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Jerzy Kraj, le gardien de ses frères

Alix Pras
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Des trois sanctuaires d’Aïn Karem, celui de la Nativité de Jean le Baptiste est le second en nombre de visites, derrière la Visitation. En l’absence de pèlerins du fait de la guerre, la vie de la communauté des frères franciscains est rythmée par la vie des séminaristes qui y résident.


Les lettres s’affichent en noir sur le portail vert de gris : Saint-John Ba Harim. Étonnant mélange de l’anglais et de l’hébreu retranscrit dans l’alphabet latin. “Cela signifie Saint Jean dans les montagnes” explique frère Jerzy Kraj, Saint-Jean-aux-Monts dans une traduction française plus littéraire.

Les grilles s’ouvrent sur un parvis désert. Nous suivons le frère Jerzy, Giorgio comme on l’appelle le plus souvent. Dans la terminologie franciscaine, il porte le titre de gardien : “Mais attention, je ne suis pas le gardien du sanctuaire, je suis le gardien d’une communauté de frères car la fraternité est un élément cardinal de la spiritualité franciscaine. Et si cette communauté a en charge le sanctuaire, pèlerins ou pas, elle a aussi sa vie propre.”

Avant de monter un dédale d’escaliers, on aperçoit un franciscain assis devant une petite table. Il veille sur le sanctuaire pour accueillir – qui sait ? – un groupe ou quelques touristes.

Frère Jerzy entame la présentation “Actuellement, notre maison est composée de vingt-cinq frères de seize nationalités différentes. C’est une communauté très variée, avec des frères venus de plusieurs pays d’Amérique latine et d’Afrique, d’Indonésie, du Vietnam…” Frère Jerzy est polonais et a deux compatriotes avec lui.

Ce couvent d’Aïn Karem abrite une des communautés franciscaines les plus importantes. “C’est que nous sommes aussi et avant tout une communauté de formation. Parmi nous, il y a dix-huit étudiants.”

La Custodie de Terre Sainte accueille en effet un séminaire franciscain international. Les étudiants en philosophie – le premier cycle – sont à Saint-Sauveur à Jérusalem, tandis que les étudiants en théologie – le second cycle – sont à Aïn Karem.

Le gardien insiste : “Nous sommes une communauté en mouvement” et lorsqu’on l’interroge sur le rythme quotidien il explique que “les étudiants vont chaque jour à Jérusalem pour les études, aussi commençons-nous tôt. La messe de la communauté est à 6 heures du matin.”

Saint John the Baptist in Ein Karem

Le travail des frères

En traversant le jardin, on voit des étudiants s’activer. “Nous faisons tout par nous-mêmes” commente frère Jerzy. Il n’y a qu’à la cuisine où deux sœurs, l’une Philippine l’autre Mexicaine, travaillent épaulées par les étudiants. “Ils mettent et débarrassent les tables et font la vaisselle”.

“Je fais chaque semaine la répartition des services entre les étudiants. Le sanctuaire ouvre le matin et l’après-midi tous les jours de la semaine, même le dimanche. C’est le service que nous sommes en devoir de rendre : faire connaître le sanctuaire, pas seulement aux pèlerins qui viennent le visiter et y prier, mais aussi aux locaux qui veulent le découvrir.”

“Les locaux”. Depuis que le village palestinien a été vidé de sa population autochtone lors de la guerre de 1948, Aïn Karem n’a plus de communauté chrétienne palestinienne. Intégré à la ville de Jérusalem, le village est devenu un quartier à l’architecture ancienne et trouvée pittoresque par les Israéliens qui aiment venir y flâner. Nombre d’entre eux visitent volontiers les différents sanctuaires du village.

“Je tiens à saluer le travail des frères qui contribuent à la cohésion sociale et à la bonne coopération avec la communauté juive israélienne. En juin, nous avons par exemple organisé une conférence sur le charisme franciscain, en présence du custode et accompagné d’un concert du conservatoire de la Custodie, l’institut Magnificat. C’était un moment très riche.”

