Les chrétiens de Galilée ont partagé la nouvelle tant et plus. La cour de district de Haïfa a décidé d’autoriser la reprise des prières dans les deux églises — catholique melkite et grecque orthodoxe — de l’ancien village d’Al-Bassa, aujourd’hui intégré à la zone industrielle de Shlomi, une ville israélienne sur les hauteurs de Rosh Hanikra.
La plainte avait été déposée conjointement par l’éparchie grecque catholique de Galilée, le Patriarcat grec orthodoxe de Jérusalem et l’Association des habitants d’Al-Bassa. L’objectif était d’obtenir le droit de célébrer la prière dans les deux églises du village détruit en 1948.
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Les Églises avaient saisi la justice en mars 2024 pour faire reconnaître leur propriété et répondre à la demande des descendants des habitants, désireux de prier dans les lieux de culte de leurs ancêtres.
Plusieurs autorités israéliennes — commission régionale d’urbanisme du Nord, conseil régional de Mateh Asher, municipalité de Shlomi et Autorité foncière israélienne — s’y étaient opposées. Elles prévoyaient au contraire un plan d’aménagement culturel et touristique couvrant le site.

L’avocat Salim Wakim, représentant légal des Églises, a précisé que l’enjeu ne se limitait pas à « une permission temporaire », mais à « l’inscription formelle du droit de prier dans le plan d’urbanisme ». Le tribunal a tenté une médiation. Faute d’accord, il a néanmoins autorisé la reprise des prières.
Un précédent qui avait marqué les esprits
La tension autour du lieu ne date pas d’hier. En avril 2014, une cérémonie de baptême organisée dans l’église orthodoxe d’Al-Bassa avait dégénéré. Selon un article publié à l’époque par Haaretz, des habitants de Shlomi avaient tenté de perturber l’événement en circulant en voiture autour du site, en klaxonnant et en lançant des insultes à caractère religieux contre les participants. Une altercation avait éclaté. Une plainte avait été déposée auprès de la police par le photographe de la célébration dont le matériel avait été cassé.
L’incident avait révélé la sensibilité du dossier. Pour les descendants d’Al-Bassa, célébrer un baptême dans l’église de leurs ancêtres relevait d’un droit élémentaire. Pour certains résidents actuels, la présence de ces cérémonies était perçue comme une provocation dans un espace désormais intégré à la municipalité de Shlomi.
L’enjeu n’était pas une autorisation ponctuelle, mais la reconnaissance formelle du droit de célébrer le culte dans ces bâtiments inscrits au cadastre au nom des Églises. Les autorités locales avaient intégré le site dans un projet à vocation culturelle et touristique, sans mention explicite de son usage religieux. Pour les plaignants, cette omission revenait de fait à exclure la prière.

L’évêque melkite, Mgr Youssef Matta, a rappelé que son diocèse œuvre à la récupération des églises situées dans les villages détruits. Il cite l’exemple de Ma‘loul, où les célébrations ont repris il y a plusieurs années, ainsi que les démarches en cours pour Nahariya et Banias.
Le père Ihab Makhouli insiste sur la dimension spirituelle et identitaire : avant 1948, ces églises servaient environ cinq mille fidèles dans ce qui était l’un des centres culturels majeurs de la Galilée. « Notre demande est simple : nous permettre de prier. La prière est un acte de paix et une obligation religieuse », affirme-t-il, évoquant le commandement du Christ : « Priez les uns pour les autres. »
La mémoire des villages détruits
Les avocats d’organisations de défense des droits humains dénoncent une politique plus large touchant les villages détruits. Selon eux, il ne s’agit pas seulement d’urbanisme, mais d’un risque d’effacement de l’identité religieuse et historique. Ils soulignent que la mosquée du village, bien que restaurée, reste fermée aux fidèles.
Al-Bassa comptait environ quatre mille habitants en 1948. La majorité fut expulsée vers le Liban. D’autres se sont installés en Galilée, notamment à Kafr Yasif, Mazra‘a, Abu Snan, Mi‘ilya ou Haïfa. On estime aujourd’hui à environ cinq cents le nombre de descendants vivant en Israël.
En 1970, la plupart des maisons furent rasées. Restent la mosquée, les deux églises, le maqam du prophète al-Khadr, une maison paroissiale détruite en 2023, un ancien couvent protestant allemand, le cimetière chrétien et quelques bâtiments isolés.
⬇︎ Visite de Al Bassah – guide père Raed Abusahlia ⬇︎
Les églises sont enregistrées officiellement au cadastre : l’une au nom de l’éparchie melkite, l’autre au nom du patriarcat orthodoxe. Un projet municipal baptisé d’abord « Centre de la paix », puis rebaptisé « Shlomi ancienne », les avait classées comme « bâtiments patrimoniaux », sans mention de leur usage cultuel.
La décision du tribunal ne règle pas tous les aspects du litige. Mais elle marque une étape importante : la reconnaissance du droit de prier dans ces lieux. Pour les descendants d’Al-Bassa, il ne s’agit pas seulement d’un acte religieux. C’est une présence. Une mémoire. Une continuité.
Pour autant, et afin de ne pas envenimer la situation, les Eglises les premières pourraient désirer la discrétion. Elles pourraient envisager également de sécuriser le lieu largement délabré.




