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L’Eglise veut poursuivre son travail avec le Roi de Jordanie

Christophe Lafontaine
20 avril 2021
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L’Eglise veut poursuivre son travail avec le Roi de Jordanie
Notre-Dame de l'Annonciation, à Jabal Webdeh (quartier d’Amman) : l’une des paroisses catholiques en Jordanie, sous la juridiction du Patriarcat latin de Jérusalem © Tarawneh / Wikimedia Commons

Le Patriarche latin de Jérusalem a adressé ses vœux au Roi de Jordanie à l’occasion des 100 ans des fondations de la Jordanie. Il a réitéré la volonté de son Eglise de coopérer « au service du peuple jordanien ».


La Jordanie a fêté le 11 avril les 100 ans de la constitution de l’émirat de Transjordanie, devenu par la suite le royaume hachémite. En 1921, à la chute de l’empire ottoman, Abdallah bin al-Hussein, fils de Hussein ben Ali, chérif – gardien des lieux saints – de La Mecque et roi du Hedjaz, la région ouest de la péninsule arabique, comprenant notamment les provinces de Tabuk, Médine, La Mecque et Al Bahah, est devenu émir hachémite de Transjordanie par la grâce des Britanniques. Le 25 mai 1946, la Transjordanie a proclamé son indépendance et est devenue en 1949 le Royaume hachémite de Jordanie avec pour souverain Abdallah Ier.  Le centenaire des fondations de la Jordanie témoigne d’une longévité à saluer dans une région mouvementée. Au gré des décennies, le pays s’est imposé comme l’un des plus stables de la région, grâce à l’appui américain d’une part, et à la détermination du roi Hussein, père de l’actuel souverain, Abdallah II.

Pour l’occasion du centenaire, le Patriarcat latin de Jérusalem a publié sur son site officiel les vœux de Mgr Pizzaballa. Le Patriarche a félicité « depuis Jérusalem » le Roi et son fils, le prince héritier. Il s’est exprimé « au nom de la famille du Patriarcat latin comprenant les évêques, les prêtres, les religieux et les fidèles, en Palestine, en Jordanie, en Israël et à Chypre. »

Un engagement en faveur du dialogue

Le chef de l’Eglise catholique en Terre Sainte en a profité pour « confirm[er] la volonté du Patriarcat latin de poursuivre la coopération avec Sa Majesté le Roi, à travers les églises, les écoles et les institutions ecclésiastiques, qui travaillent dans les domaines spirituel, culturel et humanitaire au service du peuple jordanien ». A titre d’un seul exemple, pour attester de cette collaboration mutuelle, en mai 2019, le roi a décoré de l’Ordre de l’Indépendance la Caritas Jordanie. Par ce prix, le souverain honore des personnalités ou organisations qui se sont distinguées de manière éminente pour « la prospérité » et « le progrès » du royaume.  Un honneur royal qui venait reconnaître l’« action caritative » de l’institution de charité catholique ainsi que « ses services de proximité dans les secteurs de la santé, de l’éducation, de la jeunesse et de la production, depuis plus de 50 ans ainsi que ses efforts pour fournir un abri aux réfugiés ».

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Le Patriarche latin a aussi souhaité confirmer la coopération avec le royaume « dans le renforcement des valeurs de paix, de dialogue et de vie commune ». Des valeurs portées de fait par le Roi et sa famille à travers de nombreuses initiatives en faveur du dialogue interreligieux et de la paix. Le Roi, qui a accédé au trône en 1999, a été notamment l’initiateur du Message d’Amman (2004) qui cherche à clarifier la vraie nature de l’islam, en combattant l’extrémisme et qui appelle toutes les nations musulmanes à l’unité et à promouvoir les Droits de l’Homme et les libertés fondamentales.

