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Evacuation du camp de réfugiés informel de Rhodes

Giuseppe Caffulli
19 avril 2021
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Evacuation du camp de réfugiés informel de Rhodes
Photo des opérations de relocalisation des réfugiés à Kos dans la nuit du 13/14 avril 2021.

Dans la soirée du 13 avril, les autorités grecques ont évacué le camp informel de réfugiés installé dans l'ancien abattoir de Rhodes. Hommes, femmes et enfants ont été transférés sur l'île de Kos. Témoignage du franciscain, frère John Luke Gregory, qui est proche d'eux depuis des années.


Le début du Ramadan est amer pour la plupart des réfugiés musulmans présents dans l’ancien abattoir de Rhodes (Grèce), l’un des camps de réfugiés informels où séjournent plus de 200 jeunes, femmes et même mineurs non accompagnés. Le jeûne musulman a commencé le soir du mardi 13 avril (et durera cette année jusqu’au 12 mai). À Rhodes, ce n’était pas du tout une fête.

« Nous nous sommes rendus à l’ancien abattoir avec des pâtisseries arabes traditionnelles pour souhaiter à nos amis réfugiés un bon début de Ramadan. Nous avions également des médicaments dont beaucoup d’entre eux ont besoin. Un spectacle pitoyable nous y attendait. » Le père John Luke Gregory, frère mineur de la Custodie de Terre Sainte, raconte cet épisode. Avec certains de ses coreligionnaires de Rhodes et de Kos, il s’est engagé dans le soutien et l’accueil des réfugiés fuyant le Moyen-Orient déchiré par la guerre.

« Baba, aide nous ! »

« Nous avons trouvé une forte présence policière et il y avait des bulldozers qui détruisaient les petites cabanes que les réfugiés avaient construites ! Beaucoup ont été embarqués dans des bus et conduits au port pour être transférés en ferry vers le centre de réfugiés de Kos (l’un des plus grands points de passage de la Méditerranée, qui a accueilli jusqu’à 30 000 personnes – ndlr). Le père Ayman et moi sommes allés au quai du ferry et les avons regardés arriver en bus. Quand les réfugiés m’ont vu, ils ont commencé à nous appeler et les enfants criaient : « Baba, Baba aide-nous ! ». C’était horrible. »

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Le camp informel installé dans l’ancien abattoir de Rhodes existe depuis des années et a longtemps été ignoré par les autorités et les organismes internationaux. Presque chaque jour, frère John Luke s’est rendu dans cette sorte de limbes pour apporter aide et assistance. Outre les réfugiés du Moyen-Orient, des réfugiés de divers pays africains passent également par Rhodes, mais aussi des Afghans et des Irakiens… Bref, un univers d’hommes et de femmes qui cherchent une vie meilleure en Europe. Beaucoup d’entre eux ont le droit d’asile, mais seuls quelques-uns parviennent à accéder aux procédures nécessaires pour l’obtenir.

Le témoignage du père John Luke nous aide à comprendre le drame qui se déroule dans les îles de la mer Égée, où la police grecque opère souvent aux limites de la légalité et avec des méthodes qui ne respectent certainement pas les droits de l’Homme. « Les policiers étaient là en grand nombre, et avec des armes à feu, ont encerclé les bus ; ils ont fait monter les réfugiés sur le ferry et nous a ordonné de partir ! ». J’avais l’impression d’être dans un de ces films de la Seconde Guerre mondiale, où l’on montre des scènes de déportation. Mais tout le monde n’a pas été pris et transféré. Certains ont réussi à s’échapper. Nous en avons trouvé un, Omar d’Irak… Certains des fugitifs, heureusement, ont obtenu l’asile ».

Programme d’assistance

Maintenant que le camp de Rhodes est vide et qu’il ne reste plus que les débris des cabanes, des tas d’ordures et des effets personnels, on s’inquiète du sort des nombreuses personnes qui y avaient trouvé refuge. Certains craignent qu’ils soient renvoyés en Turquie…

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« J’ai contacté les autorités – explique encore frère John Luke – afin de savoir si nous pourrions voir les réfugiés du camp de Kos dès que possible, et discuter de la manière dont nous pouvons les aider. Dès que j’aurai de leurs nouvelles, je me rendrai à Kos pour les visiter, si j’y suis autorisé, et déterminer la meilleure façon de les aider. »

Avec certaines familles, surtout celles avec enfants, la paroisse latine de Rhodes avait déjà lancé des programmes d’assistance. « Nous avions déjà réussi à loger certaines familles dans différentes maisons à Rhodes et nous nous occupions d’elles en tant que paroisse. Nous essaierons également d’aider les autres personnes se trouvant sur l’île. En attendant, j’espère avoir des nouvelles de ceux qui ont été transférés à Kos. Je suis très anxieux. Il semblerait qu’à leur arrivée à Kos, ils aient été placés dans d’énormes containers sans couverture et littéralement enfermés pour la nuit. Que Dieu nous aide ! Que Dieu leur vienne en aide ! S’il vous plaît, priez pour nous. »

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