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Des travailleurs palestiniens sans défense face au Covid-19

Terrasanta.net
10 avril 2020
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Des travailleurs palestiniens sans défense face au Covid-19
Opérations de désinfection dans une rue de Rafah, dans la bande de Gaza. ©Abed Rahim Khatib/Flash90

De nombreux Palestiniens dépendent professionnellement de l'économie israélienne, freinée par la pandémie, et ne bénéficient pas de sécurité sociale. Avec l'effondrement du tourisme, la fragile économie palestinienne risque de laisser la plupart des familles dans la misère.


Le dimanche des Rameaux en cette année du Covid-19 n’a pas retenti des chants habituels de la traditionnelle procession du Mont des Oliviers à la vieille ville de Jérusalem, qui inclut les villages chrétiens de Palestine. Une Pâque silencieuse dans la Ville Sainte comme à Bethléem. Et de souffrance : l’absence de filet social plonge des millions de personnes dans la peur.

Al-Obediyya est une ville de passage. Entre Bethléem, Jérusalem et Ramallah. La traverser est incontournable en allant du nord au sud de la Cisjordanie. La mer Morte n’est qu’à quelques kilomètres, le monastère de Mar Saba, taillé dans la roche du désert, est encore plus proche. Là, beaucoup ont un emploi, légal ou non, à Jérusalem. Dans le bâtiment, pour la plupart.

Parmi eux se trouve une femme, Ahmad. Fonctionnaire, deux enfants ; comme beaucoup elle a entendu l’appel du Premier ministre palestinien Mohammad Shtayyeh qui a demandé aux travailleurs en Israël de s’arrêter volontairement : « Je travaille pour une entreprise de sous-traitance palestinienne à Jérusalem. Je n’ai pas travaillé depuis la fermeture de Bethléem », nous a-t-elle dit, « pour éviter les checkpoints, les files d’attente, et pour ne pas avoir à y dormir sans aucune assistance. Je suis ouvrière, je gagne entre 200 et 300 shekels par jour (50-76 euros – ndlr). Maintenant, je n’ai plus de revenus. Nous n’avons pas de contrats mensuels, nous sommes payés au jour le jour ».

La situation de Mahmoud est similaire. Ingénieur en électricité, il est employé par des entreprises de construction privées en Cisjordanie. « Je n’ai pas un salaire mensuel, mais journalier. Cela fait un mois que je ne travaille pas, je passe mon temps à la maison », nous dit-il. Il n’existe pas de filet de sécurité sociale pour faire face à la suspension du travail. Si je ne travaille pas, je ne gagne rien. Je vis avec ma famille, nous avons un potager et la nourriture ne manque pas. Mais si cela devait durer longtemps, je ne sais pas comment nous allons faire face à cette situation ».

Ce n’est pas mieux pour ceux qui travaillent pour l’Autorité nationale palestinienne (ANP), un bassin d’absorption traditionnel pour les chômeurs : pour garantir les salaires et surtout pour éviter les protestations, le gouvernement de Ramallah embauche plus du double de fonctionnaires qu’il n’en a besoin, parmi lesquels des enseignants, des policiers, des agents de santé, des pompiers, soit 155 000 personnes contre un besoin effectif de 60 000-70 000 personnes.

Mais la crise est structurelle, le coronavirus n’a fait que l’aggraver : « Je suis enseignant. Depuis mars 2019, le salaire allait et venait, rien pendant des mois, parfois la moitié – explique Zeinab, professeur d’anglais dans une école publique -. En février dernier on m’avait enfin tout payé. Pour nous, la fermeture des écoles signifie maintenant le risque d’un gel des salaires ».

Le blocage total du tourisme

Les craintes quant à la pérennité de l’économie palestinienne, déjà très fragile, se multiplient. Une société aussi dépendante de son économie, sous occupation israélienne, n’a pas les moyens de tenir. La faim n’est pas un spectre imaginaire, elle est réelle. D’abord le tourisme, le cœur battant de l’économie de Bethléem, s’est arrêté, et maintenant c’est le tour de toutes les activités en Cisjordanie, laissant 2,5 millions de personnes sans soutien. Un petit pas a été fait le 29 mars : l’ANP a annoncé au Gupw, le syndicat général des travailleurs palestiniens, un fonds de dix millions de shekels (environ 2,5 millions d’euros) pour les travailleurs et les chômeurs.

La fermeture qui a concerné Bethléem au début du mois de mars et par ricochet le reste de la Cisjordanie n’a pas touché les travailleurs palestiniens employés en Israël ou dans les colonies israéliennes. Consciente des pertes économiques et peu concernée par leur état de santé, Tel-Aviv avait autorisé les travailleurs légaux à continuer à travailler, à condition qu’ils restent sur leur lieu de travail pour dormir, n’assumant pas la responsabilité de leur fournir des lieux d’hébergement.

Au média Al Jazeera, certains travailleurs ont déclaré être retournés en Cisjordanie après avoir vu l’état du logement mis à leur disposition par les employeurs : des petites pièces avec 20 matelas à même le sol.

Pessah et les retours dangereux

Avec l’arrivée de la Pâque juive, Israël ferme tout du 8 au 15 avril. De ce fait, au moins 45 000 personnes sont retournées dans leurs villages d’origine, un retour qui a terrifié l’ANP en raison du risque de contagion qu’il entraîne. C’est ce qui s’est passé jusqu’à présent, la plupart des cas enregistrés en Cisjordanie – 263 au jeudi 9 avril – étant des personnes « de retour », c’est-à-dire des travailleurs palestiniens qui rentrent d’Israël, pays qui compte beaucoup plus de cas (8 611) – chiffre probablement plus élevé du fait du plus grand nombre de prélèvements effectués.

Deux foyers ont été identifiés : un élevage de volaille à Atarot (où 41 travailleurs palestiniens ont été déclarés positifs sur 500) et un deuxième à Lod (où 11 Palestiniens ont été contaminés). Le retour chez eux a provoqué une augmentation du nombre de cas dans plusieurs communautés ; Biddou et Qatanna étant parmi les plus touchées.

L’ANP a mis en place des cliniques mobiles aux checkpoints, où la températures des travailleurs qui rentrent chez eux est prise, et où leur est imposée une quarantaine de 14 jours en cas de fièvre. Il est plus facile d’identifier ceux qui ont des permis, mais il y a des dizaines de milliers de travailleurs irréguliers, des travailleurs sans permis, qui gagnent leur vie en passant le mur. Sans contrat, sans droits ni soins de santé, ils sont ceux qui sont les plus menacés.

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