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A Madaba, « les chrétiens partent à la recherche de meilleures opportunités »

Rédaction
29 août 2022
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P. Firas Nasrawin dans son bureau à la paroisse de Madaba, en Jordanie, 14 juin 2022 ©MAB/CTS

Firas Nasrawin est le prêtre de la paroisse de Madaba, aux portes du désert Jordanien. En poste depuis deux ans, il était auparavant curé de la paroisse de Husn, au nord du pays. Il revient sur la situation des chrétiens de sa paroisse et de Jordanie.


Terre Sainte Magazine a dédié son numéro 681 aux chrétiens de Jordanie. Lors de ses cinq jours de reportage, la rédaction a rencontré les prêtres de 4 paroisses du nord de la Jordanie, ainsi que le nouvel évêque. Des discussions riches qui permettent de comprendre le contexte global dans lequel vivent ces chrétiens à la réalité si différente de ceux d’Israël et de la Palestine. L’entretien qui suit est extrait de l’interview réalisée avec Firas Nasrawin, curé de la paroisse de Madaba.

Terre Sainte Magazine : À quoi ressemble la paroisse de Madaba ?

P. Firas Nasrawin : À Madaba, il y a environ 100 000 habitants, dont 15 000 chrétiens répartis entre Eglises : l’Eglise latine, l’Eglise grecque-orthodoxe et l’Eglise grecque-catholique. Madaba a été fondée par les chrétiens. C’était une ville d’abord moabite, puis romaine, puis byzantine. En 746, un tremblement de terre a détruit la ville qui est restée quasi-vide jusqu’en 1880. Des tribus chrétiennes sont venues de Karak avec un curé catholique italien pour reconstruire Madaba. Ils ont bâti des maisons, des églises… 

Comment se passent les relations avec les musulmans ?

Il n’y a pas de problèmes avec les musulmans. Nous vivons ensemble. Il y a des amitiés, de bonnes relations. Même moi qui suis prêtre, j’ai beaucoup d’amis musulmans. Ils m’appellent “Abouna”, qui veut dire “Notre père”. C’est une belle marque de respect et de fraternité. 

Est-ce que vous parlez de Dieu avec eux ?

Non. On parle de tout, de la famille, des amis… Mais jamais de Dieu ou de la religion. Je sais à l’avance qu’ils ne seront pas d’accord. Alors à quoi bon ?

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Quels sont les défis que rencontrent les chrétiens à Madaba ?

C’est l’absence de travail. Il y a beaucoup d’émigration. Les chrétiens partent à la recherche de meilleures opportunités. La Jordanie est un pays pauvre, sans ressources. 

La situation des chrétiens à Madaba est-elle différente de votre précédente paroisse ?

Non pas vraiment. La Jordanie est un petit pays. Le contexte est le même partout. Sauf à Amman, où le niveau de vie est plus élevé. C’est vraiment le centre économique du pays. On dit toujours que Amman c’est la Jordanie, et que la Jordanie, c’est Amman. Moi je viens de Karak. Tous les étudiants, une fois qu’ils ont fini l’université, vont à Amman pour trouver du travail.

Avez-vous accueilli des réfugiés à Madaba ?

Il y avait une centaine de familles irakiennes. Aujourd’hui, elles sont un peu moins de 50. La majorité sont parties en Australie. La paroisse leur vient en aide autant qu’aux paroissiens dans le besoin. Nous aidons 150 familles au total, 50 Irakiennes, et 100 Jordaniennes. On a aussi créé une banque alimentaire : un magasin avec de la nourriture fraîche. Une vingtaine de familles, musulmanes et chrétiennes, viennent toutes les semaines. Le magasin est alimenté par des dons de gens de la paroisse ou de la ville. 

Madaba semble avoir une grande partie de son économie orientée vers le tourisme. Quelle place ont les chrétiens dans cette économie ?

Tous les hôtels, ici, appartiennent à des familles chrétiennes. Ça vous donne une idée.

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Comme prêtre de cette paroisse, qu’est ce qui fait votre bonheur ?

Je suis comme tous les prêtres. Je fais ce que je dois faire. Je prie pour les gens, je les aide, je fais toutes les messes du dimanche, je guide spirituellement à l’école. 

À Jérusalem, on sent une cassure entre le clergé et les fidèles. Est-ce que vous vivez ça en Jordanie ?

C’est la première fois que j’entends parler de ça. Nous sommes pourtant du même diocèse. Mais c’est comme partout. Il y en a qui sont près, d’autres qui sont loin. Certains qui croient, d’autres qui ne croient pas. Tout le monde ne vient pas à l’église, mais tous les grands évènements de la vie se font au sein de l’Eglise : les baptêmes, les mariages… Je ne suis pas sûr que ça soit un sentiment partagé par tous les chrétiens. Il ne faut pas généraliser ces préjugés. 

Vous sentez-vous unis au diocèse de Jérusalem ?

Tout à fait. Je suis à Madaba aujourd’hui, mais le patriarche pourrait très bien me demander d’aller à Beit Jala, ou à Beit Sahour. Il y a des prêtres Jordaniens en Palestine, et des prêtres Palestiniens ici.

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