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Actualité et archéologie du Moyen-Orient et du monde de la Bible

Un petit coup de parapluie contre un coin de paradis

Terre Sainte 1921
20 janvier 2011
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Dans le numéro où les Franciscains donnaient le détail des fouilles, ils annoncent aussi, quelques pages plus loin, la construction  prochaine d’une basilique. Mais les fouilles et les préparatifs de la construction rendent nerveux leurs voisins grecs et arméniens.

Nos bienfaiteurs et tous ceux qui s’intéressent aux Sanctuaires de Terre Sainte, apprendront avec plaisir la réédification prochaine de l’ancienne église élevée dès le IVe siècle sur le lieu de la dernière Prière et de la sanglante Agonie du Christ avant sa Passion, et détruite par les Perses en 614.

En 1919, le cardinal Giustini, le si aimable et si regretté protecteur de notre Ordre, était venu en Terre Sainte, envoyé par le Souverain Pontife pour présider en son nom les fêtes du VIIe Centenaire de la venue du Séraphique Père S. François à Jérusalem. Le 7 octobre, S. Em. bénit solennellement la première pierre de la nouvelle église en présence des autorités, des consuls de France, d’Italie et d’Espagne, des représentants des communautés religieuses de la ville et d’une foule nombreuse et recueillie.

Pour déblayer entièrement l’aire de l’ancienne église, il fallait transporter un tronçon de colonne encastrée dans le mur d’enceinte et qui indiquait l’endroit où, selon la tradition, avait eu lieu l’Agonie du Sauveur. Bien quelle fût dans leur propriété, les Franciscains avaient laissé cette colonne dans la partie extérieure du mur afin d’en faciliter l’accès aux fidèles. Mais précisément à cause de cet accès, les Grecs prétendaient avoir des droits sur elle. Comme il s’agissait d’une chose de peu d’importance et surtout pour leur enlever tout prétexte de prétendre des droits sur la future église, on en arriva à une composition amicale. Le 7 janvier, la colonne fut transportée à environ 14 mètres de là.

Procédures administratives

Toute bonne œuvre doit être contrariée ! Au mois de mai 1920, l’autorité civile fit suspendre les travaux : la commission Pro-Palestina craignait que la nouvelle église n’enlevât à la vallée de Josaphat et à la ville leur aspect propre, comme si la cité sainte devait être considérée comme n’importe quelle ville antique. Jérusalem est une ville unique, une ville sainte au caractère de laquelle un édifice sacré ne peut rien enlever, précisément ce que l’architecte, M. Barluzzi, a eu dans la pensée en faisant le dessin d’une église dont le style s’harmonise aussi bien que possible avec les sites environnants.

Les pourparlers entre le gouvernement et la Custodie furent longs ; enfin, le 25 juillet, le Haut-commissaire, Sir Herbert Samuel, permit de continuer les fondations, mais avec la déclaration expresse qu’il ne s’engageait nullement à permettre la construction.

Au mois d’août une heureuse découverte vint de nouveau suspendre l’entreprise : on mit au jour les vestiges de la primitive église construite au IVe siècle et détruite par les Perses en 614. On la déblaya jusqu’au mur d’enceinte sous lequel se trouvait l’abside principale. Le 29 septembre, la Commission archéologique donna la permission de continuer les fouilles au delà du mur et le lendemain une partie de ce mur fut abattue. Les Franciscains étaient toujours sur leur terrain où personne n’avait rien à dire. Mais les grecs ne l’entendaient pas ainsi. Le 1er octobre au matin, un sacristain arménien se présente et ordonne au contre-maître, Abdallah Sciatara, de cesser le travail ; comme celui-ci s’y refusait, il lui donna un coup de poing dans la poitrine et un coup de parapluie sur la tête en poussant en même temps des cris désespérés comme si lui-même eût été attaqué. A ce signal, une vingtaine de moines accourent bien armés et accompagnés d’un agent de police qui enjoint la cessation des travaux.

Averties de cette agression, l’Autorité et la commission d’Archéologie firent suspendre le travail provisoirement et les moines, dont le nombre augmentait toujours, veillaient à l’exécution de cet ordre. Ils se croyaient sans doute encore au temps des Turcs. La question dura un mois et demi. Enfin, le 15 novembre, le gouvernement et la commission archéologique donnèrent la permission de reprendre les travaux. Le lendemain on commença par construire une séparation en bois et en tôles. Un agent de police était sur place pour faire respecter la liberté du travail. Mais les Grecs ne se résignèrent pas si facilement. Le jour suivant, dès 7 heures du matin ; ils accourent en nombre, renversent la faible barrière et empêchent les travaux. Cette fois-ci, ils avaient compté sans l’énergie du gouverneur de la ville, M. H. Luke qui vint lui-même constater les dégâts, en reprit les auteurs et leur défendit d’empêcher dorénavant les travaux.

Depuis tout a bien marché. Nous avons achevé le déblaiement, et désormais tout est disposé pour la reconstruction, dès que nous aurons la permission du gouvernement. Déjà la Commission archéologique a donné son avis favorable, mais toutes les difficultés ne sont pas encore surmontées. Que les personnes pieuses qui s’intéressent à cette œuvre prient avec ferveur afin que, dès que la période des pluies sera terminée et que commencera la belle saison, nous puissions enfin reprendre les travaux de restauration du Sanctuaire et les continuer sans obstacles jusqu’à la fin, pour la gloire de Dieu. 


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