“Il y a en ce moment dix-huit personnes d’une yeshiva séculière – destinée aux Israéliens laïcs – et qui logent à la Casa Nova [l’hôtellerie franciscaine ndlr]. Ils sont chez nous pour dix jours pour leur étude. Je suis allé à leur rencontre. Ils sont très intéressés à entendre parler de notre vie, de notre présence. C’est un témoignage de fraternité”.

Avec une capacité d’accueil d’environ cinquante personnes, la Casa Nova héberge également quelques étudiants Arabes-Israéliens de Galilée qui complètent leur cursus en médecine à l’hôpital de la Hadassa située sur la colline d’en face.

Frère Jerzy ajoute que l’absence de pèlerins étrangers modifie les priorités de la communauté mais pas le sens même de sa mission à être avec, au milieu et pour les populations qui l’entourent.

Répartition des tâches

La visite du couvent se poursuit. “Le jardin nécessite beaucoup. Ici, c’est l’espace de récréation des frères avec toutes les fleurs, mais derrière il y a les animaux et le potager.” Un âne, un chien et surtout des poules et lapins à profusion. “Nous avons une soixantaine de poules” Sans compter les poussins – 80 – et poulettes. Un véritable élevage. “Nous mangeons les œufs et les poulets”. Le même sort est réservé aux lapins. Les étudiants entretiennent aussi le potager. Salades, tomates et autres légumes s’alignent.

“En tant que gardien, je suis le supérieur responsable de l’ensemble de la maison, mais la responsabilité de la formation des étudiants revient au maître des étudiants, le père Joseph, qui est originaire de la République démocratique du Congo. Bien sûr, si un étudiant éprouve le besoin de parler à quelqu’un en dehors de ce premier cercle, il vient me voir librement ou un autre frère de son choix.”

Montrer le Christ

Le frère Jerzy revient sur l’essence même de sa mission puisée dans la fréquentation du lieu. “Avec Jean-Baptiste, nous sommes à la jointure entre l’Ancien et le Nouveau Testaments. Jean-Baptiste est le dernier prophète à avoir préparé le chemin du Seigneur. Un de mes anciens professeur et maître, nous répétait toujours une leçon essentielle que chaque franciscain au service de la Terre Sainte doit garder en mémoire : “Nous ne devons jamais attirer l’attention des pèlerins sur nous-mêmes. Nous devons être totalement transparents, à l’image de Jean-Baptiste qui s’est effacé”. Je pense que notre service a du sens, le mien en tant que gardien et celui des frères comme guides prêts à accueillir les pèlerins. Grâce à certains de nos frères qui parlent couramment hébreu, ce témoignage passe aujourd’hui par un dialogue quotidien et direct avec la société qui nous entoure.”

Nativité de Jean le Baptiste : le sanctuaire renaît

Après six années passées couverte d’échafaudages, l’église du sanctuaire de la Nativité de Jean le Baptiste à Aïn Karem est à nouveau ouverte au culte.

Prévus dans un ensemble plus vaste de restauration et conservation du couvent Saint-Jean-aux-Monts, les travaux de l’église visaient à mener d’importantes études architecturales, structurelles et technologiques du bâti et à le prémunir des infiltrations d’eau.

L’église du XIe-XIIe siècle, restaurée à la fin du XVIIe siècle, devait faire la preuve de sa robustesse durant les tests de résonances magnétiques. C’est chose faite.

La crise du Covid-19, suivie des événements politiques, ont profondément perturbé le chantier : suspension des permis pour les ouvriers des territoires palestiniens, augmentation des coûts des travaux et difficultés d’approvisionnement en matériaux.

La première messe solennelle dans l’église retrouvée l’a été à l’occasion de la fête de la Nativité de saint Jean le Baptiste le 24 juin dernier. L’occasion pour les participants de constater quelques modifications d’aménagement.La principale est qu’une statue (restaurée) du saint Précurseur remplace au-dessus
du maître-autel celle de la Vierge Marie.

Elle est entourée à droite et à gauche des statues restaurées de Zacharie et Élisabeth. Les tableaux de l’église devraient retrouver leur place au fur et à mesure de leurs restaurations.

Dernière mise à jour: 20/07/2026 18:07

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