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Actualité et archéologie du Moyen-Orient et du monde de la Bible

La recherche archéologique au service du Jésus de l’Histoire

Frédéric Manns, ofm
22 septembre 2017
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La publication des découvertes sur le site de Magdala fait avancer la connaissance de Jésus dans son contexte historique, sa personnalité de juif et les débuts de sa prédication.


Chaque année des congrès sur le Jésus de l’Histoire rassemblent des exégètes du monde entier. Les historiens distinguent trois étapes dans la redécouverte de Jésus de Nazareth. Dans un premier temps les chercheurs insistaient sur la distance qui séparait la prédication de Jésus et l’enseignement des apôtres. L’enseignement de Jésus était somme toute en harmonie avec le judaïsme (H. S. Reimarus 1694-1768). Le rabbi de Nazareth ne voulait pas fonder une religion nouvelle, mais il annonçait la venue du royaume messianique terrestre, c’est-à-dire la libération d’Israël du joug des Romains.

Dans un deuxième temps, les historiens prirent conscience des tensions perceptibles entre le message de Jésus et les concepts fondamentaux du judaïsme. Ils relevaient les frictions avec les cercles dirigeants du peuple qui en résultaient. Plus que des simples tensions, un potentiel de rupture se dessinait. L’hostilité manifeste des dirigeants juifs, qui les a conduits à solliciter des Romains l’élimination de Jésus, était suscitée non seulement par les critiques du prophète galiléen à l’égard du Temple, mais aussi par son attitude peu respectueuse de la Torah et par une ouverture exagérée aux pécheurs.

Dans un troisième moment les chercheurs opérèrent un changement notoire. À l’extrême, présenter un Jésus non-juif devint l’expression d’une ignorance crasse. En tout cas, ils n’abordèrent plus la question en termes d’extériorité : Jésus et le judaïsme. L’insertion de Jésus dans le judaïsme de son temps fut acceptée. Une des raisons déterminantes de ce changement d’optique paraît être un renouvellement profond, justifié par une documentation améliorée de la connaissance du judaïsme, en particulier grâce aux manuscrits de la mer Morte. Faut-il parler “des” judaïsmes ? Certains n’hésitent pas à le faire et pointent ainsi une difficulté considérable, mise en relief par la discussion récente à propos du judaïsme commun. On doit admettre malgré tout dans le judaïsme un certain consensus sur les points centraux tels que la Torah, le Temple et l’idée de Dieu.

L’archéologie  à la rescousse

Récemment E. Baasland a proposé une nouvelle approche du problème du Jésus historique. Après l’impasse de la troisième étape de la recherche il est temps de passer à la quatrième étape. Les tenants de la troisième étape de la recherche qui avaient intégré la littérature apocryphe chrétienne dans les sources, présentaient Jésus soit comme un maître de sagesse cynique, voire un paysan galiléen animant la rébellion des pauvres contre l’hellénisation d’Israël (Crossan, Ben Witherington), soit comme un juif marginalisé (Meier, Vermès), soit comme un Galiléen (Freyne), soit comme un prédicateur de la restauration d’Israël (Sanders, Fredrichsen), voire un charismatique itinérant (M. Borg) ou un militant du changement social (G. Theisen). Pour éviter ce relativisme il faudrait partir d’une définition de l’Histoire universellement acceptée. Un travail d’histoire sur Jésus devrait pouvoir recevoir l’assentiment de tout historien, confessionnel ou non, athée ou réfractaire au fait religieux. Pour cela l’archéologie et l’anthropologie devraient recevoir droit de cité en exégèse.

De fait l’archéologie a révélé beaucoup d’éléments nouveaux en Galilée. Puisque c’est en Galilée que Jésus a commencé son annonce du Royaume, il convient d’approfondir les connaissances de cette région. Ce sont les dernières fouilles archéologiques de Magdala que nous voudrions illustrer, car elles permettent de recréer le contexte authentique des Évangiles.

Des recherches archéologiques avaient été entreprises par des franciscains sur le site de Magdala entre 1971 et 1975. Les Pères Corbo et Loffreda du Studium Biblicum avaient mis au jour des bâtiments publics datant des époques romaine et byzantine. Ces fouilles ont été illustrées bien des fois dans le passé. Lors de fouilles ultérieures, Stefano de Luca avait découvert les restes d’un port romain doté d’une des plus longues digues du lac ainsi que des éléments de la Via Maris. De plus, la présence de thermes et de vases en verre contenant des dépôts de parfum ancien apportèrent un élément nouveau, inconnu jusqu’à ce jour (1).

En 2009, dans la propriété des Légionnaires du Christ, adjacente à celle des franciscains, des archéologues israéliens mirent au jour les restes d’une synagogue datant du premier siècle. Il s’agissait d’une découverte importante : seulement 6 autres synagogues de cette époque étaient connues jusqu’à présent (2).

