti chrétiennes en Israël et à Jérusalem. Les faits sont en augmentation.
Le climat se dégrade pour les communautés chrétiennes en Israël et à Jérusalem-Est. Dans son rapport annuel 2025, le Rossing Center for Education and Dialogue documente 155 incidents visant des chrétiens, des religieux ou des propriétés ecclésiales. Le centre israélien de dialogue interreligieux parle d’une « trajectoire préoccupante » dans une société devenue « plus intolérante à la diversité ».
Les chiffres étaient de 90 actes en 2023, 111 en 2024 – soit une augmentation de 23,3 % d’une année sur l’autre. Avec ce nouveau rapport l’augmentation de 2024 à 2025 est de 39,6 % et de 2023 à 2025, l’augmentation est de 72,2 %. Des chiffres toutefois à relativiser. Aidées par des associations israéliennes, encouragées à dénoncer ce fléau, les victimes peuvent aussi être plus nombreuses à se manifester.
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Les agressions physiques restent la catégorie la plus fréquente avec 61 cas recensés. Viennent ensuite 52 attaques contre des biens d’Église, 28 cas de harcèlement verbal et 14 dégradations de panneaux publics à caractère chrétien.
Crachats, insultes et intimidations
Les principales victimes sont les membres du clergé : prêtres, moines, religieuses ou frères facilement identifiables par leur tenue et leurs croix visibles.
Le rapport souligne que les crachats demeurent la forme d’hostilité la plus courante. Les auteurs agissent désormais souvent « en plein jour », parfois devant des passants ou des policiers. Les quartiers du Mont Sion et du quartier arménien de Jérusalem sont particulièrement touchés. Certains religieux affirment risquer presque systématiquement des humiliations dès qu’ils sortent dans la rue.
Le Rossing Center note aussi une hausse marquée du harcèlement verbal : 28 cas recensés contre 13 l’année précédente. Des religieuses insultées dans des réserves naturelles, des processions perturbées, des guides touristiques interrompus lorsqu’ils expliquent l’histoire chrétienne de Jérusalem, ou encore des insultes à l’adresse de Jésus lancées à des groupes chrétiens figurent parmi les incidents documentés.
Selon le rapport, ces actes créent un climat où les chrétiens ont le sentiment d’être considérés comme des « indésirables » dans le pays où est née leur religion et où ils vivent sans discontinuer depuis 2000 ans.
Les attaques contre les propriétés chrétiennes comprennent des graffitis, des jets de pierres, des incendies volontaires, des dégradations de statues, des intrusions ou des dépôts d’ordures dans des lieux saints.
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Le rapport insiste sur l’effet cumulatif de ces actes. Individuellement, beaucoup paraissent mineurs. Ensemble, ils créent un sentiment d’épuisement et d’insécurité permanent. Le Rossing Center parle d’une stratégie du « squeeze and smash » [usure et coup] : quelques attaques graves très visibles, mais surtout une multitude de petites humiliations quotidiennes qui finissent par pousser les communautés à se sentir de plus en plus rejetées.
Les auteurs des agressions recensées sont tous juifs, indique le rapport. La plupart sont de jeunes hommes ou adolescents issus des milieux ultra-orthodoxes nationalistes ou du courant « Hardal », mélange de nationalisme religieux et d’orthodoxie radicale. Certains appartiennent à des groupes proches des « Hilltop Youth », jeunes extrémistes liés aux avant-postes de colonies.
Le centre précise toutefois qu’il ne veut pas généraliser à l’ensemble de la société orthodoxe juive et rappelle que la majorité des religieux ne participent pas à ces violences.
Un contexte plus large
Le rapport relie cette montée des agressions à un climat politique plus large. Guerre régionale, polarisation après le 7 octobre 2023, montée de l’ultranationalisme religieux et tensions identitaires ont renforcé l’hostilité envers les minorités.
Les auteurs soulignent aussi les difficultés institutionnelles rencontrées par les Églises : problèmes de visas pour le clergé étranger, litiges fiscaux autour de l’Arnona, restrictions lors des grandes célébrations religieuses comme le Feu sacré orthodoxe ou les cérémonies de Pâques.
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Pour les chrétiens palestiniens, ces difficultés s’ajoutent aux violences touchant l’ensemble de la société palestinienne : criminalité dans les villes arabes d’Israël, violences de colons en Cisjordanie, restrictions de circulation et pressions économiques.
Le rapport évoque notamment Taybeh, dernier grand village entièrement chrétien de Cisjordanie, touché en 2025 par plusieurs incendies attribués à des colons.
Le Rossing Center estime que le problème dépasse le simple nombre d’incidents. Ce qui inquiète les Églises est « le message cumulatif » envoyé aux communautés chrétiennes : leur présence apparaît « contestée, conditionnelle et vulnérable ».
Le centre rappelle qu’en dépit de deux millénaires de présence continue, de plus en plus de jeunes chrétiens envisagent aujourd’hui de quitter la région.
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Source : rapport « Attacks on Christians in Israel and East Jerusalem 2025 » du Rossing Center for Education and Dialogue.



