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La théologie des mosaïques de Bethléem

Frédéric Manns, ofm Studium Biblicum Franciscanum
30 novembre 2018
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Basilius Pictor La signature du mosaïste Basile.

Avec le père Frédéric Manns, nous apprenons à regarder plus attentivement quelques détails des mosaïques. Ils ont une signification théologique très accessible pour peu qu’on livre les clés de lecture.


Passé le temps de l’émerveillement, intéressons-nous à la théologie de la beauté exprimée dans les mosaïques médiévales de Bethléem, car la beauté des mosaïques nous permet de revenir à l’auteur de la beauté célébrée dans la culture.
Le premier point à noter est l’unité entre l’Ancien et le Nouveau Testament. Il n’y a qu’une seule alliance entre Dieu et l’humanité qui commence avec Abraham. Bethléem est la patrie de David et celle du fils de David, Jésus. Le marcionisme hérétique a été rejeté. La mémoire de l’Église se trouve dans les Écritures.
Dans l’Ancien Testament, inspirées par le Saint-Esprit, les prophéties messianiques (Mi 5,2, Is et Nb 24,12), relues dans le Nouveau Testament, ont guidé l’histoire du salut. De plus, les scènes représentées nous enseignent une méthode pour lire les Écritures, une herméneutique christologique de l’Ancien Testament. L’écriture est orientée vers la venue du Messie.

 

 

Dans l’Ancien Testament, les rois d’Israël sont considérés comme des saints et sont représentés avec une auréole. L’arbre de Jessé en fait mémoire. Tous les rois n’étaient pas des saints selon nos canons. Jésus est venu pour sauver les pécheurs. D’autre part, l’auréole – de couleurs différentes – indique qu’il n’est pas réservée aux saints. Le personnage qui guide l’âne sur lequel Jésus est assis pour entrer à Jérusalem est coiffé également d’une auréole.
La généalogie de Jésus a ses racines dans l’Ancien Testament. Les pécheurs font partie de cette généalogie, en fait la Bible n’est pas l’histoire des saints, mais celle des pécheurs appelés à la conversion. L’incarnation du Fils de Dieu doit être prise au sérieux.
Au Moyen Âge, les textes apocryphes étaient utilisés comme théologie populaire. La Dormition de Marie en est un exemple clair. Comme les Écritures ne disent rien de la mort et de l’Assomption de Marie, la piété populaire avait accepté un récit apocryphe du Testament des patriarches, qui était très répandu.
Il existe ensuite une unité entre la christologie et l’ecclésiologie : les conciles ont tenté de préciser la nature du Christ, vrai homme et vrai Dieu, et ils ont dû trouver un langage adapté, fourni par la langue grecque qui présente l’avantage de la clarté. Ce fut la grande œuvre des conciles. L’inculturation s’est faite dans la culture grecque aux dépens de la culture juive.

