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Liste noire : l’Onu épingle des sociétés liées aux colonies

Christophe Lafontaine
14 février 2020
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Liste noire : l’Onu épingle des sociétés liées aux colonies
Vue sur la colonie israélienne d’Efrat (6 janvier 2020) © Hadas Parush/Flash90

Le 12 février, l’Onu a édité une liste de 112 sociétés opérant dans les colonies israéliennes, jugées comme illégales par le droit international. Les Palestiniens crient « victoire » et Israël s’insurge.


Airbnb, Expedia, TripAdvisor, Booking.com, Motorola ou encore Alstom et Altice Europe. Le bureau du Haut-Commissaire aux droits de l’Homme de l’Onu a publié le 12 février une liste qui répertorie 112 « entreprises impliquées dans certaines activités liées aux colonies » israéliennes établies dans les Territoires palestiniens occupés et considérées comme illégales au regard du droit international.

Parmi elles, 94 ont leur siège en Israël. Il s’agit notamment de banques (Leumi, Bank Hapoalim, Bank of Jerusalem, …) et d’entreprises de construction, de chaînes de café, de stations-service. Les 18 autres entreprises se répartissent entre six pays différents : Etats-Unis, France, Luxembourg, Pays-Bas, Royaume-Uni et Thaïlande.

La publication de celle liste noire intervient deux semaines après l’annonce du plan de paix pour le Moyen-Orient fomenté par l’administration Trump en vue de trouver une solution au conflit israélo-palestinien. Salué par les Israéliens, ce plan a été officiellement rejeté le 11 février par le président de l’Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas, devant le Conseil de sécurité de l’Onu.

Vu le contexte, la Haut-Commissaire aux droits de l’Homme de l’Onu Michelle Bachelet s’est fendue d’un communiqué dans lequel elle a exprimé avoir « conscience que ce sujet a été, et continuera d’être, matière à controverse. »

« Pas un processus judiciaire »

Mais le communiqué indique que le rapport de l’Onu ne fait pas état de conséquence judiciaire. « Ce rapport ne fournit pas de caractérisation juridique des activités en question », est-il écrit dans le communiqué qui note en amont que « le rapport indique clairement que la référence à ces entités commerciales n’est pas et ne prétend pas être un processus judiciaire ou quasi judiciaire. »

La publication n’est pas une surprise. Elle répond à une résolution de 2016 du Conseil des Droits de l’Homme de l’Onu demandant une « base de données de toutes les entreprises engagées dans des activités particulières liées aux colonies israéliennes dans les Territoires palestiniens occupés. »

La colonisation par Israël de la Cisjordanie occupée et de Jérusalem-Est s’est poursuivie sous tous les gouvernements israéliens depuis 1967, mais elle s’est accélérée ces dernières années sous l’impulsion du Premier ministre Benjamin Netanyahu et de son allié américain, Donald Trump.

L’administration Trump a d’ailleurs rompu avec des décennies de diplomatie américaine en déclarant le 18 novembre ne plus considérer contraires au droit international les colonies israéliennes en Cisjordanie.

Une « victoire pour le droit international » selon les Palestiniens

Le ministre palestinien des Affaires étrangères, Riyad al-Maliki, a salué la publication du rapport de l’Onu. « La publication de la liste des entreprises et des partis opérant dans les colonies est une victoire pour le droit international », a-t-il indiqué dans un communiqué.

Le secrétaire général de l’Organisation de libération de la Palestine (OLP) Saëb Erakat a également salué un « premier pas crucial pour restaurer l’espoir dans (…) le droit international ». « Cette annonce (…) consolide la crédibilité du Conseil des droits de l’Homme et des organisations internationales face à l’attaque violente et la pression intense de l’administration Trump sur ces institutions », a-t-il ajouté.

Le mouvement BDS (boycott, désinvestissement et sanctions), qui appelle au boycott économique, culturel ou scientifique d’Israël afin d’obtenir la fin de l’occupation et de la colonisation des Territoires palestiniens, s’est aussi réjoui. « La publication de cette liste est le premier pas très significatif effectué par une entité de l’Onu pour demander des comptes à Israël et à des sociétés internationales qui permettent et tirent profit des colonies israéliennes illégales », a indiqué le mouvement.

Israël dénonce une « reddition honteuse »

En Israël, la classe politique a de manière quasi-unanime dénoncé cette liste. « Il s’agit d’une reddition honteuse aux pressions de pays et d’organisations qui veulent causer du tort à Israël », a réagi le ministère israélien des Affaires étrangères.

Le chef de l’opposition de centre droit, l’ex-chef d’état-major Benny Gantz, a lui aussi critiqué la publication de l’Onu, ainsi que le parti de gauche Meretz.

Le président d’Israël, Reuven Rivlin, a même évoqué « une initiative honteuse qui rappelle des périodes noires de notre histoire ».

Le conseil de Yesha, la plus importante organisation de colons, a pour sa part dénoncé la publication de cette liste : l’Onu a « une fois encore prouvé qu’elle était un organisme (…) non neutre qui agit contre l’Etat d’Israël ».

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