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Des algues venues d’Egypte donnent soif à Jérusalem

Rédaction
5 septembre 2026
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Des réservoirs d'eau potable d'urgence sont installés près de la vieille ville de Jérusalem en raison des perturbations de l'approvisionnement en eau à l'échelle nationale, le 1er septembre 2026. © Chaim Goldberg/Flash90

Des microalgues venues d’Egypte ont obligé cinq des six usines israéliennes de dessalement à se mettre à l’arrêt, provoquant des restrictions d’eau et l’installation de citernes à Jérusalem. Panique en Israël, le dessalement ne résout donc pas tout ?


Voir apparaître des citernes d’eau potable à quelques pas de la porte de Damas à Jérusalem avait de quoi surprendre. Lundi 31 août, cinq des six usines israéliennes de dessalement ont été temporairement mises à l’arrêt. Du jamais-vu à cette échelle.

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En cause une forte turbidité[1] de l’eau de mer, vraisemblablement provoquée par des microalgues remontées du delta du Nil sous l’effet des vagues. Ces particules menaçaient les fibres très sensibles des systèmes de filtration. Seule l’usine de Hadera a continué à fonctionner normalement. Les installations de Sorek A et B, Palmachim, Ashkelon et Ashdod ont dû fermer, rouvrir brièvement, puis s’arrêter de nouveau.

L’incident touche au cœur du système israélien. Selon le Times of Israel, les usines de dessalement fournissent jusqu’à 80 % de l’eau potable du pays. Sur les 2,3 milliards de mètres cubes nécessaires chaque année, environ 800 millions proviennent du dessalement. Quelque 700 millions supplémentaires sont issus des eaux usées recyclées et des eaux saumâtres, principalement destinées à l’agriculture.

Cette dépendance est d’autant plus préoccupante que la production peine déjà à suivre la demande. Après deux années de précipitations inférieures à la moyenne, la croissance démographique et le changement climatique accentuent la pression sur les réserves. Plusieurs projets d’usines ont pris du retard en raison de la pandémie puis de la guerre, qui a mobilisé une partie des employés et éloigné les techniciens étrangers chargés de l’entretien. « Si les usines de dessalement fonctionnaient à pleine capacité, la situation serait bien meilleure », reconnaissait, quelques jours avant la crise, Yehezkel Lifshitz, directeur de l’Autorité de l’eau. Selon lui, Israël prévoit de doubler sa capacité de dessalement d’ici sept ou huit ans. Mais il faudra jusque-là réapprendre à économiser : une baisse de 5 % de la consommation annuelle des ménages représenterait, à elle seule, l’équivalent de la moitié de la production d’une usine de dessalement, rapporte All Israel News.

Des réservoirs d’eau potable d’urgence sont installés dans le quartier de Givat Shaul à Jérusalem en raison des perturbations de l’approvisionnement en eau à l’échelle nationale, le 1er septembre 2026. © Chaim Goldberg/Flash90

À Jérusalem, des réservoirs d’urgence ont été disposés dans le quartier de Musrara, près de la Vieille Ville, indique le Times of Israël sans préciser si de semblables dispositifs ont été mis en place dans d’autres villes, mais des baisses de pression et des coupures localisées ont été rapportées dans plusieurs régions. Les collectivités ont reçu l’ordre de limiter l’arrosage des parcs et jardins. Dans le Néguev, l’approvisionnement de certaines exploitations agricoles a été interrompu. Shai Swissa, propriétaire d’une ferme à Kadesh Barnea, a raconté à la télévision israélienne que des centaines d’animaux étaient restés sans eau : « Nous devons transporter l’eau destinée aux ouvriers dans les champs dans des sacs. »

Deux usines avaient pu reprendre leur activité le 2 septembre et l’eau était de nouveau fournie aux agriculteurs du sud, tandis qu’Ashkelon et Ashdod demeuraient à l’arrêt. Le ministre de l’Énergie, Eli Cohen, a promis que l’État assurerait « l’approvisionnement régulier en eau de tous les foyers du pays », qualifiant le phénomène d’extrêmement rare, « jamais observé au cours des vingt dernières années ».

Mais l’alerte a fissuré le sentiment de sécurité né des prouesses technologiques israéliennes. « Des décennies de dépendance au dessalement ont créé une fausse confiance », avertit Clive Lipchin, spécialiste de l’eau à l’Institut Arava, dans l’analyse publiée par le Times of Israel. Pour le professeur Dror Avisar, « le dessalement est censé compléter les ressources naturelles, pas les remplacer ».

Depuis, l’origine et la gestion de la crise ont soulevé d’autres questions. Selon Haaretz, les microalgues venues du delta du Nil auraient pu proliférer au contact des eaux usées rejetées en Méditerranée depuis Gaza, où les infrastructures d’assainissement ont été largement détruites ou mises hors service par la guerre. Le lien précis reste à établir, mais les scientifiques rappellent que les eaux d’égout apportent aux algues les nutriments qui favorisent leur développement.

Pour tenter d’enrayer cette prolifération, l’Autorité israélienne de l’eau a fait disperser par avion, au large d’Ashkelon, un mélange de produits algicides comprenant du sulfate de cuivre, à une concentration qui aurait atteint 27 fois la norme admise, selon une enquête de la chaîne israélienne 13 reprise par Haaretz. L’opération avait été autorisée par un comité interministériel, mais réalisée sans information préalable du public.

Le ministère de la Santé a recommandé, par précaution, une interdiction temporaire de la pêche dans la zone. En revanche, aucune interdiction de consommer l’eau du robinet ou le poisson n’a été prononcée. Les six usines avaient repris leur activité jeudi 3 septembre mais les autorités israéliennes essaient de calmer les plaintes des écologistes, des riverains et des consommateurs.


[1] État d’un liquide trouble. Teneur en matériaux en suspension.

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