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Pourquoi les actes antichrétiens sont-ils en augmentation en Israël ?

Marie Armelle Beaulieu
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Les digues sautent - L’attaque dont a été victime Sr Marie-Reine a été un choc pour tous ceux qui constatent atterrés que toutes les digues semblent sauter dans une partie de la société israélienne. ©M.R

Pendant des années les chrétiens visés feignaient de ne pas les voir. On n’y croyait à peine. On recevait ce que l’antisémitisme avait mérité. On tendait l’autre joue.
Mais de nos jours les actes antichrétiens augmentent non seulement en nombre mais aussi en violence.
Entre anciens et nouveaux facteurs, trouver les racines du mal permettra-t-il de l’endiguer ?


“Je ne l’ai pas vu venir. J’ai juste senti, dans mon dos, deux mains me pousser violemment. L’instant d’après, ma tête heurtait la pierre. Je suis restée au sol, à peine consciente, avec une vive douleur. En rouvrant les yeux, j’ai aperçu un homme qui s’approchait. Il m’a frappé en criant quelque chose en hébreu. À cet instant, j’ai cru qu’il allait me tuer. Un autre se tenait là sans rien faire. […] Il semble que j’ai été agressée par cet inconnu pour la seule raison que j’étais chrétienne.”

Trois mois après, la lecture de ces mots écrits par Sr Marie Reine, vierge consacrée du diocèse de Jérusalem, font encore froid dans le dos.

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“Ainsi, dans ce pays où un juif religieux n’a pas le droit de serrer la main à une femme pour lui dire bonjour, un autre juif religieux s’est servi de ses deux mains pour en pousser une religieuse, dans le dos, et la jeter à terre ?”
Le père Nikodemus Schnabel ne parle pas sous le coup de la colère mais de la tristesse.
Abbé du monastère bénédictin de la Dormition, lui, ses frères, les murs de l’abbaye sont coutumiers des actes antichrétiens. “Quand j’étais jeune moine, explique-t-il, des ados juifs crachaient devant nous de nuit, quand il faisait sombre et qu’il n’y avait pas de témoins. Aujourd’hui, cela se produit en plein jour.”
Après l’agression particulièrement violente de Sr Marie Reine et les images d’un soldat israélien au sud-Liban s’attaquant à coups de massue au visage du Christ d’un calvaire, les réactions ont été nombreuses en Israël pour s’indigner.

Inquiétante accélération

Dans le même temps, l’accélération des faits se poursuit. Le rapport trimestriel du Religious Freedom Data Center (RFDC) – Centre de données sur la liberté religieuse – publié début juillet ne montre pas d’inflexion. Au contraire. Entre avril et juin 2026, l’organisme a documenté 76 incidents, représentant
83 actes de harcèlement, soit presque un événement par jour. Contre 155 en 2025, 111 en 2024 et 90 en 2023 (Lire encadré ci-dessous).

Précision – Signalements des actes et effet grossissant

C’est en 2023 que le Religious Freedom Data Center (RFDC) a commencé à comptabiliser les incidents.
Il a fallu un certain temps pour que les chrétiens soient informés de son existence et prennent conscience de l’impact que ces mesures pourraient avoir.
Le chiffre va-t-il se stabiliser ? Après combien de temps ?
Diminuera-t-il au bout d’un certain temps et sous quels effets ? La lassitude des plaignants ? la baisse des actes ?
Les chiffres sont donc à manipuler avec prudence et circonspection.

Les chercheurs qui travaillent sur le sujet mettent en garde contre les explications simplistes. Aucun texte rabbinique, aucun parti politique, aucun rabbin particulier ne permet à lui seul d’expliquer pourquoi un jeune homme décide un jour de cracher sur un prêtre ou d’agresser une religieuse.

Une donnée est peu prise en compte quand il s’agit des juifs résidant en Israël. Selon le rapport annuel 2025 publié par le Bureau central des statistiques israélien, 76,4 % des juifs d’Israël sont nés en Israël. Et cela change tout, surtout chez les plus jeunes. Ils sont nés juifs dans un État juif pour les juifs et éduqués pour revendiquer cette identité. Ils ne connaissent pas les ponts de l’Ascension ou du 15 août, décembre n’est pas synonyme de Noël mais de Hanouka qui commémore la victoire de la transmission du judaïsme contre une tentative d’acculturation forcée.

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En conséquence, ils ignorent le christianisme. Et quand dans leur cours d’histoire du judaïsme ils l’ont croisé, ce n’est pas pour apprendre à l’aimer. Quand les juifs rencontrent les chrétiens à l’époque byzantine, ils se font massacrer. Quand ils les rencontrent pendant les croisades, ils se font massacrer. Quand ils vivent en Europe, l’Inquisition les massacre, les pogroms les massacrent. Et finalement l’Holocauste perpétré dans des pays de chrétienté fait 6 millions de morts. Autant dire que les jeunes juifs israéliens sont peu enclins à aimer le christianisme et les chrétiens.

L’autre visage – Désireuses de se rendre au Cénacle, les Bénédictines du Mont des Oliviers ont demandé au Religious Freedom Data Center à être escortées par des volontaires, revêtus dans leur mission de gilets jaunes. ©Alon Baskind.
 

