Actualité et archéologie du Moyen-Orient et du monde de la Bible

Un Notre Père de plus au Carmel

Marie-Armelle Beaulieu
21 septembre 2010
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Eté 2010, le nombre de Notre Père dans les allées du Carmel du Pater s’élève à 163 mais comment se fait le choix des langues, qui décide et qui paie ?


C’est dans l’intimité que la céramique du 163e Notre Père a été inaugurée et bénie dans les jardins du Carmel du Pater sur le Mont des Oliviers à la fin de l’été. Il s’agit d’un Notre Père en langue Maya, langue parlée dans le sud du Mexique. Avant que ne soit dévoilée et bénie la plaque sur son emplacement définitif, la cérémonie commença­ dans la grotte même où l’on situe l’enseignement de cette prière à ses disciples par Jésus.

La bénédiction était présidée par le père José Colón Izquierdo, carme mexicain en résidence sur le Mont Carmel en Israël. À défaut d’une délégation venue du Mexique pour l’occasion, ce sont trois consacrées mexicaines, habitant Jérusalem, qui représentèrent leur pays et la famille Ponce Gene, généreuse donatrice. S’était jointe à la petite assemblée la sœur carmélite chargée de suivre ce « dossier » mais aussi une délégation du Consulat Général de France.

En effet, comme le montre le drapeau national qui flotte à la porte du jardin, l’Eléona est Domaine national français. Acheté en 1856 par la Princesse de la Tour d’Auvergne­, le domaine fut partagé en trois et une partie offerte à la France par la princesse elle-même en 1874. Les deux autres parties revinrent­ l’une aux Carmélites­ – sur laquelle elles bâtirent leur monastère – l’autre aux Pères Blancs qui y cultivent une splendide oliveraie.

Devint donc domaine national un grand périmètre dans lequel s’élève le cloître (dessiné par Viollet-le-Duc) et sous les voûtes duquel la princesse fit installer, en 1868, les 36 premières céramiques du Notre Père.

Si la langue Maya est la 163e, plusieurs autres attendent déjà de trouver une place. Ainsi à l’issue de la célébration le Consul Général adjoint, M. Olivier Plançon, et Madame Catherine­ Hyver, Consul adjoint et Chef de chancellerie parcourent-ils les allées pour trouver une place à la grande plaque en biélorusse. « Nous leur avions suggéré de porter leur choix sur une petite plaque, indique Monsieur Plançon­, mais ils ont insisté pour en avoir une grande. »

Si les demandes arrivent au Carmel, c’est en revanche la Chancellerie du Consulat Général qui prend la décision finale et s’assure de la bonne réalisation du projet. « Nous devons tout d’abord vérifier la traduction du texte et s’assurer qu’il s’agit bien d’un Notre Père, explique Catherine Hyver. Nous décidons aussi de la taille ». Un choix dorénavant dicté par l’espace restant. « Sauf à réaménager le domaine, poursuit Monsieur­ Plançon, dans l’immédiat nous allons devoir préférer les petites plaques. »

Un casse tête les Notre Père ?

Introduites ces dernières années, les plaques en braille sont-elles encore plus petites, mais leur placement n’en est pas moins compliqué­. Il faut qu’elles soient à hauteur d’hommes et autant que possible dans des endroits aisément accessibles à des personnes dont la mobilité peut être réduite par la déficience visuelle. Si l’écriture Braille est une, il n’en faut pas moins la traduire, ainsi ce sont déjà six langues qui ont été retranscrites pour les aveugles. Pour Jacqueline­ et Christine, bénévoles au magasin des sœurs carmélites, ce sont les seules qui manquent à la collection du magasin : les cartes postales en braille.

Quant aux demandes, elles continuent d’arriver au Carmel. Pour le braille, la plaque polonaise attend de trouver place, pour les autres langues « Il s’agit principalement de langues régionales, les langues les plus parlées ayant pour la plupart déjà trouvé place », commente le Consul Général adjoint. Les prochaines en lice sont outre le biélorusse, l’aragonais, le calabrais et l’ouzbek. Pourtant aux dires de Jacqueline et Christine : « Les pèlerins des Indes regrettent l’absence de l’Hindi. »

Conseiller pour les affaires religieuses du Consulat Général le père Jean Luc Eckert explique « Il ne revient ni au Consulat Général ni aux sœurs carmélites de faire installer telle ou telle langue. Les demandes arrivent de particuliers, ou de structures institutionnelles qui « offrent » la plaque. C’est le demandeur qui prend en charge le prix de réalisation et la pose. Le coût d’une plaque est donc celui du prix de revient. »

Cette générosité des pèlerins explique qu’on trouve deux Notre Père en coréen, l’un avec un C, l’autre avec un K, « l’un est catholique, l’autre est protestant » explique Madame Hyver qui ajoute « Nous avons 17 langues d’Indonésie. » Quand on sait que l’Indonésie compte jusqu’à 742 langues, certes éteintes ou en voie de disparition, il faudrait plus qu’un réaménagement du site !

Travaux à l’étude

Comme il faut aussi, ici ou là, quelques réfections. Ainsi le Notre Père en polonais a-t-il dû être déposé (en fait il est tombé tout seul), au grand dam des pèlerins de ce pays pour qui l’affiche en carton plastifié qui le remplace momentanément n’a pas d’allure. Mais, c’est qu’on ne restaure pas un cloître de Violet le Duc sans quelques précautions et investissements !

Bien que les sœurs carmélites ne fassent que d’exceptionnelles apparitions de ce côté de leur clôture monastique, elles sont très attachées à poursuivre ce « service » aux croyants et le Consulat Général est quant à lui très soucieux de continuer à conserver ce Domaine et respecter cette tradition d’accueil des touristes et pèlerins. Alors faudra-t-il un jour pousser les murs ? n

Dernière mise à jour: 21/11/2023 11:17

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