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Israël cultive des graines de dattiers vieilles de 2000 ans

Christophe Lafontaine
9 février 2020
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Israël cultive des graines de dattiers vieilles de 2000 ans
Des chercheurs ont cultivé six nouveaux palmiers dattiers à partir de graines vieilles de 2000 ans trouvées dans le désert de Judée. Les voici : Photos de A à C : Adam (110 mois), Jonah (63 mois) et Uriel (54 mois) et photos de D à F : Boaz (54 mois), Judith (47 mois) et Hannah (88 mois) © Guy Eisner

Dans une étude parue le 5 février dans Science Advances, des chercheurs expliquent avoir obtenu six pousses de palmiers dattiers à partir de graines bimillénaires retrouvées en Judée. Ils espèrent voir pousser des fruits.


Adam, Jonah, Uriel, Boaz, Judith et Hannah. Ce sont les noms donnés à six jeunes palmiers dattiers qui ont poussé à partir de 32 graines d’arbres, provenant d’une période allant du IVe siècle av. J.-C. au IIe siècle ap. J.-C. Ce qui fait que certaines sont contemporaines du Christ.
Les graines qui ont été utilisées pour ce projet scientifique ont été collectées sur des sites archéologiques dans le désert de Judée, comme Massada et les grottes de Qumran, qui surplombent la mer Morte, ou dans les Wadi Makukh et Wadi Kelt. Les conditions chaudes et sèches de la région ont pu permettre aux graines de survivre deux millénaires sans perdre leur capacité de croissance.
Les neuf chercheurs (Israéliens et internationaux) à l’origine de ce petit miracle ont publié les résultats de leur expérience dans une étude publiée mercredi dernier dans le journal Science Advances ; une revue américaine et scientifique multidisciplinaire évaluée par des pairs.
« La germination de graines de Phoenix dactylifera (ndlr : palmier dattier) vieilles de 2000 ans provenant de sites archéologiques du désert de Judée nous donne une occasion unique d’étudier le palmier dattier de Judée, décrit dans l’Antiquité pour la qualité, la taille et les propriétés médicinales de son fruit, mais perdu depuis des siècles », ont écrit les neuf chercheurs.
De la méthode et de la patience
Pour ce faire, les scientifiques ont trempé dans l’eau les graines en ajoutant des hormones qui favorisent la germination et l’enracinement. Puis les ont plantées dans des pots séparés, dans un terreau stérile frais, à un centimètre sous la surface. Les pots ont été mis en quarantaine à l’Institut Arava des sciences de l’environnement, Kibbutz Ketura, situé dans le sud d’Israël.
Le Dr Sarah Sallon, directrice du Centre de recherche en médecine naturelle Louis Borick de la Hadassah Medical Organization (HMO) à Jérusalem est l’une des scientifiques ayant participé à ce projet. Elle explique dans les colonnes du Times of Israel : « J’ai passé des heures et des heures au département d’archéologie à choisir les meilleures graines. Beaucoup d’entre elles avaient des trous faits par des insectes, ou elles étaient tombées en morceaux, mais certaines étaient vraiment intactes et j’ai choisi les meilleures ». Si certaines graines ont mis seulement quelques semaines à germer, d’autres ont mis presque six mois. « Nous commencions à désespérer et puis soudain, les pousses sont apparues », a ajouté la scientifique.
Espoir de pollinisation
Les analyses génétiques ont montré que plusieurs de ces graines provenaient de palmiers dattiers femelles pollinisés par des plants mâles de différentes régions. Cela suggère que les anciens Judéens qui vivaient dans la région à l’époque cultivaient ces arbres de manière très réfléchie en utilisant des techniques de sélection végétale. C’est d’ailleurs peut-être ce qui a fait la réputation de ces fruits.
Ainsi les caractéristiques du palmier dattier de Judée d’il y a 2000 ans « sont donc potentiellement pertinentes pour l’amélioration agronomique des dattes modernes, » signent les scientifiques.
Et le rêve est à portée de main.
Ce n’est en effet pas la première fois que les chercheurs réussissent à faire germer une graine millénaire de dattier. Ils avaient déjà pu, en 2008, faire pousser une graine mâle datant de 1900 ans, trouvée sur le site de Massada.
La graine – la bien nommée – a été baptisée Mathusalem (personnage biblique ayant vécu très longtemps). Dès lors, les scientifiques auraient bien l’intention de polliniser grâce à Mathusalem les plantes femelles comme Hannah, dans l’espoir que la plante puisse à terme porter des fruits.
Les « dattes de Judée » chantée par les auteurs classiques
Principale culture fruitière dans les régions chaudes et arides de l’Afrique du Nord et du Moyen-Orient, les palmiers dattiers auraient été cultivés pour la première fois dans le golfe arabe supérieur et en Mésopotamie, il y a plus de 6 000/6500 ans. Après leur exil à Babylone (597-538 av.J.-C), « les exilés de retour ont peut-être ramené [des] connaissances spécialisées et certains cultivars en Judée ». Une variété de datte « Taali » cultivée à la fois en Judée et à Babylone est d’ailleurs mentionnée dans le Talmud.
Les palmiers dattiers du sud du Levant (Israël-Palestine et Jordanie d’aujourd’hui), situés entre les zones de domestication orientales et occidentales, ont historiquement joué un rôle économique important dans la région.
Le Royaume de Juda était particulièrement réputé pour la qualité et la quantité de ses dattes. Ces « dattes de Judée » cultivées dans des plantations autour de Jéricho et de la mer Morte ont été célébrées par les auteurs classiques (comme Théophraste, Hérodote, Galien, Strabo, Pline l’ancien ou Flavius Josèphe).
Pline l’Ancien a écrit sur elles que leur « propriété exceptionnelle est le jus onctueux qu’elles exhalent et une sorte de saveur de vin extrêmement sucrée comme celle du miel. »
Contrairement aux dattes égyptiennes, elles pouvaient être stockées longtemps, ce qui signifiait qu’elles pouvaient être exportées dans tout l’Empire romain.
Alors que les preuves suggèrent que la culture des dattes de Judée a continué pendant les périodes byzantine et arabe (du IVe siècle au XIe siècle ap. J.-C.), de nouvelles vagues de conquête se sont avérées si destructrices, qu’au XIXème siècle aucune trace de ces plantations historiques n’a survécu.

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