Actualité et archéologie du Moyen-Orient et du monde de la Bible

Le judaïsme au féminin

Eliora Mischler
30 juillet 2013
email whatsapp whatsapp facebook twitter version imprimable

À la lecture de l’article paru dans le numéro de mai-juin 2013 de Terre Sainte Magazine, intitulé : “Ces femmes qui veulent prier comme les hommes”, Eliora Mischler s’exclama “c’est une vision très masculine”. C’est pourquoi nous avons laissé à cette jeune femme juive résidant en Israël le soin d’écrire un dossier sur “le judaïsme au féminin”. Pour Terre Sainte Magazine, Eliora est allée à la rencontre de quatre femmes issues de quatre courants différents du judaïsme.


En effet, tout comme au temps du second Temple, l’époque de Jésus, où les juifs pharisiens côtoyaient les juifs sadducéens, esséniens et zélotes, en 2013 le judaïsme est traversé de plusieurs courants. De nos jours, les quatre principaux mouvements dans le judaïsme à savoir les ultra-orthodoxes, moderne orthodoxes, masssorti et libéraux sont les héritiers du judaïsme pharisien. Il existe à l’intérieur de chaque mouvement d’autres ramifications : on trouvera alors des harédim (craignant Dieu), des sionistes religieux, des conservadoxes et des néo-libéraux caractérisés par des différences de pratiques, des tendances politiques et surtout des opinions de chacun sur l’autre, tout ceci rendant les discussions des repas de shabbat très mouvementées, nous assure Eliora.

La controverse des femmes

Ainsi donc, tous les mois, depuis 24 ans les “femmes du Mur” (nashot hakotel en hébreu) viennent prier devant le mur Occidental, vestige du second Temple à Jérusalem, en revêtant le châle de prière (talith), les phylactères (tefillins) et la calotte (kippa) réservés exclusivement aux hommes dans les milieux ultra-orthodoxe et moderne orthodoxe. Elles lisent à voix haute dans le rouleau de la Torah et prient ensemble les mêmes textes, à la virgule près, que les hommes situés de l’autre côté de la barrière qui séparent les sexes.
Cet acte donne lieu à des réactions passionnées voire virulentes au sein des quatre grands courants du judaïsme. Réactions qui opposent à la fois les hommes et les femmes et les femmes entre elles. Quatre femmes juives issues du milieu “ultra-orthodoxe”, “moderne orthodoxe”, “massorti” et “libéral” partagent chacune leur vision et leurs sentiments face à ces démonstrations que certains appellent “féministe”, d’autres “humaniste” et que certains qualifient de “provocation”.
Le but étant de présenter la façon dont les différentes mouvances à l’intérieur même du judaïsme interprètent le rôle de la femme à partir de la Genèse et donnent – en réaction ou non aux 613 commandements – une place toute particulière à la femme juive.
C’est Eliora également qui nous présente succinctement les courants en question et nous rappelle brièvement le rapport que les femmes sont supposées entretenir avec les commandements de la loi juive.


D.ieu, erreur de frappe ?

Dans la tradition juive, le nom par lequel le Seigneur se fait connaître à Moïse au Buisson ardent (Ex 3,13-15) YHWH ne doit pas être prononcé. Le tétragramme YHWH est remplacé, quand on le rencontre lors de la lecture, par le terme Adonaï (mon maître). Par extension certains juifs ne veulent même pas écrire le mot D.ieu. Nous avons maintenu la graphie par respect pour l’auteur du dossier et des personnes rencontrées.


Le judaïsme ultra-orthodoxe

Le judaïsme ultra-orthodoxe descend directement du judaïsme pharisien : il croit en la révélation divine de la Bible et de la Loi orale qui a autant d’importance, voire plus, que la Bible. Il prône l’étude assidue de la Torah et peu de contact avec le monde extérieur. Son nom lui a été donné par les juifs libéraux vers 1840 en Allemagne sous l’influence des Lumières et de la philosophie hégélienne.


Le judaïsme moderne-orthodoxe

Le judaïsme moderne-orthodoxe est né dans les années 1880 avec l’émancipation des juifs d’Europe accédant à la nationalité et aussi aux études dites séculières. Attaché à la Loi écrite et orale, il est aussi ouvert aux nouvelles pensées et découvertes scientifiques, idéologiques. Le Rabbin Itzhak ha Cohen Kook (1864-1935) a eu un impact important dans la conception de ce judaïsme religieux sioniste.


Le judaïsme massorti

Le judaïsme massorti, de la racine hébraïque MSR, qui signifie à la fois tradition et transmission, et appelé Conservative Judaism aux États-Unis, apparaît en 1902 en réaction au judaïsme libéral sous l’impulsion du Rabbin Salomon Schechter. Il vise à garder les valeurs et les commandements de la Loi écrite et orale tout en les adaptant à la vie des juifs modernes.


Le judaïsme libéral

Le judaïsme libéral est né en 1840 en Allemagne sous l’influence des Lumières et de la philosophie hégélienne. Les juifs libéraux ne croient pas que la Bible ait été donnée au peuple juif par D.ieu mais que les ancêtres juifs voulaient connaitre l’essence de D.ieu et que tous ces textes sont l’héritage de sagesse qu’ils ont légué. Chaque génération a la possibilité de comprendre et de décider ce qu’est être juif et de vivre à l’image de D.ieu. Les commandements divins n’ont pas de valeur obligatoire et les lois orale et écrite peuvent être modifiées voire abrogées, la prière se fait en langue vernaculaire et non plus en hébreu et en araméen.


 

 

La femme et les commandements de la loi juive

La loi juive est constituée de 613 commandements donnés par D.ieu à Moïse sur le mont Sinaï. Même si en pratique aucune liste définitive des 613 lois n’a pu être établie, ceux-ci se subdivisent en 365 commandements négatifs comme “Tu ne tueras point” et applicables à l’homme comme à la femme et 248 commandements positifs qui sont accompagnés d’une spécificité temporelle et applicables aux seuls hommes.
Ainsi de la prière du matin : comme elle doit être récitée dans les quatre premières heures de la journée, la femme -potentiellement accaparée par les tâches domestiques- n’est pas tenue de la dire. En revanche elle devra prier une fois par jour à sa convenance.
Cependant, les commandements positifs sans restriction de temps comme par exemple : “Aime ton prochain comme toi-même”
(Lv 19,18) s’appliquent autant à l’homme qu’à la femme.
Parmi les 613 commandements, seuls
77 commandements négatifs et 194 commandements positifs peuvent être effectivement observés de nos jours. Les autres sont spécifiques au service du Temple de Jérusalem mais sa destruction en l’an 70 de notre ère les a rendu caduques. Enfin, la femme, tout comme l’homme, a des commandements qui lui sont spécifiques à savoir :
1. le prélèvement rituel d’un morceau de la pâte à pain qu’elle prépare tous les shabbats et pour les jours de fêtes de Souccot (fête des tentes) et Shavouot (fête des semaines ou Pentecôte),
2. les lois de pureté familiale. La femme est considérée comme “impure” pendant ses menstruations et est de nouveau permise à son mari après 12 jours et un bain rituel de purification,
3. l’allumage des bougies de shabbat le vendredi soir et les jours de fêtes.

Sur le même sujet