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Pompeo en Israël : Washington va considérer le mouvement de boycott d’Israël comme « antisémite »

Cécile Lemoine
19 novembre 2020
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Pompeo en Israël : Washington va considérer le mouvement de boycott d’Israël comme « antisémite »
Le secrétaire d'État américain Mike Pompeo, et le premier ministre israélien Benyamin Netanyahu lors de la conférence de presse conjointe donnée à Jérusalem le 19 novembre 2002

L'étiquetage «colonie israélienne» va disparaître des produits au profit de la seule mention d’Israël comme lieu de provenance a annoncé le secrétaire d’État américain Mike Pompeo lors de son passage à Psagot, le vignoble d’une colonie en Cisjordanie. Une déclaration qui illustre combien la production de vin dans les colonies participe à la normalisation de l’occupation en Israël.


L’arrivée de Mike Pompeo au milieu des vignes de Psagot, bourgade située à quelques encablures de Ramallah, ce jeudi 19 novembre, s’est faite sous forte escorte militaire. Une visite hautement symbolique pour ce fidèle du président sortant Donald Trump. C’est la première fois qu’un secrétaire d’Etat américain se rend dans une colonie de peuplement.

Un évènement inédit qui méritait des déclarations fortes et représentatives de la politique accommodante du président américain envers Israël depuis quatre ans. Mike Pompeo a annoncé, lors d’une conférence de presse à Jérusalem, que les Etats-Unis prendraient des mesures « immédiates » contre les organisations liées au mouvement de boycott d’Israël. Le mouvement BDS (Boycott, désinvestissement et sanctions) est dans le viseur des autorités américaines. « Nous considérerons que cette campagne mondiale anti-israélienne est antisémite », a-t-il ajouté.

Le chef de la diplomatie américaine a également réaffirmé la légitimité des colonies en décidant que les étiquettes des produits fabriqués dans les implantations israéliennes ne devraient plus porter que la mention « Made in Israël » quand ils seront exportés aux États-Unis.

Cuvée « Pompeo »

Tout un symbole alors que les caves de Psagot ont été au cœur d’un litige international entre 2018 et 2019. Une décision française, validée dans un second temps par la Cour européenne, a contraint Yaakov Berg, le patron des caves, à indiquer que son vin provenait de colonies israéliennes et non d’Israël, afin d’être exportées en Europe. L’administration Trump avait alors rétorqué, par la voix de Mike Pompeo : « L’établissement de colonies de civils israéliens en Cisjordanie n’est pas en soi contraire au droit international. »

En signe de « gratitude », Yaakov Berg a baptisé, du nom du secrétaire d’État américain, une cuvée de vin rouge. Produites en série limitée, les bouteilles « Pompeo » ont été vendues à grand renfort de publicité fin 2019. La boucle est bouclée avec cette visite officielle du chef de la diplomatie américaine. « S’il y a cinq ans, Psagot semblait destiné à être ostracisé, c’est maintenant une destination internationale. Légitimation maximale pour les colonies », note Anshel Pfeffer, journaliste pour Haaretz.

À Psagot, des Palestiniens protestent contre la venue de Mike Pompeo

Et selon lui, le vin israélien aurait une part à jouer dans ce processus de normalisation. Faisons un saut dans le temps. Au milieu du VIIe siècle, la conquête musulmane marque un coup d’arrêt brutal à une tradition viticole vieille comme la Bible. Ce n’est qu’à partir de 1882 que la Terre sainte renoue avec son héritage. La culture de la vigne y redémarre, sous l’impulsion d’un français, le Baron Edmond de Rothschild (château Lafitte), qui apporte un soutien à la fois technique et financier.

La vigne et ses effets politiques involontaires

Il faudra un siècle au vin israélien pour passer d’une production uniforme destinée au kiddouch (bénédiction prononcée sur une coupe de vin casher lors des jours saints), à une production de qualité, destinée à l’export. Les vins du Golan Heights Winery ont été pionniers de cette révolution dans les années 1980. « Leur succès a eu un effet politique involontaire, relate le journaliste d’Haaretz. Les colons du Golan ont vu leur image évoluer. Ils n’étaient plus seulement de robustes fermiers vivant à portée de tir des chars syriens, mais l’incarnation d’un idéal de vie : la Provence ou la Toscane d’Israël. » 

Cette nouvelle image du Golan a été largement utilisée par le gouvernement travailliste d’Yitzhak Rabin dans les années 1990, quand il a fallu négocier la paix avec le régime du président de l’époque, Hafez Assad, qui demandait le retrait israélien des hauteurs du Golan. Les colons de Cisjordanie ont appliqué le même processus, avec plus de difficultés. Aujourd’hui, 16 domaines sur les 250 que compte le pays sont implantés dans des colonies, selon Who Profits, un centre de recherche indépendant qui expose le rôle du secteur privé dans l’économie israélienne d’occupation.

L’aspect illégal de leur implantation et ce qui est pointé du doigt comme un vol de terres, ont suscité des mouvements de boycott. « Mais la plupart des consommateurs israéliens ne semblaient pas s’en soucier et l’industrie viticole locale a commencé à accepter ses collègues colons », souligne Anshel Pfeffer.

Aujourd’hui, l’élite viticole israélienne n’hésite pas se rendre en Cisjordanie pour travailler à l’amélioration de vins dont la qualité commence à être reconnue mondialement. Les scrupules éthiques, la pression politique et l’étiquetage européen ne semblent pas avoir empêché la normalisation des vins des colonies. Au contraire, insiste le journaliste : « Ils continuent à brouiller la Ligne verte et à légitimer l’occupation. »