Après près d’un an et demi de travaux, le sanctuaire de l’Éléona et la grotte du Pater Noster, sur le mont des Oliviers, ont été officiellement rouverts le 1er juin lors d’une cérémonie présidée par le patriarche latin, le cardinal Pierbattista Pizzaballa. Une cinquantaine de personnes ont participé à cette célébration à l’invitation du Consulat Général de France à Jérusalem
La matinée a débuté par une célébration animée par le père Laurent Balas, des Missionnaires d’Afrique (Pères Blancs), auxquels est confiée la gestion du sanctuaire. Fait rare, les carmélites du Pater avaient quitté leur clôture toute proche pour s’associer à l’événement.
Selon la tradition chrétienne, c’est dans la grotte sous le parvis que Jésus enseigna à ses disciples la prière du Notre Père. Le site est devenu au fil des siècles l’un des hauts lieux de pèlerinage de Jérusalem. Depuis le XIXe siècle, il appartient à la France grâce au don effectué par la princesse de La Tour d’Auvergne.
Nous avons restauré un lieu saint, mais qui reconstruira la confiance entre des peuples qui, depuis des générations, se regardent avec peur ?
Cardinal Pizzaballa, patriarche latin de Jérusalem
Dans son message, le cardinal Pizzaballa a rappelé que la restauration d’un sanctuaire ne pouvait être séparée de la restauration des relations humaines.
« Nous ne sommes pas venus seulement bénir des pierres et des murs », a-t-il déclaré. « Nous sommes venus rappeler qui est la véritable maison de Dieu. »
S’appuyant sur la première lettre de saint Pierre, le patriarche latin a souligné que les croyants sont appelés à devenir eux-mêmes les « pierres vivantes » de l’Église. Le véritable sanctuaire n’est pas seulement celui que l’on restaure dans la pierre, mais celui qui se construit dans la communion, le pardon et la confiance.
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Dans une Terre Sainte marquée par la guerre et les divisions, son appel a pris une tonalité particulière. « Nous avons restauré un lieu saint, mais qui reconstruira la confiance entre des peuples qui, depuis des générations, se regardent avec peur ? » a-t-il demandé.
Évoquant les blessures du conflit, il a rappelé que « cette terre, baignée du sang de tant de fils — juifs, chrétiens et musulmans — crie vers le ciel ». Avant d’ajouter : « Une communauté qui ne pardonne pas est une Église en ruine, même si ses murs sont neufs. »
Pour le patriarche, le lieu où Jésus enseigna le Notre Père demeure un appel à devenir des « artisans de réconciliation », convaincus que « sans justice il n’y a pas de paix véritable, et sans pardon il n’y a pas d’avenir ».
Le Consul général de France à Jérusalem, Nicolas Kassianides, a salué l’aboutissement d’un chantier qu’il a qualifié de « travail collectif exemplaire » au service du patrimoine religieux de Jérusalem et de l’accueil des visiteurs.
Les travaux ont porté sur la création d’un nouveau parcours de visite, la pose d’un dallage reprenant le tracé de l’ancienne basilique byzantine ainsi que la restauration structurelle de la grotte du Pater Noster. Ils ont été réalisés sous la maîtrise d’œuvre de l’Agence Goutal, architecte en chef des Monuments historiques, et par l’entreprise française Mauge.



Le diplomate a insisté sur le choix de matériaux locaux, notamment la pierre de taille de Naplouse, ainsi que sur la mobilisation d’artisans de Jérusalem et de Palestine. Il a rendu hommage aux équipes palestiniennes qui ont travaillé sur le chantier « même en temps de guerre et de grande incertitude ».
L’ensemble du projet, financé par le ministère français de l’Europe et des Affaires étrangères, représente un investissement de plus de 4 millions de shekels 1,2 millions d’euro).
Au-delà de l’aspect patrimonial, Nicolas Kassianides a rappelé la signification particulière des Domaines nationaux français de Terre Sainte. « Ces lieux, confiés à la France par l’Histoire, constituent un patrimoine exceptionnel, à la fois spirituel, historique, culturel et diplomatique », a-t-il déclaré.
La France, a-t-il ajouté, entend poursuivre son engagement au service des communautés catholiques d’origine française et, plus largement, des Églises chrétiennes de Jérusalem.
Dans une ville où le patrimoine est souvent au cœur des tensions politiques et religieuses, le Consul général a vu dans cette restauration « un message de coopération, de patience et de travail en commun au service d’un bien que nous avons reçu et que nous devons transmettre aux générations futures ».
À l’ombre des quelque 200 plaques de céramique portant le Notre Père dans les langues du monde entier, la réouverture du sanctuaire de l’Éléona apparaît ainsi comme davantage qu’un simple chantier achevé. Pour les responsables religieux comme pour les autorités françaises, elle veut rappeler que les pierres restaurées n’ont de sens que si elles continuent à accueillir la prière, la rencontre et l’espérance.