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Dans le Nouveau Testament, il existe une unité qui va de la naissance à la Passion et à la Résurrection (apparition à Thomas). La Nativité de Jésus n’est pas séparée du reste de sa vie. La Pentecôte, qui rappelle le don de l’Esprit, signifie que toute la vie de l’Église est l’œuvre de l’Esprit saint.
Dans le Nouveau Testament, il y a une ouverture pour les païens symbolisée par l’adoration des mages. La présence de Balaam, un prophète païen, était elle aussi significative.
Dans les mosaïques de la basilique, le rôle de Marie dans l’histoire du salut est souligné : l’Annonciation, la Présentation de Jésus au Temple, Marie à la Pentecôte et sa Dormition.
Les anges, représentés à plusieurs reprises, ont un message important à nous transmettre : seule l’adoration est appropriée face au mystère du salut. La procession qui se rend à la grotte de la Nativité rappelle l’essentiel : Dieu à Bethléem s’est fait homme pour que l’homme puisse devenir Dieu.
Les anges interviennent dans l’Annonciation et l’ascension de Jésus au ciel. Leur présence marque le début et la fin de l’histoire du salut. La signature, Basilius pictor, se trouve aux pieds de l’un d’eux. Une signature qui pourtant n’est pas mise ici pour se glorifier, mais par humilité et révérence pour l’endroit, comme s’il s’agissait d’une prière. L’artiste signe aux pieds de l’ange, qui pourraient le piétiner. C’est comme si il demandait à l’ange de le porter avec lui jusqu’à la grotte de la Nativité.
L’Écriture est actualisée. La scène de l’entrée de Jésus à Jérusalem montre la basilique du sépulcre telle qu’elle était à l’époque byzantine. Cela signifie que le Christ veut entrer dans la ville sainte aujourd’hui. Même les empereurs qui ont reçu leur autorité du Christ méritent le respect.
La théologie présente dans les mosaïques est œcuménique. Certaines inscriptions sont en latin, d’autres en grec. La basilique révèle la plus grande expression artistique de l’époque croisée, issue de la rencontre entre l’art byzantin et les Croisés. Les mosaïques représentent le visage œcuménique de l’Église, le trait d’union entre les Églises d’Orient et d’Occident. ♦

 

 


Le symbolisme des couleurs

Pour compléter la lecture théologique des mosaïques, il faut ajouter une brève mention du symbolisme des couleurs.
Le blanc qui apparaît sur les vêtements des anges est le symbole de la lumière, de l’éternel. C’est la couleur de la divinité, de la gloire, c’est le silence vivant de la Révélation du divin. C’est la lumière de la grâce. Les tuniques blanches sont un symbole d’innocence, de pureté, de joie et de perfection.
Le bleu est la couleur la plus profonde et la plus immatérielle, mais aussi la plus froide. Il représente la transparence de l’eau, de l’air et du ciel. Le bleu foncé est le symbole du mystère de la vie divine et la demeure de Dieu.
Le rouge est une couleur illimitée, proche de la lumière. C’est pourquoi il est également utilisé pour l’arrière-plan. Il symbolise l’énergie divine, l’amour de l’Esprit, le pouvoir vital du feu et également le symbole du sang, avec le double sens du principe de vie et à la fois du martyre et du sacrifice. C’est la couleur qui dans le christianisme a reçu sa consécration avec le sang de Christ.
Le vert exprime la vie de la végétation et symbolise donc la croissance et la fertilité, la régénération de l’esprit et son printemps. Il est utilisé par les mosaïstes musulmans à Damas. En tant que symbole de régénération et de fertilité, il est également utilisé pour les prophètes et les rois.
Le jaune appartient à la sphère de lumière. Dans certaines icônes, il remplace l’or.
Le brun reflète la densité de la matière et représente donc tout ce qui est terrestre. Le brun des tuniques des moines et des ascètes est un signe de leur pauvreté et de leur renoncement aux joies de la terre.
La pourpre est un symbole du pouvoir suprême et un témoignage de consécration. Dans l’iconographie, il est assez brillant car il est très proche du rouge.
Le noir est l’absence totale de lumière. La Grotte de la Nativité est noire, car le Christ nous a sauvés en assumant la condition humaine et nous a rachetés en passant par la mort.
L’or est une lumière pure, une lumière immatérielle. Cela ne représente rien : ce n’est que le symbole de la Présence du Divin. Par conséquent, l’or est une énergie puissante qui éblouit et aveugle, sans permettre à l’œil de pénétrer plus loin : la réalité divine reste un mystère pour l’homme. En raison de ses caractéristiques d’inaltérabilité, de durabilité et, pour sa brillance, l’or est l’un des éléments les plus appropriés pour exprimer le divin. Le fond doré place la scène ou les personnages de l’icône dans une dimension dépourvue de références spatio-temporelles. Dans les auréoles, l’utilisation de l’or est presque obligatoire, en particulier pour le Christ et la Mère de Dieu.

Dernière mise à jour: 28/02/2024 14:56

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