Plus de 70 enseignants et membres du personnel résidant en Cisjordanie n’ont pas obtenu le renouvellement de leur permis d’entrée en Israël. Incapables d’assurer leur fonctionnement, les écoles chrétiennes de Jérusalem annulent la rentrée. Une nouvelle crise qui menace directement l’une des clés de la présence chrétienne en Terre Sainte.
Les cartables étaient prêts. Les livres couverts, les uniformes préparés et les salles de classe remises en ordre. Pourtant, ce mardi 1er septembre, les élèves des écoles chrétiennes de Jérusalem n’ont pas repris le chemin de l’école comme prévu.
À la veille de la rentrée scolaire, plus de 70 enseignants et membres des équipes éducatives, administratives et techniques, tous résidents de Cisjordanie, n’avaient pas obtenu le renouvellement de leur permis d’entrée en Israël. « Cela s’est produit soudainement et sans avertissement préalable, les empêchant de rejoindre leurs écoles et affectant directement la préparation des établissements à la rentrée scolaire », précise le communiqué du Bureau des écoles chrétiennes de Jérusalem rendu publique le 31 août.
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Faute de pouvoir assurer normalement l’enseignement, l’administration, les services de santé, mais aussi le nettoyage, la sûreté et la sécurité des établissements, les écoles chrétiennes ont annoncé la suspension des cours à partir du mardi 1er septembre, et jusqu’au renouvellement des autorisations nécessaires. La décision a été prise après concertation avec les parties concernées et les représentants des parents d’élèves.
Les écoles Terra Sancta de la Custodie de Terre Sainte se sont conformées à cette décision. Dans un bref message adressé aux familles, leur administration précise : « Conformément à la décision du Secrétariat général des institutions éducatives chrétiennes de Jérusalem, nous vous informons que les cours seront suspendus demain, mardi 1er septembre 2026. La date de reprise sera communiquée ultérieurement. »
La Custodie de Terre Sainte a également publié sur son site internet l’intégralité du communiqué des écoles chrétiennes de Jérusalem.
D’après Hagop Djernazian, le patriarcat arménien de son côté aurait publié un décret et décidé que l’école Saint Tarkmanchatz se joindrait au mouvement. « Nous nous tenons debout, unis comme une seule Église », commente Djernazian.
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En janvier dernier déjà, les 12 écoles chrétiennes de Jérusalem avaient dû fermer leurs portes après l’annulation des permis de 171 enseignants originaires de Cisjordanie. La rentrée du second semestre n’avait alors pas eu lieu pour les quelque 10 000 élèves accueillis dans ces établissements.
Les écoles avaient finalement obtenu des autorités israéliennes les autorisations permettant aux enseignants de poursuivre leur travail et d’achever l’année scolaire. Elles espéraient que ces permis seraient normalement renouvelés pour la rentrée de septembre. Il n’en a rien été.
Forcer un changement de programmes ?
Dans ce contexte, les difficultés répétées concernant les permis peuvent aussi être comprises comme un moyen de pression supplémentaire pour pousser les écoles chrétiennes à abandonner le cursus palestinien au profit du programme israélien. Une interprétation qu’il faut manier avec prudence, mais qui s’inscrit dans une évolution bien réelle. Dans son édition du 31 août, le quotidien Haaretz rapporte qu’à partir de cette rentrée, toutes les nouvelles classes de première et de septième année (équivalent aux classes du CP au CM2 en France) des écoles publiques de Jérusalem-Est suivront désormais le cursus israélien. Plus de 45 000 élèves palestiniens sur environ 120 000, soit 38 %, étudieront ainsi selon ce programme, contre moins de 13 000 six ans auparavant.
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Le journal rappelle que cette évolution résulte à la fois d’une demande croissante de certains parents et des pressions exercées par le gouvernement israélien, notamment par l’octroi de financements aux établissements acceptant d’ouvrir des classes préparant au bagrout.
Les parents scolarisant leurs enfants dans les écoles chrétiennes ne font pas exception comme l’exposait Terre Sainte Magazine dans son dossier consacré aux écoles en mars-avril 2026. Elle font face à un dilemme énoncé ainsi : préserver un enseignement palestinien, sa culture et son histoire, ou choisir le diplôme qui facilite l’accès aux universités et au marché du travail israéliens. Sur les douze écoles chrétiennes de Jérusalem-Est, seules deux proposaient alors une section bagrout.
Bien davantage que des écoles
Pour les Églises de Terre Sainte, cette nouvelle crise ne constitue pas seulement un problème administratif. Elle touche au cœur même de leur présence et de leur mission.
Les écoles chrétiennes accueillent des élèves chrétiens et musulmans. Elles ne se contentent pas de leur transmettre des connaissances : elles les éduquent au vivre-ensemble, au respect, au dialogue et à l’acceptation de l’autre. Dans son récent message pour la rentrée, le Patriarcat latin les présente comme une pierre angulaire de la présence chrétienne en Terre Sainte et rappelle que leur service est un acte d’espérance pour l’avenir de cette terre.
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Dans sa lettre pastorale, le cardinal Pierbattista Pizzaballa va plus loin encore : « Nos écoles sont peut-être le plus beau cadeau que l’Église offre à cette Terre. Elles l’ont toujours été. Des générations de dirigeants, de professionnels, d’hommes et de femmes de bonne volonté – chrétiens, musulmans, juifs – ont fréquenté nos établissements. Et ce n’est pas un détail : c’est une mission. »
Le Patriarche latin de Jérusalem évoquait précisément les difficultés rencontrées par les enseignants de Cisjordanie : « Récemment, à Jérusalem, le problème des permis pour les enseignants venant de Bethléem s’est posé, ce qui met sérieusement en péril la possibilité de préserver l’identité chrétienne de nos écoles. Dans ce domaine également, le conflit politique a des conséquences directes sur la vie de l’Église. »
Car priver les enseignants de permis, ce n’est pas seulement empêcher des professionnels de rejoindre leur travail. C’est fragiliser une institution chrétienne, bouleverser la vie de milliers d’enfants et de familles et mettre en danger un modèle éducatif qui tente, envers et contre tout, de préparer la paix.
« Nos écoles portent un message de paix, de respect, de compréhension et d’acceptation de l’autre, soulignait sœur Lucy Jadallah en janvier. Nous espérons que ce message sera accueilli dans le même esprit et avec les mêmes valeurs de l’autre côté. »
Huit mois plus tard, les portes des écoles restent fermées. Et l’espérance, une nouvelle fois, suspendue à la délivrance d’un permis.




