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20 ans après : la vision d’un diplomate palestinien

Terrasanta.net
12 novembre 2019
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Face à un public attentif, Afif Safief est revenu sur ses vingt années de travail au service de la diplomatie palestinienne. Et malgré un bilan des plus sombres, l'ancien porte-parole oppose aujourd'hui encore un optimisme à toute épreuve.


Elégant en costume, refusant d’un sourire le micro qui lui est tendu, Afif Safieh parcourt d’un regard l’assistance venue l’écouter. Dans la salle exiguë de l’Institut français Chateaubriand de Jérusalem, ce samedi 9 novembre 2019, plusieurs dizaines de Français de tous âges et quelques Palestiniens, amis de longue date du diplomate. Des représentants du Consulat général de France patientent également au premier rang, attentifs.

20 ans de métier, 20 ans d’échec ?

« Un soir, un Palestinien se tourne  vers Dieu  et lui demande : ‘Mon Dieu, y aura-t-il la paix un jour en Palestine ?. Et Dieu de le regarder avec malice et de lui répondre : ‘Oui, bien sûr… mais pas tant que je serai en vie !' ». Désabusé, Afif Safieh ? Le diplomate de 69 ans n’est en tout cas pas venu ici pour livrer, ce samedi soir, une version édulcorée de ces vingt dernières années de diplomatie, qu’il vient de passer à plaider pour la cause palestinienne.

Pour autant, Afif Safieh et sa longue carrière impressionnent. Lui s’est d’abord impliqué dans les négociations de Stockholm de 1988, qui ont mené aux toutes premières relations diplomatiques entre l’OLP et le gouvernement états-unien. Représentant de l’OLP à Amsterdam, il a ensuite servi successivement quatre des organes diplomatiques les plus importants au monde, Washington, Londres, le Vatican et Moscou.

Aujourd’hui, que retire-t-il de son combat pour la paix en Palestine ? Il l’avoue, « un profond sentiment d’échec ». L’échec des accords d’Oslo, signés en 1993 entre Yasser Arafat et Yitzhac Rabbin. L’échec de la mise en place d’un processus de paix avec Israël, au point mort depuis des années. Et l’échec d’une réconciliation du Hamas et du Fatah, dont la détérioration des relations ne fait qu’augmenter les tensions avec I’Etat d’Israël.

Mais plus dur encore à supporter a été le déni permanent de la communauté internationale pour la cause palestinienne :  « Déni de l’existence physique des Palestiniens sur leur terre, déni de leur identité nationale et déni de leurs souffrances, banalisées à travers le monde entier. Nous n’avons jamais reçu la compréhension, la sympathie et la solidarité que nous méritons », conclut-il.

« Raisonnable jusqu’à la déraison »

Silence dans la salle. D’un ton navré, mais toujours lucide, Afif Safieh reprend. Les raisons de cet échec ? La faiblesse du peuple palestinien, d’abord, qui aurait « été raisonnable jusqu’à la déraison » en acceptant de s’aligner ces dernières années sur les idéaux de la communauté internationale. Les concessions politiques successives de l’OLP n’ont ainsi ni permis le retrait de l’Etat d’Israël des territoires occupés ni la mise en place de la solution à deux-Etats. Le peuple palestinien est aujourd’hui divisé, éclaté sur un territoire morcelé et émigre massivement vers l’étranger.

En cause également, l’Etat d’Israël, qui considèrerait aujourd’hui le conflit israélo-palestinien comme existentiel et donc sans aucune issue. L’Etat, qui se place dans une posture de « vainqueur/vaincu » vis-à-vis des Palestiniens, tente de briser sa capacité de résistance et d’imposer une version biaisée de leur histoire commune sur la scène internationale. « Qu’Israël se rassure, ajoute dans un sourire M. Safieh, nous abandonnerons notre soif de la paix le jour où il abandonnera son appétit pour nos territoires ! ».

« Que fait-on de l’Orient désorienté ? »

Et Afif Safieh de se tourner vers les représentants du Consulat général de France : « Vous savez, je suis révolté en tant que citoyen, en tant que Palestinien et en tant que diplomate par la prétendue impuissance de la communauté internationale. Elle qui a été capable d’agir rapidement en Iraq ou pendant la guerre du Golf, souffre dans le cas de la Palestine d’une totale et prétendue impuissance, qui est assez effrayante ». Car si M. Safieh est là ce soir, c’est aussi pour tenter de réveiller les consciences.

Dernière cause de l’échec de la diplomatie palestinienne, et pas des moindres, donc : l’inaction croissante de la communauté internationale, qui s’est refusée à respecter ses engagements et participe aujourd’hui en spectateur à l’effondrement de l’ « Orient désorienté ».

Les Etats-Unis, en particulier, porteraient une lourde responsabilité dans l’impasse que connait le conflit. Après avoir eu un rôle-clé ces vingt dernières années dans la gestion de la crise, l’administration américaine a aujourd’hui coupé ses liens avec la Palestine. « Pour preuve, la reconnaissance de Jérusalem comme capitale d’Israël en 2017 puis la réduction du montant de sa contribution financière à UNRWA, en août 2018 ».

Un optimisme à toute épreuve ?

Pour autant, M. Safieh refuse avec force toute forme de défaitisme. Tirant partie de sa venue, ce 9 novembre, en « territoire français », le diplomate souhaite envoyer un message fort à une communauté internationale qui « devra vivre dans les années à venir avec les conséquences éthiques et morales de son inaction ». Il l’affirme, il ne pourra jamais y avoir de processus de paix sans une intervention de la communauté internationale.

Avec humilité, le diplomate reconnaît ne pas avoir toutes les réponses aux questions de la salle. Face à l’incertitude de l’avenir de la Palestine, il n’a rien à promettre. Mais cela ne l’empêche pas d’espérer : « Mes chers amis, le pessimisme est une attitude castratrice que j’ai toujours rejeté de toutes mes forces. Nous devons plutôt croire en la force extraordinaire dont a fait preuve le peuple palestinien tout au long de son histoire, croire en sa résilience, et croire en son courage ».

Et Afif Shafieh de conclure : « Ma tâche est désormais de réinjecter de l’espoir dans le peuple palestinien ».

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