En octobre 2007, le prince Ghazi, cousin et conseiller pour les affaires religieuses du roi Abdallah II, avait adressé, avec 137 autres personnalités du monde islamique, une lettre au pape Benoît XVI titrée « Une parole commune entre nous et vous ». Elle posait pour principe que le christianisme et l’islam partageaient les mêmes valeurs d’amour de Dieu et d’amour du prochain. Ce dernier document avait d’ailleurs inspiré, en 2008, le premier Forum Catholico-Musulman qui s’est tenu au Vatican.

L’enjeu de la stabilité du royaume

Le Roi fut également à l’origine de la Semaine mondiale de l’harmonie interconfessionnelle aux Nations unies. En septembre 2013, sous son impulsion encore, musulmans et chrétiens ont été invités à Amman à un sommet intitulé « les défis des chrétiens arabes » pour combattre ensemble l’extrémisme, le terrorisme et la violence.

Le 28 mars 2018, pour la première fois dans le royaume, l’Annonciation a été l’occasion d’une célébration islamo-chrétienne dans le royaume. L’événement devait servir à souligner l’importance de Marie dans le Coran, et la valeur du récit de l’Annonciation dans l’Evangile de Luc. La journée avait été placée sous le patronage du vice-Premier ministre Jamal Sarayrah en présence notamment de représentants du département général de l’Iftaa (plus haute autorité religieuse de Jordanie), du ministère des Affaires islamiques et du Waqf (biens religieux) et bien sûr des chefs des Eglises chrétiennes en Jordanie.

Le 18 décembre de la même année, le souverain avait assisté à l’événement de Noël, intitulé « La Jordanie, Terre d’amitié, Terre de foi », organisé par les Eglises. Abdallah II avait alors écouté les chefs chrétiens et musulmans sur les défis du pays et sur Jérusalem. La ville sainte faisant l’objet de son attention lors des rencontres régulières qu’il a avec les chefs des Eglises chrétiennes. Le monarque hachémite étant considéré comme le protecteur des lieux saints musulmans et chrétiens à Jérusalem.

Dans son message de félicitations pour le centenaire des fondations de la Jordanie, le patriarche Pizzaballa a aussi dit sa prière « en suppliant le Dieu Tout-Puissant de préserver la santé et la sagesse de Sa Majesté le Roi Abdallah afin de conduire le cher peuple jordanien et de diriger le navire jordanien vers la terre de la sécurité et de la stabilité ». Un vœu qui n’est pas vain à la lecture des récentes dissentions au sein de la famille royale.

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Le 3 avril 2021, le prince Hamza, demi-frère du roi et prince héritier de 1999 à 2004, a été accusé d’être impliqué dans un complot visant « la sécurité et la stabilité ». Le 7, le Roi a affirmé que la crise était « terminée », précisant que le prince Hamza se trouvait chez lui « sous sa protection ».

Le soutien aux réfugiés

Le royaume joue un rôle crucial dans la région. Le pays, de 10 millions d’habitants, sans ressources naturelles, est coincé entre Israël, l’Irak, la Syrie et l’Arabie Saoudite. Et joue un rôle de tampon entre Israël et les pays arabes qui lui sont hostiles. A l’avant-garde de la lutte contre le terrorisme, allié des États-Unis et partisan d’un islam tolérant, le royaume est une place stratégique pour les Etats-Unis comme pour l’Occident.

Enfin, le Patriarche latin a également souhaité que « la Jordanie, sous la direction de Sa Majesté le Roi et de la famille hachémite, continue son message d’être une oasis de rencontre pour chaque être humain ». La Jordanie, parce que considérée comme l’un des seuls havres de stabilité de la région, accueille environ 1,3 million de réfugiés – majoritairement irakiens et syriens – sur son territoire.

Le Patriarche a relayé le message de Pâques du pape François en saluant que le royaume, comme le Liban, avait fourni « toute l’assistance matérielle et morale nécessaire aux réfugiés. Je remercie les pays qui accueillent avec générosité ceux qui souffrent et cherchent refuge, en particulier le Liban et la Jordanie qui accueillent de très nombreux réfugiés ayant fui le conflit syrien ».

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