Actualité et archéologie du Moyen-Orient et du monde de la Bible

Les pierres chanteront

Propos recueillis par Louise Couturaud
30 juillet 2013
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Le riche et pittoresque passé d’Abou Gosh suffirait à rendre ce Domaine national célèbre. Mais depuis 35 ans, ce sont les communautés bénédictines à qui il a été confié qui donnent une âme à ces pierres. Rencontre avec Frère Louis Marie, prieur.


Frère Louis-Marie, pouvez-nous présenter en quelques mots la communauté d’Abou Gosh ?
Fille de la communauté du Bec-Hellouin, elle-même rattachée à l’ordre bénédictin et à l’une de ses réformes appelée congrégation du Mont Olivet, elle a deux caractéristiques. La première est la présence de deux communautés, féminine et masculine, qui vivent côte à côte, et chantent ensemble la louange divine. Cette cœxistence rappelle l’altérité fondamentale de la création : “homme et femme il les créa”. C’est assez inédit dans les communautés religieuses. La configuration des bâtiments ici se prête parfaitement à cette vie. D’un côté comme de l’autre de l’église, deux bâtiments permettent d’accueillir les 12 moniales et les 10 moines.
La seconde caractéristique touche à notre vocation ici. Depuis maintenant 35 ans la communauté, intégrée dans la vie de l’Église locale, se veut une présence amicale, cordiale au peuple d’Israël en premier lieu, et à tous les habitants de ce pays.

Quelles sont vos relations avec la République française pour la gestion du domaine ?
En tant que propriétaire, la République française est responsable du clos et du couvert (toitures, fermetures…), c’est le principe de base. Sa responsabilité est de pourvoir au financement de tous les grands travaux, comme la restauration des fresques de l’église. La communauté réalise aussi des investissements : tout le sol de l’église a été refait grâce à un mécénat privé.
La gestion quotidienne, accueil des pèlerins, entretien, toilettes, etc. est à la charge de la communauté et se fait en concertation avec le Consulat général ; cette collaboration a toujours été excellente.

Le fait que vous soyez un Domaine national change-t-il quelque chose vis-à-vis de l’accueil des pèlerins ?
De nombreux pèlerins disent en arrivant : “On est en France ici !”. Ce qui n’est pas tout à fait exact puisque la propriété n’a pas le statut d’extraterritorialité. Elle n’est que propriété de la République.
En ce qui concerne l’accueil des pèlerins, ce qui fait la différence c’est que la communauté soit française. Beaucoup de groupes de pèlerins français passent ici et de plus en plus d’Italiens, Espagnols, Anglo-saxons… Notamment depuis que l’Emmaüs “concurrent”, celui des franciscains à Qubeibeh est moins facilement accessible à cause du Mur. Des groupes français vont aussi à Emmaüs-Nicopolis, l’autre Emmaüs “concurrent”, plus ancien, certes, mais moins beau ! De l’église n’ont été conservées que des ruines ! (Frère Louis-Marie s’illumine d’un grand sourire taquin).
Nous avons aussi des visiteurs juifs ou arabes. Dans tous les cas et s’agissant de l’accueil, nous n’avons aucune consigne, aucun devoir de réserve ou de neutralité de la part du Gouvernement français : ce que nous faisons ici n’engage que nous et notre seule responsabilité. Nous le faisons toujours dans un esprit de découverte bienveillante de l’autre, pour essayer de faire tomber les clichés, les méconnaissances et les peurs. L’amitié est toujours possible dans le respect d’autrui.
Nous accueillons aussi des soldats de Tsahal. Cela fait partie de la dimension d’ouverture pour faire découvrir au monde israélien le monde chrétien, et cela d’une manière positive.
Notre travail est assez modeste, mais certains d’entre eux reviennent. Ils ont trouvé un lieu beau, accueillant, qu’ils sont contents de faire découvrir. Ils repartent avec l’idée que finalement, le monde chrétien n’est pas “si inaccessible, si dangereux que ça” (1).

Quand la messe consulaire est-elle célébrée à Abou Gosh ?
Elle était fixée au 2 décembre, non pas pour commémorer Austerlitz, ou le coup d’État (NDLR : le coup d’État de Louis-Napoléon Bonaparte) mais pour l’anniversaire de la dédicace de l’église en 1907. Mais nous l’avons déplacée au premier dimanche de l’Avent qui par définition ne tombe pas en semaine.

La France est protectrice des chrétiens en Terre Sainte. Le ressent-on à Abou-Gosh ?
On ressent un attachement de la France et des Français pour la Terre Sainte, c’est certain. Au Consulat général, tous les chefs de poste prennent conscience que c’est une dimension importante de leur mission et tout est fait pour que les services du consulat soient attentifs à la vie des communautés religieuses.
“Ils célébreront les offices religieux avec toute la solennité requise, pour la prospérité de la France et de l’Église.” Reconnaissez-vous cette phrase ?
Elle est dans le contrat de 1901 ! C’est cocasse, elle est écrite en pleine querelle de séparation de l’Église et de l’État : la République reconnaît la dimension d’intercession des moines ! Il est intéressant de voir que, dans ce contexte de vraie guerre civile entre croyants et non-croyants, la République française signe un tel contrat. Comme le disait Aristide Briand, “l’anticléricalisme n’est pas un article d’exportation”. Il faut se replacer dans le contexte du début du XXe siècle. La société est encore très marquée par la dimension religieuse. On fait obligation à la congrégation de ne pas oublier la France, à travers l’une de ses vocations essentielles : le chant de l’office divin.
Je ne crois pas que dans le nouveau contrat on ait cette clause. Ce qui ne signifie pas que cette dimension nous échappe ni que nous ne mettions pas de solennité aux offices !


Les Amis d’Abu-Gosh

Il existe une Association des Amis de l’Abbaye d’Abu-Gosh, fondée en octobre 1991 pour soutenir, dans sa mission de présence et d’animation, la communauté bénédictine qui occupe ce domaine national français depuis 1976, et pour lui apporter une aide matérielle.
Son but est aussi de contribuer à la mise en valeur du domaine et de soutenir l’action de l’État français pour maintenir un patrimoine historique exceptionnel. Pour en savoir plus n’hésitez pas à visiter le site Internet de la communauté : www.abbaye-abugosh.info


Une nouvelle prieure chez les sœurs

Une nouvelle prieure a été élue pour la communauté des sœurs de l’abbaye bénédictine d’Abu Gosh. Mère Marie-Baptiste Rémy, a été élue et installée dans sa charge dimanche 21 avril 2013. Mère Ignace Marie Doria, atteinte par la limite d’âge, ayant remis sa charge selon les Constitutions de la communauté.


 

(1). Voir La Terre Sainte, Le moine et les soldats, janvier février 2012, page 22.

 

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