Les fouilles dirigées par Dina Avshalom-Giorni et Arfan Najar, de l’Autorité des Antiquités d’Israël, ont débuté le 27 juillet 2009. De nombreux volontaires mexicains sont venus se joindre aux archéologues par la suite. Après un mois de fouilles, les vestiges d’une synagogue furent exhumés. D’autres découvertes significatives ont permis de dater cette synagogue du Ier siècle. Elle fut peut-être détruite dans les années de la révolte juive contre Rome, entre 66 et 70 ap. J.-C., datation confirmée par la présence de monnaies de cette période. Le pavement de la synagogue est décoré partiellement d’une mosaïque géométrique.

La découverte la plus intéressante est celle d’une pierre sculptée, d’environ 60 cm sur 50 et 40 de haut, retrouvée au centre de la synagogue. Sur cette pierre sont gravés plusieurs dessins, dont celui d’une menorah, le chancelier à 7 branches ; il s’agirait de la plus ancienne menorah découverte à ce jour dans une synagogue. Des rosaces ornent la partie supérieure de la pierre et des palmiers sont incisés dans la partie inférieure. Sur le côté de la pierre trois arches pourraient évoquer l’entrée dans le Saint des Saints. Une lampe à huile hérodienne incisée sur la pierre permet de la dater. Mordechai Aviam pense que la menorah symboliserait l’autel d’or qui se trouvait dans le Saint du Temple de Jérusalem (Novum Testamentum 55 -2013-205). L’artiste aurait donc connu le Temple avant sa destruction. Rina Talgam de l’Université hébraïque de Jérusalem voit dans tous les symboles gravés sur la pierre une évocation du Temple, en particulier du Saint des Saints. La pierre devait conférer une aura sacrée à la synagogue (New York Times, 9 décembre 2015).

La fonction exacte de cette pierre sculptée reste discutée entre les experts, puisque pour le moment il n’y a qu’un seul parallèle connu provenant de la synagogue de Horvat Kur. Aux quatre angles de la pierre, l’emplacement de colonnettes qui étaient appuyées sur cette pierre reste visible. Soutenaient-elles la table qui servait pour dérouler le rouleau de la Torah lors de l’office synagogal ? De nombreuses questions restent en suspens. Le rapport entre synagogue et Temple mériterait une étude approfondie.

De nombreuses vasques ont été mises au jour dans le quartier qui se trouve à droite de l’entrée du site archéologique. Il s’agissait de récipients pour la préparation du garum, une sauce à base de poissons. Des garums de moindre qualité, préparés directement à partir de la chair de poisson, étaient fabriqués dans tout le bassin méditerranéen. Tous étaient commercialisés dans de petites amphores, en raison du prix du contenu. Son commerce explique vraisemblablement la découverte à Magdala de nombreuses monnaies de Tyr et de Sidon. La Galilée mérite donc bien son titre de Galilée des nations. De fait, l’historien Flavius Josèphe appelle la ville Tarychées, mot qui évoque la salaison du poisson.

Il y eut d’autres découvertes d’importance secondaire, en particulier une pelle à encens, mahta en hébreu, qui servait à prélever et transporter les braises. Elle faisait partie des objets liturgiques du judaïsme. Son usage est prescrit dans la Torah dans les règles concernant l’autel du Temple en Ex 27, 3. D’autres objets, tels des dés et de nombreuses poteries et monnaies ont été aussi découverts.

Magdala est située à une distance de 7 km environ de Capharnaüm, où vécut Jésus quand il exerça son ministère public, et où il prêcha et enseigna. L’endroit a pu être fréquenté par Marie de Magdala, ainsi que par de nombreux témoins oculaires de la vie, de la prédication et des miracles de Jésus.

Avant la destruction du Temple de Jérusalem, les chrétiens partageaient souvent avec les juifs leurs synagogues. Ce n’est que plus tard, aux environs de l’an 80, que s’opéra une séparation plus nette entre juifs et judéo-chrétiens, et c’est ainsi que les juifs messianiques créèrent leurs propres lieux de réunion et de culte. Dans la synagogue de Magdala les miracles et les exploits réalisés par Jésus ne pouvaient pas ne pas être commentés par les juifs.

Une approche pluridisciplinaire s’impose aujourd’hui. Archéologues, anthropologues et exégètes sont appelés à collaborer, même si certains esprits hyper critiques continuent à douter de l’identification de Magdala et de Capharnaüm. Le milieu de vie du Nouveau Testament renaît avec les fouilles archéologiques 2000 ans après la présence de Jésus. Point n’est besoin comme le demandait Saint-Ignace de Loyola d’imaginer le contexte de l’Évangile, l’archéologie le recrée sous nos yeux. Les découvertes de Magdala devraient permettre aux chrétiens de méditer les belles pages de l’Écriture qui mettent en scène Marie la Magdeleine appelée par les Pères “l’apôtre des apôtres”. Dan Brown devrait revoir ses hypothèses fantaisistes en visitant les lieux.

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(1) Voir La Terre Sainte, mars 1972 pages 86 à 93 ; Terre Sainte Magazine TSM 596, juillet-août 2008, pages 20 à 35.

(2) TSM 615 septembre-octobre 2011, pages 10 à 15.

Terre Sainte n. 5/2017
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