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La situation des Palestiniens porteurs de handicap

Giulia Ceccutti
1 mai 2020
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Fête pour des enfants handicapés à Ramallah, en Cisjordanie. ©Association Annahda

Le contexte difficile des personnes en situation de handicap dans les Territoires palestiniens montre des signes d'amélioration ces dernières années. Il reste cependant beaucoup à faire. Le pédagogue Sami Basha nous en parle.


« Depuis que j’ai commencé à travailler dans le domaine du handicap dans les Territoires palestiniens, j’ai remarqué une grande amélioration dans l’attitude des gens, en particulier parmi les familles des personnes handicapées. Nous avons surmonté de nombreux obstacles : tout d’abord celui de la honte et du rejet. Aujourd’hui, les familles font preuve de plus de courage pour parler du handicap au sein de leur foyer et pour faire face à la souffrance ».

C’est ce qu’affirme Sami Basha, président actuel de l’American University of Sicily, et professeur de pédagogie pendant des années dans différentes universités palestiniennes. Fondateur du premier programme universitaire palestinien pour former des personnes qualifiées dans le domaine du handicap (lancé en 2012 en collaboration avec des universités étrangères, dont l’Université catholique du Sacré-Cœur) – le professeur Basha a été éminemment reconnu par le Council for Exceptional Children aux Etats-Unis.

Nous lui avons demandé d’ouvrir une « fenêtre » sur un monde, celui du handicap dans les Territoires palestiniens, problématique peu mise en lumière et marquée par une grande fragilité.

Ce que disent les statistiques

Selon le Bureau central palestinien des statistiques, il y a 93 000 personnes handicapées dans le pays (données de décembre 2019). Ces personnes représentent 2,1% de la population totale et sont réparties à peu près également entre la Cisjordanie et la bande de Gaza. Environ un cinquième d’entre elles ont moins de 18 ans. Plus d’un tiers, de 10 ans et plus, sont analphabètes.

Il convient de souligner en particulier la situation des femmes : un tiers des femmes handicapées, qu’elles soient mariées ou divorcées, ont subi des violences de la part de leur partenaire au moins une fois au cours des 12 mois précédant l’enquête. Le pourcentage varie considérablement entre la Cisjordanie et la bande de Gaza, où il atteint 42%. Et la violence physique s’accompagne souvent de violence psychologique.

L’aspect formation est donc sans aucun doute crucial. « Le secteur éducatif palestinien – poursuit le professeur Basha – a fait de grands progrès dans ce domaine, mais il reste encore beaucoup de travail, notamment pour revoir l’ensemble du programme d’études et l’adapter aux besoins des étudiants porteurs de handicaps. Il reste beaucoup à faire pour adapter les différentes structures, pour faciliter l’insertion et l’intégration des étudiants souffrant de différents types de handicaps ».

En 2005, le ministère de l’Education a créé un département spécifique de soutien aux personnes handicapées, mais étant donné la limite des fonds disponibles, aucune nouvelle intervention durable n’a été mise en œuvre. Par exemple, le nombre d’enseignants de soutien scolaire dans les écoles publiques est encore trop faible.

« Dans mon travail – ajoute Sami Basha – j’ai vu que tout dépendait des enseignants, de leur investissement et de la profondeur de leur motivation à apprendre et à actualiser leurs connaissances. Ceux qui sont « en première ligne » en faveur du handicap, ce sont précisément eux : les enseignants. Bien qu’ils soient sous-payés et travaillent dans un contexte dans lequel ils manquent de moyens, ils sont souvent en mesure, grâce à leurs compétences, d’améliorer la vie de beaucoup, y compris les membres de la famille des personnes handicapées ».

Questions en suspens

Malgré les résultats obtenus jusqu’à présent, les chantiers restent encore nombreux dans les Territoires palestiniens. Du renforcement du rôle des parents à la nécessité de réduire les préjugés à l’égard des personnes handicapées ; du vide à combler dans les politiques spécifiques et la planification stratégique, en raison du manque de ressources économiques, à l’absence dramatique d’un service, au sein du système scolaire, pour les personnes souffrant des formes les plus graves de handicap – une absence qui oblige la plupart des parents à envoyer leurs enfants dans des établissements privés, qui représentent souvent un coût élevé. Il existe de nombreuses situations familiales dans lesquelles les personnes handicapées restent à la maison ou dans la rue.

Ce qu’il faut, enfin, selon Basha, c’est un soutien en faveur de la formation professionnelle. « Les personnes handicapées ne sont en effet pas une catégorie qui mérite seulement de l’aide, mais de la dignité : il faut leur garantir le droit aux études et à l’intégration sociale, ainsi qu’au travail. En Palestine, nous avons besoin de l’engagement de tous pour consolider cette façon de penser et d’agir ».

Il y a une entité à Ramallah qui œuvre entre autres en ce sens, dans le domaine éducatif mais aussi professionnel. Il s’agit d’Annahda, une association à but non lucratif fondée en 1925 qui développe des programmes d’éducation spécialisée pour les enfants, des activités de loisirs et d’intégration, de l’ergothérapie.

« Nous sommes nés au cœur de la situation palestinienne, comme un signe de charité – explique le directeur George Rantisi -. Aujourd’hui, en plus d’être un centre de formation professionnelle, nous produisons principalement des outils éducatifs pour les écoles. Nous essayons de faire en sorte que les enfants handicapés et leurs familles se sentent utiles et participent au développement du pays ». Une belle histoire à citer dans ce sens est celle d’un de leurs jeunes, qui, au fil des ans, a développé diverses compétences, jusqu’à devenir le directeur du secteur production de l’association. « Aujourd’hui, il sert dans l’église catholique de Ramallah – conclut Rantisi – et nous sommes très fiers du chemin qu’il a parcouru ».

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