Actualité et archéologie du Moyen-Orient et du monde de la Bible

L’eau miraculeuse de Saint Jean du Désert

Myriam Ambroselli
4 juin 2012
email whatsapp whatsapp facebook twitter version imprimable
L’eau miraculeuse de Saint Jean du Désert
Des pèlerins éthiopiens en prière. La grotte de saint Jean le Baptiste L’entrée vers la source, à flanc de colline © Eiatn Simanor/CTS

Bien que l’endroit soit retiré au milieu des collines de Judée, Saint Jean du désert est très fréquenté. Le sanctuaire jouit d’un emplacement stratégique : à 40 kilomètres de l’aéroport, une demi-heure de Bethléem, dix minutes d’Abu Gosh. Et pourtant, le sanctuaire est absent de la plupart des itinéraires tels qu’ils sont proposés par les agences de pèlerinages catholiques. Les pèlerins catholiques se « contentent » souvent de visiter les deux autres sanctuaires franciscains d’Aïn Karem : l’église de la naissance de saint Jean-Baptiste et celle de la Visitation. « Ils visitent souvent Bethléem le matin et Aïn Karem l’après-midi, constate le frère Sergio Olmedo le gardien franciscain. Saint Jean du Désert pourrait tout à fait être rajouté aux itinéraires après la visite de la Visitation ce même jour », ajoute-t-il fort de son expérience de guide.

Le mikvé de Saint jean du désert © MAB/CTS

À défaut de pèlerins catholiques, 80 % des pèlerins qui y passent sont issus des Églises orientales, « les visites sont continues tout le jour durant et souvent il y a déjà des visiteurs qui attendent à la porte avant l’ouverture », précise le franciscain. Parmi ces 80 % de visiteurs orthodoxes, les Russes arrivent en tête : ils viennent ici avant de monter à Jérusalem pour un bain rituel et pour une rénovation de leurs promesses baptismales. En effet, près de la grotte dite de saint Jean-Baptiste coule une source naturelle, pure, glacée mais bénie, selon la tradition locale, par la présence en ce lieu il y a plus de 2000 ans du Précurseur. La tradition raconte comment ce lieu constituait un mikvé (bain rituel) naturel. Encore aujourd’hui, l’eau de la source est d’une pureté exceptionnelle. De nombreux Chrétiens Orthodoxes commencent leur pèlerinage par un rite pénitentiel à cette source, avant de se rendre au monastère russe de Gorny situé à côté de l’église de la Visitation.

Icône de la vierge Marie assistant sa cousine Elisabeth à la naissance de Jean le Baptiste. ©MAB/CTS

Après les Russes, viennent les Éthiopiens, pour eux aussi l’eau est sainte. Elle aurait même des vertus curatives miraculeuses. Les Roumains et les Arméniens viennent ensuite en groupes nombreux et arrivent en troisième place. Enfin, viennent également des Israéliens laïques et d’autres promeneurs curieux, enchantés par la beauté du lieu et captivés par la grâce et le silence du sanctuaire. Des Arabes chrétiens viennent quelquefois, « surtout des familles, mais de manière plus sporadique » explique le père Sergio. « Nous avons aussi les scouts de Jérusalem qui nous visitent une fois par an pour nous aider à nettoyer le jardin ».

La grotte vénérée © MAB/CTS

Le 24 juin marque chaque année le point culminant de la vie du sanctuaire avec le pèlerinage officiel de la Custodie à l’occasion de la fête de la naissance de saint Jean-Baptiste. Les premières vêpres ont lieu le 23 au soir. Environ 200 personnes viennent ensuite le lendemain pour marcher en procession jusqu’à la grotte de saint Jean située à côté de la source, assister à la messe et prier dans ce lieu. Une foule considérable pour un sanctuaire dont la chapelle ne peut théoriquement accueillir que 55 personnes. Enfin, un large banquet est offert à l’issue de la journée.
Au moment de se quitter, le père Sergio nous invite à boire un café et continue à nous parler avec passion de sa pastorale, des projets de restauration de l’hôtellerie, ainsi que de la beauté unique du lieu. « L’eau surtout, insiste-t-il est d’une pureté rare. » « Parlant de l’eau sainte, mon père, avez-vous vu des miracles ? » Le père acquiesce. Il raconte comment, il y a une dizaine d’années, alors qu’il venait d’arriver dans le sanctuaire, une famille éthiopienne amenait tous les jours leur fille qui se trouvait dans un état végétatif suite à un virus inconnu et totalement incurable. Un prêtre les accompagnait et priait sur la jeune fille des prières d’exorcisme en la plongeant dans l’eau glacée. « Nous les avons vus pendant toute une période, puis soudain la famille a disparu. Deux mois plus tard, une voiture s’est arrêtée devant la porte du couvent, et une jeune fille, de toute beauté, en est sorti, des fleurs à la main. Nous nous sommes tout de suite reconnus… » raconte le père Sergio, très ému.♦

