Actualité et archéologie du Moyen-Orient et du monde de la Bible

Meurtre d’Itamar : bas les masques

Marie-Armelle Beaulieu
28 mars 2011
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Le 11 mars 2011, à Itamar, implantation juive située en Cisjordanie près de Naplouse, cinq membres d’une même famille ont été poignardés à mort dans leur sommeil.


Le 11 mars, jour du tremblement de terre et du tsunami au Japon, Israël vécut un autre séisme. Cinq membres d’une même famille juive ont été poignardés à mort dans leur sommeil. Ils résidaient à Itamar, une implantation, située non loin de Naplouse. Des colons.
L’événement est passé quasi inaperçu dans la presse étrangère tout entière consacrée aux drames qui touchaient l’Empire du soleil levant.
Pour les Israéliens, qui revivent à chaque meurtre de l’un d’entre eux toute l’horreur de la Shoa, le meurtre était évidemment imputable à un ou plusieurs Palestiniens « naturellement » capables d’une telle horreur.
La plupart des Palestiniens sont dans le déni. Ils ne sauraient être capables « par nature » d’une telle cruauté. C’est soit quelqu’un d’autre – on a proposé en bouc émissaire un ouvrier thaïlandais qui aurait travaillé dans l’implantation – soit c’est un coup des juifs eux-mêmes pour, en poussant à bout l’opinion publique juive, obliger le gouvernement israélien à continuer de soutenir la colonisation.
Le fait est que l’État d’Israël a aussitôt signé de nouveaux permis de construire pour de nouvelles implantations. Certains juifs proposaient plus radicalement encore de « les tuer tous ces chiens d’Arabes ».

Le sarcasme : une barbarie

Je ne crois pas à la théorie d’un machiavélique complot sioniste. Je pense que des Palestiniens sont capables de meurtre, des Thaïlandais aussi d’ailleurs.
Je le pense parce que je me sais capable de meurtre. J’ai déjà tué d’ailleurs. J’ai tué le 11 mars 2011, quand j’ai appris la nouvelle de l’assassinat du rabbin Udi Fogel, 36 ans, de Ruth Fogel, 35 ans, sa femme, de Yoav Fogel, 11 ans, de Elad Fogel, 4 ans, de Hadas Fogel, 3 mois, leurs enfants.
À la vitesse de l’éclair mon cerveau a analysé la nouvelle énumérant déjà les conséquences à court terme : arrestations, bouclage des populations, permis accordés à de nouvelles colonies. Cela n’a pas manqué. À long terme : un nouvel échelon gravi dans la haine réciproque, et encore moins de chance de voir un règlement pacifique au conflit. Les déferlements de haine n’ont pas tardé, principalement de la part des juifs d’ailleurs et pas seulement des colons. Je serai bien en mal de leur jeter une pierre car j’ai tué moi aussi quand, l’espace d’un éclair, j’ai senti en moi l’esquisse d’un sarcasme, quelque chose comme « Ils ne l’ont pas volé. » J’ai aussitôt lâché des mains ce poignard ensanglanté. Mon Dieu ! Non !
« La dérision et le sarcasme et l’injure sont des barbaries » a dit Charles Péguy.
Oui, je suis témoin des drames de la colonisation sur la population palestinienne sur le territoire même où elle devrait construire son État, et dont 42 % sont confisqués par les colonies, oui je reçois régulièrement les rapports sur les confiscations de terrains, les destructions de maisons situées sur des terres déclarées zone de sécurité, sur les exactions de certains colons dont l’impunité est totale : oliviers coupés, champs incendiés, ratonnades. Oui je pense que la colonisation et ses conséquences sont de nature à générer la haine de ceux qui en souffrent et avec la haine son lot de violence. Tout en moi est contre la colonisation, la raison, les convictions politiques et la foi.
Un ami a souhaité que le meurtre d’Itamar fasse tomber les masques. Me voilà, brute de décoffrage.
J’aurais pu me taire, cacher cette pensée qui me fait honte. Mais je l’ai eue. « Ma faute est sans cesse devant moi. »
Est-ce que cela fait de moi une antisémite, une raciste ? Aucune appréciation extérieure ne m’exemptera de la conversion intérieure que je dois vivre.
Udi, Ruth, Yoav, Elad et Hadas ne méritaient pas de mourir parce que personne ne le mérite jamais.
Depuis le 11 mars, je prie pour eux chaque jour, pour les leurs surtout, les enfants – trois – qui ont été épargnés.
Qui plus est, je sens bien – mais ce n’est pas d’hier – que je dois aimer tous les colons comme Dieu les aime : infiniment. Pas parce qu’ils sont juifs, pas parce qu’ils sont colons mais parce que Dieu les a aimés le premier, parce qu’il a donné sa vie pour eux autant que pour moi. Parce que, quand bien même ce seraient des ennemis, le Seigneur me commande de les aimer.
« Vous avez appris qu’il a été dit : Tu aimeras ton prochain et tu haïras ton ennemi. Eh bien moi, je vous dis : Aimez vos ennemis, et priez pour ceux qui vous persécutent. »
(Mathieu 5, 43 – 44).
C’est dur, je suis nulle sur cette voie, et je viens de tomber de toute ma hauteur de partisane de la non-violence. Mais si je n’essaie pas de suivre cette voie d’amour inconditionnel alors, définitivement, je n’ai pas ma place sur cette Terre Sainte, laquelle n’a pas besoin de mes bonnes intentions, de mes bonnes actions, ni de mes convictions politiques ni de mes analyses sur le Proche Orient. Elle a besoin d’amour gratuit, désintéressé, fou.
Sur le chemin je chuterai encore, je n’ai pas fini de grommeler contre le Seigneur et de pester contre les colons mais si je ne marche pas, si je ne me relève pas après chaque chute alors une autre question me sera posée : qu’as-tu fait de ton baptême ? J’aimerais bien au moins pouvoir dire « J’ai essayé. »

Dernière mise à jour: 28/12/2023 22:42

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