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Actualité et archéologie du Moyen-Orient et du monde de la Bible

Une église découverte là où Pierre a professé sa foi

Cécile Lemoine
3 novembre 2020
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Datée du Ve siècle ap. J.-C., l’église a été édifiée sur les ruines d’un temple dédié au dieu Pan, à Banias, ancienne Césarée de Philippe. L’évangile de Matthieu raconte que c’est dans cette ville que Jésus aurait confié à Pierre la mission d’établir le christianisme.


C’est la mise au jour d’une mosaïque décorée de petites croix qui a mis les archéologues, menés par la professeure Adi Erlich de l’Université d’Haïfa, sur la piste. Rien ne les prédestinait à la découverte, en octobre dernier, des restes d’une église datant de l’époque byzantine. « Lorsque les fouilles ont commencé, fin août, nous nous attendions à trouver un temple romain », se souvient Adi Erlich, qui travaille sous la superversion de l’Autorité israélienne des parcs et de la nature.

Le site archéologique de Banias, niché au cœur d’une verdoyante réserve naturelle sur les hauteurs du Golan, abrite en effet les ruines de ce qui était un haut lieu religieux, dédié aux cultes des dieux Zeus et Pan. C’est ce dernier qui a donné son nom à la région. Surtout une autre église, datée elle aussi de la période byzantine, avait été découverte 300 mètres plus loin, dans les années 1990.

« On a été très surpris, mais les motifs de croix n’ont laissé aucun doute : une deuxième église se dressait dans cette ville entre les Ve et VIIe siècle après J.-C. », relate l’archéologue. C’est que le lieu a aussi une signification pour les chrétiens.

« Tu es Pierre et sur cette pierre je bâtirai mon Église »

À l’époque romaine, la ville, bordée de falaises et de magnifiques chutes d’eau, portait un autre nom : Césarée de Philippe. Construite par le fils du roi Hérode, la ville est connue dans le Nouveau Testament comme étant le lieu où Pierre a professé sa foi en reconnaissant Jésus comme le Messie. Dans les versets suivants, Jésus affirme la primauté de son disciple, lui confie les clefs du Royaume des Cieux, et la mission d’établir le christianisme : « Tu es Pierre et sur cette pierre je bâtirai mon Église » (Matthieu, 16, 13-20).

D’autres sources parlent de Césarée de Philippe comme de la ville où Jésus aurait sauvé la vie d’une femme gravement blessée. En hommage, celle-ci aurait fait édifier une statue de bronze. « On pense que l’une des deux églises abritait cette statue, aujourd’hui disparue », conjecture Adi Erlich.

Celle mise au jour en octobre est particulière à plusieurs égards. Elle a été construite sur les restes d’un ancien temple grec, dédié au dieu Pan, protecteur des bergers et des troupeaux. « L’église incarne ce qu’on appelle la « continuité du sacré », en référence au fait de transformer le lieu saint d’une religion en celui d’une autre, détaille Adi Erlich. Quand la religion chrétienne est montée en puissance, ses fidèles n’ont pas cherché un nouveau lieu pour édifier leur église : ils ont converti un site païen en un site chrétien. »

Une stèle inhabituelle

Résultat : l’église est orientée au Nord-Ouest. Une des niches rituelles dédiée au culte du dieu Pan, orientée à l’Est a été transformée en abside. « Ils se sont adaptés », sourit l’archéologue. Important centre chrétien, doté d’un évêque du IVe au VIIe siècle après J.-C., le site a vu affluer de nombreux pèlerins. En témoigne une autre découverte réalisée par l’équipe d’Adi Erlich : une stèle, inhabituelle par sa taille et la quantité de croix qui y sont gravées. « Ces graffitis sont probablement l’œuvre de pèlerins laissant la trace de leur visite quand l’église est devenue un lieu de dévotion chrétien », explique Adi Erlich.

L’archéologue estime que l’église a été endommagée lors d’un tremblement de terre qui a provoqué l’effondrement de la falaise voisine, au VIIe siècle. Si cela n’a pas empêché le maintien de son utilisation à des fins rituelles, le rayonnement de la ville a diminué après cet évènement, sans toutefois totalement disparaître. « Elle a été densément peuplée au XIIIe siècle, sous les Mamoulouks », complète la scientifique.

L’Autorité israélienne des parcs et de la nature a indiqué que ces découvertes seront conservées et rendues accessibles aux milliers de touristes, qui, hors temps de COVID-19, viennent habituellement visiter les chutes d’eau les plus hautes d’Israël.

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