Dernière mise à jour: 04/01/2024 11:43

Marie-Armelle Beaulieu

Faire et défaire

Visite au Néguev
Texte: Pietro Kaswalder ofm Photo: Rosario Pierri ofm Studium Biblicum Franciscanum

Visite au Néguev

Dans notre imaginaire, le désert est un espace vide. Dans nos souvenirs de pèlerins, le ‘désert est chaud et beau. Les professeurs de l’école d’archéologie franciscaine, le Studium Biblicum Franciscanum, nous proposent de repartir au désert sur les traces des civilisations qui y ont vécu.

D’un alphabet à l’autre
Benjamin Huguet

D’un alphabet à l’autre

Depuis 1997, une équipe d’archéologues passe au peigne fin la totalité des inscriptions antiques «d’Alexandre à Mahomet», (300 av.J-C. 640 apr. J.-C.) gravées sur le territoire de l’actuel Israël. Un travail inédit par son ampleur et en ce qu’il inventorie également les inscriptions en langues autochtones, habituellement délaissées dans ce genre de corpus.

Iqrit, le village qui ne veut pas mourir
Fanny Houvenaeghel

Iqrit, le village qui ne veut pas mourir

La population arabe chrétienne a vécu la proclamation de l’État d’Israël, à l’instar de toute la population arabe comme un choc. En 1948, les chrétiens ont dû fuir leurs villages ou en ont été chassés. Jusqu’à aujourd’hui, même devenus israéliens, certains d’entre eux ne veulent pas oublier et demandent réparation.

Petit Kotel gros souci
Terresainte.net

Petit Kotel gros souci

La mairie de Jérusalem a aménagé l’endroit, la police protège les juifs qui se rendent dans ce recoin du quartier musulman, mais le Tribunal de Jérusalem interdit dorénavant qu’on y sonne le Shofar. Le petit Kotel peut accueillir la prière mais certaines provocations doivent cesser.

Les déplacés internes ne baissent pas les bras
Fanny Houvenaeghel

Les déplacés internes ne baissent pas les bras

300 000 arabes israéliens sont des «réfugiés internes», des personnes déplacées (et leurs descendants) dont les villages ont été détruits ou qui ne sont pas autorisées à revenir dans leurs maisons. On les appelle en anglais des ‘present absentees’, des absents présents. 64 ans après, ils espèrent encore recouvrer leurs droits au retour sur la terre de leurs ancêtres aujourd’hui en Israël

Archiprêtre Alexandre Winogradsky Patriarcat Grec-Orthodoxe de Jérusalem

La sainteté de nos mots

Si le Verbe s’est fait chair, combien la chair doit-elle veiller au Verbe, à la Parole, à ses paroles, à chacun de ses mots. Jérusalem résonne de toutes les langues du monde mais mesurent-elles le choix qui leur est offert de participer au Salut.

Frère Sergio : le franciscain, les diplomates, et le Bon Dieu
Myriam Ambroselli

Frère Sergio : le franciscain, les diplomates, et le Bon Dieu

La Custodie, avec le patriarcat latin, est très investie dans le champ de la pastorale auprès des communautés locales. Son internationalité a depuis toujours permis aux frères franciscains de se tourner vers la communauté des expatriés installés ici. Rencontre avec le frère Sergio, l’aumônier des diplomates hispanophones.

La Terre Sainte en fauteuil
Marie-Armelle Beaulieu

La Terre Sainte en fauteuil

Avec trois millions de touristes et pèlerins par an, la Vieille Ville de Jérusalem est blasée de pèlerinages. Jusqu’à ce que… Jusqu’à ce que vingt et un pèlerins en fauteuils roulants et près du double d’accompagnateurs viennent secouer sa torpeur et interroger sa foi.