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Attentat en Syrie : un prêtre arménien catholique tué

Christophe Lafontaine
12 novembre 2019
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Attentat en Syrie : un prêtre arménien catholique tué
Obsèques du père Hovsep Hanna Bedo, tué lors d’un attentat à la voiture piégée le 11 novembre 2019 en Syrie ©abouna.org

Alors qu’ils se rendaient sur un chantier soutenu par L’Œuvre d’Orient, un prêtre arménien catholique et son père ont été tués le 11 novembre dans le nord-est de la Syrie. Le double assassinat a été revendiqué par Daesh.


Les funérailles du père « Joseph » (Hovsep Bedoyan en arménien), prêtre de l’Eglise arménienne catholique à Qamishli au nord-est de la Syrie ont été célébrées ce matin. Toute la communauté chrétienne de la ville était annoncée présente, ainsi que des musulmans, pour démontrer « l’unité et la solidarité de toute la ville », a fait savoir auprès de l’Aide à l’Eglise en Détresse (branche italienne) Mgr Boutros Marayati, évêque arménien catholique d’Alep.

Le père Josephse trouvait dans son véhicule personnel, avec son père, un diacre et un autre accompagnateur, sur la route qui relie la ville de Qamishli (ville à majorité kurde située près de la frontière turque) à Deir Ezzor (ville du centre-est de la Syrie anciennement sous le contrôle de l’Etat islamique (EI) qui se trouve à plus de 250 km au sud-ouest de Qamishli et qui est chère à la mémoire des Arméniens où se trouve le sanctuaire des martyrs du génocide arménien de 1915), quand ils ont été pris pour cible hier matinà un barrage par des hommes armés à moto. Le prêtre et son père sont tous les deux morts.

L’attentat a été revendiqué rapidement par l’EI. Sur le capot de la voiture se trouvait l’insigne « Eglise catholique arménienne ». « Il est donc plausible que le père Hanna ait été frappé en tant que prêtre et pour sa contribution au rétablissement de la présence chrétienne à Deir Ezzor », suggère l’AED-Italie.

Réputé doux et courageux, le père Joseph était prêtre pour la communauté catholique arménienne de Qamishli, et notamment responsable de la pastorale de la jeunesse chrétienne. L’éparchie de Qamishli, à laquelle appartenait le prêtre, dépend du Patriarcat arménien catholique de Cilicie dont le siège est à Beyrouth (Liban) et qui a annoncé la triste nouvelle sur son site officiel. Le prêtre assassiné laisse derrière lui femme et enfants (les prêtres arméniens catholiques sont autorisés à se marier).

Il était « particulièrement actif sur les projets de reconstruction et d’accueil des populations réfugiées dans l’est de la Syrie et se rendait sur un chantier de l’Œuvre d’Orient », a souligné dans un communiqué l’organisation française au service des chrétiens d’Orient depuis plus de 160 ans. « Ce projet vise à reconstruire des maisons, une église et des boutiques pour accompagner le retour des populations déplacées », explique Vincent Gelot, responsable des missions de l’Œuvre d’Orient en Syrie, cité dans le journal français La Croix.

Trois autres explosions, six morts, 22 blessés à Qamishli

Dans un communiqué en arabe, le Conseil des Eglises du Moyen-Orient a condamné « ce crime odieux ». L’Œuvre d’Orient, qui a dit son « horreur » face à la nouvelle, a également vigoureusement dénoncé les trois explosions (deux voitures et une moto piégée), non revendiquées dans l’immédiat, qui ont eu lieu hier aussi, mais à Qamishli même. Ces attaques interviennent dans une région marquée par une situation sécuritaire instable qui s’est encore plus dégradée depuis le retrait américain et l’offensive turque « Source de paix ». A Qamishli, les forces kurdes contrôlent la majorité de la ville tandis que les forces du régime syrien tiennent l’aéroport et la plupart des quartiers arabes. Tout au long du conflit qui déchire la Syrie depuis 2011, la ville de Qamishlia été le théâtre d’attentats meurtriers, dont certains ont été revendiqués par l’EI.

Les trois explosions d’hier auraient retenti selon Mgr Gollnish, près d’une école tenue par des religieuses, d’une église (l’église catholique chaldéenne semble-t-il), et d’un commerce géré par un chrétien. Au moins six civils ont été tués et 22 blessés selon l’Observatoire syrien des droits de l’homme et selon une source sécuritaire kurde.

Un attentat à la voiture piégée, le 11 juillet dernier, avait fait près de douze blessés devant l’église syro-orthodoxe de Sainte-Marie dans le quartier à prédominance chrétienne d’al-Wasta, à Qamishli. Le Patriarche syro-orthodoxe avait alors dénoncé l’attaque et appelé les chrétiens à « rester » dans leur pays.

L’archevêque arménien catholique d’Alep, Mgr Boutros Marayati, qui a adressé un courrier de condoléance au vicaire épiscopal arménien catholique pour le diocèse de Qamishli, a déclaré auprès de l’Aide à l’Eglise en Détresse en Italie que « la guerre en Syrie n’est pas encore terminée. Et la présence de l’Etat Islamique se fait encore sentir ». Il a lancé un appel à la communauté internationale. « Nous demandons seulement que cette guerre se termine. Mais cela n’arrivera pas si vous continuez à aider les terroristes et à envoyer des armes en Syrie ! ». Puis s’adressant aux chrétiens du monde entier, il leur a demandé : « S’il vous plaît, priez pour nous et pour notre peuple. Nous vivons des moments extrêmement difficiles ».

L’Œuvre d’Orient, dans son communiqué, rappelle que « de nombreuses communautés chrétiennes vivent dans cette région et souhaitent y demeurer ». La plupart (catholiques et orthodoxes) ont fui le génocide, perpétré par l’Empire Ottoman en 1915. L’Œuvre d’Orient appelle les autorités kurdes et syriennes comme la communauté internationale à « assurer la sécurité de ces communautés chrétiennes et leur maintien dans leurs terres ancestrales ».

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