Des universitaires, des responsables religieux, des bénévoles et des responsables politiques israéliens tentent de comprendre ce qui se joue derrière cette augmentation des actes antichrétiens. Ainsi, début juin, se tenait à l’Université hébraïque un séminaire intitulé “Juifs face aux chrétiens et au christianisme : entre la pensée et l’action, entre l’inimitié et la fraternité.” Plusieurs intervenants ont tenté de montrer – sans les justifier – les mécanismes qui permettent ces violences.

Distinction – Actes antichrétiens et actes touchant des chrétiens

Tous les actes qui touchent des chrétiens ne sont pas antichrétiens. Les attaques répétées et elles aussi en dangereuse augmentation autour du village de Taybeh, mais aussi Aïn Arik, Birzeit, Beit Jala, Beit Sahour n’entrent pas dans le champ des actes antichrétiens. Les colons qui perpétuent ces attaques le font parce que ce sont des Palestiniens qui sont installés sur ces terres. Ils espèrent que leur harcèlement forcera leur émigration.

Les chrétiens sont des Palestiniens comme les autres.

D’après le rabbin ultra-orthodoxe Benyamin Klugger, volontaire au RFDC, l’éducation dans les milieux juifs orthodoxes concourt à faire des chrétiens l’ennemi.
Dans ces milieux, personne n’entend parler de Nostra Ætate et du changement de paradigme qu’a opéré l’Église dans son approche des juifs et du judaïsme. Et quand bien même, 60 ans de changement en regard à 2000 ans d’antisémitisme chrétien les invitent plutôt à la prudence.

Le père Olivier Catel, de l’École biblique, revint sur la question théologique centrale de l’“avodah zarah” (culte étranger ou idolâtrie), qui fait l’objet d’un traité du Talmud. Selon lui, tant qu’une partie importante du monde religieux juif considérera le christianisme comme une religion étrangère ou impure, les relations resteront difficiles. Il rappela que l’insulte la plus fréquente adressée aux religieux chrétiens est précisément : “impur”.
À ces perceptions ontologiques et religieuses vient s’ajouter le climat politique. Yisca Harani, fondatrice du RFDC, parla d’une détérioration continue depuis une vingtaine d’années avec la montée d’une droite religieuse, nationaliste et fondamentaliste. Selon elle, le passage s’est fait d’une simple négligence envers les minorités à des politiques plus dures et plus exclusives.

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Le rôle du politique

L’arrivée fin 2022 d’un gouvernement comptant six ministres d’extrême droite ouvertement suprémacistes lui fait envisager une dialectique de domination dans laquelle une majorité humilie une minorité pour affirmer sa supériorité.

Karma Ben Johanan de l’Université hébraïque souligna qu’“il est impossible de séparer cette réalité du contexte plus large : le 7-Octobre, Gaza, les fractures qui traversent la société juive israélienne, l’effacement progressif de toute perspective de paix israélo-palestinienne ou encore l’intensification de certaines rivalités théologiques.”
Yisca Harani estime même que le 7-Octobre a renforcé le sentiment dans certains milieux nationalistes religieux – et pas seulement d’après Terre Sainte Magazine – que “le monde entier est contre nous”.
Cette perception favorise un comportement plus agressif envers ceux qui sont perçus pour représenter ce monde hostile, et empêcheur de faire la guerre en rond.

Les actes antichrétiens ne sont donc pas attribuables à une seule cause mais à la combinaison de plusieurs facteurs : ignorance du christianisme, mémoire historique douloureuse, durcissement du nationalisme religieux, sentiment de souveraineté exclusive, traumatisme du 7-Octobre et banalisation générale de la violence.
Quant aux solutions envisagées pour les endiguer : l’éducation, la rencontre, le dialogue théologique, l’application de la loi et la mobilisation de la société civile israélienne, elles sont aujourd’hui sapées par les idéologies politiques au pouvoir.

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Reste que dans la société civile, des Israéliens refusent la fatalité. Individuellement ou ensemble, ils œuvrent pour faire découvrir le christianisme comme partie intégrante de l’histoire de cette terre, de la société israélienne, comme faisant davantage partie de la solution que du problème de l’antisémitisme.
Autour de Yisca Harani, une centaine de bénévoles œuvrent pour accompagner des chrétiens dans leurs déplacements en Vieille ville, et en cas de souci les accompagner au poste de police, servir d’interprètes, suivre le dossier.

D’autres associations mobilisent des personnes de bonne volonté comme le Rossing Center pour l’éducation et le dialogue, l’Israel Religious action Center qui fournit une assistance juridique pro bono, le Jewish People Policy Institute qui apporte un soutien institutionnel et une expertise sur les politiques publiques, mais aussi Jerusalem Intercultural Center, qui favorise les relations entre les différentes communautés de Jérusalem, ou Tag Meir, un collectif juif engagé contre les crimes de haine et pour la solidarité inter‑
religieuse.

Autant d’acteurs et d’associations qui œuvrent sans ignorer que les vents religieux et politiques sont contraires. Il convient d’autant plus de les saluer et d’y croire avec eux.

Dernière mise à jour: 13/07/2026 14:05

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